Pakistan : la loi anti-blasphème pourrait être remise en question

Le cas de Rimsha Masih manipulé

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ROME, lundi 3 septembre 2012 (ZENIT.org) – Le cas de Rimsha Masih, la fillette chrétienne arrêtée pour profanation du Coran (cf. Zenitdu 21 août 2012) a été manipulé: cette affaire pourrait remettre en question la loi anti-blasphème, estime « Eglises d’Asie » (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris, dans une dépêche du 3 septembre 2012.

La police a en effet arrêté l’imam Hafiz Mohammad Khalid Chishti, de la mosquée voisine du quartier où vivait la fillette, le 1er septembre 2012. Un aide de l’imam l’a accusé d’avoir fabriqué de fausses pièces à conviction pour incriminer Rimsha Masih.

Alors que « tout le monde attendait que la justice se prononce sur l’âge de la jeune chrétienne et son état de santé mentale » (cf. Zenit du 30 août 2012), « la surprise a été complète lorsque la police a écroué l’imam », analyse EDA.

L’horizon judiciaire de Rimsha Masih s’éclaircit, constate la même source : lors de la prochaine comparution au tribunal, le 7 septembre 2012, sauf nouvel élément, le juge devrait prononcer la remise en liberté de la fillette.

Les enquêteurs étaient intrigués par le fait que, dans le sac de papiers que la fillette était censée avoir brûlés, se trouvaient des feuilles en partie calcinées et deux pages intactes du Noorani Qaida, un manuel d’apprentissage de la langue arabe et du Coran, explique l’agence.

Leurs soupçons ont été confirmés lorsqu’un aide de l’imam a accusé ce dernier d’avoir ajouté ces pages du Noorani Qaida aux feuilles brûlées. « En plaçant des pages du texte sacré sur des cendres, il a profané le Coran et a donc aussi été accusé de blasphème », a précisé un enquêteur.

Selon EDA, des analystes pakistanais font valoir qu’inculper l’imam de la mosquée de Mehrabad au nom de cette loi – au lieu s’en tenir à l’inculpation de « fabrication de pièces à conviction, faux témoignage et trouble à l’ordre public » – n’était pas le meilleur service à rendre à la société pakistanaise : « Ce dont [le Pakistan] a besoin est un débat national et une refonte complète de sa législation, laquelle de toute évidence prête le flanc à un détournement abusif par des personnes poursuivant des vengeances personnelles ou animées d’une idéologie religieuse extrémiste », écrit un éditorialiste dans le quotidien Dawn du 3 septembre.

Il poursuit en faisant appel à l’Etat, sans l’aide duquel « le climat de peur qui entoure ces questions ne pourra être déraciné », mais sans cacher la difficulté de la tâche : « C’est parce que l’Etat n’a cessé, depuis si longtemps, d’esquiver ses responsabilités que la situation est devenue celle que nous connaissons. La situation continuera à se dégrader tant qu’aucune action forte ne sera entreprise. »

La communauté chrétienne, de son côté, est soulagée : « Je suis sûr que la justice sera rendue et que Rimsha sera relâchée par la grâce de Dieu. Il sera démontré qu’elle constitue une victime totalement innocente », confie le P. James Channan OP, directeur du Peace Centre de Lahore, à Fides, ce 3 septembre 2012.

« Le cas de Rimsha constitue véritablement un exemple de la manière dont la minorité chrétienne est faussement accusée par le biais de cette loi controversée sur le blasphème », souligne-t-il, espérant « que la justice sera rendue pour toutes les victimes innocentes et que ceux qui formulent de fausses accusations seront punis ».

Toujours selon Fides, le P. Emmanuel Yousaf, directeur de la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale du Pakistan estime qu’« établir la vérité est un gain non seulement pour la communauté chrétienne mais également pour l’ensemble du Pakistan. Ce sera un bénéfice pour la démocratie, la justice, le respect de la légalité et des droits de tous les citoyens. De fausses accusations de blasphème ont en effet concerné les minorités religieuses mais également des centaines de citoyens musulmans ».

Pour le P. Yousaf, « la remise en liberté de Rimsha constituera une victoire de la vérité mais sera également une victoire pour toute la nation ».

Il constate également qu’ « il n’y a pas eu de manifestations de radicaux islamiques contre Rimsha ou en défense de l’imam arrêté. Au contraire, d’importants responsables islamiques tels que Tahir Ashrafi, du All Pakistan Ulema Council, ont défendu Rimsha et dénoncé les abus de la loi sur le blasphème, condamnant publiquement l’imam et demandant à ce qu’il soit puni ».

Fides indique par ailleurs que l’avocat catholique Kahalil Tahir Sindhu a demandé à ce que les 17 juges de la Cour Suprême du Pakistan émettent une sentence motu proprio confirmant les points saillants du cas, afin de donner une importance nationale, juridique et culturelle à l’affaire de Rimsha Masih et d’en faire un avertissement pour tous.