Pakistan : Le ministre Shahbaz Bhatti pourrait être déclaré "martyr"

Un an après son assassinat, commémorations

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Anita Bourdin avec EDA

ROME, lundi 12 mars 2012 (ZENIT.org) – Au Pakistan, les catholiques demandent l’ouverture de la cause de béatification diocésaine du ministre Shahbaz Bhatti, en tant martyr de la foi, rapporte « Eglises d’Asie » (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris.

Il y a un an, le 2 mars 2011, Shahbaz Bhatti, 42 ans, ministre fédéral des Minorités, a été abattu dans sa voiture à Islamabad. Le meurtre a été revendiqué par le Tehrik-e-Taliban Pakistan, mouvement terroriste proche d'Al-Qaida, accusant le ministre de s'être « opposé à la loi anti-blasphème » et d’avoir défendu la chrétienne Asia Bibi, rappelle EDA.

Notons que selon les Normes pour la cause des saints (Novæ leges pro causis sanctorum), promulguées le 7 février 1983, les évêques doivent attendre cinq ans après la mort de la personne concernée avant d'introduire sa cause, afin que l'émotion n'entre pas en ligne de compte. En 2007, la Congrégation pour les causes des saints a promulgué la version actuelle des règles à suivre pour l'enquête diocésaine.

L’ensemble de la communauté catholique lui a rendu hommage, demandant l’ouverture de sa cause de canonisation, le vendredi 2 mars : des messes et des veillées de prières se sont en effet succédées dans les églises du Pakistan, à la mémoire de celui qu’ils considèrent désormais comme un « martyr de la foi chrétienne ».

« Dans son village natal, une messe suivie d’une veillée aux flambeaux a rassemblé plusieurs centaines de personnes et un peu partout dans le pays ont eu lieu des marches pacifiques réunissant des foules de toutes confessions », précise EDA, et « à Islamabad, les membres du All Pakistan Minorities Alliance, naguère critique vis à vis de son action, ont déposé des fleurs et des bougies sur le lieu de l’assassinat de leur ancien président ».

Ministre des Minorités depuis 2008, Shahbaz Bhatti était « le seul catholique au sein du gouvernement pakistanais », et il se savait « menacé de mort », notamment depuis l’assassinat, deux mois auparavant, pour les mêmes motifs, de Salman Taseer, gouverneur du Pendjab et musulman.

En février 2011, il avait été « reconduit à son poste menacé de suppression en novembre 2010 » : il avait continué ses démarches en faveur de la libération d’Asia Bibi, remettant notamment au Premier ministre « une pétition demandant la grâce présidentielle pour la condamnée ».

Une fatwa avait émise contre lui, « depuis que le président lui avait demandé de former un « comité » pour lutter contre l’utilisation de la loi anti-blasphème à des fins personnelles ou politiques ».

Sa mort a révélé « les convictions chrétiennes profondes d'un homme qui essuyait encore peu avant sa mort,  les critiques de certains militants et hommes d’Eglise, dont les membres du All Pakistan Minorities Alliance, parti qu’il avait fondé », qui lui  reprochaient de « ne pas oser défendre véritablement la cause des minorités et d’être inféodé au gouvernement ».

A l’étranger, de nombreuses manifestations ont également marqué le premier anniversaire de la mort du ministre pakistanais, souligne la même source.