Papelorum progressio

Pourquoi l’Eglise supporte le latin et adore l’italien

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ROME, Mardi 21 octobre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous une nouvelle chronique du P. Thomas Rosica, attaché de presse du synode sur la Parole de Dieu, pour la langue anglaise.

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Je sais ce que vous êtes probablement en train de penser ! Qui est cet homme qui ne connaît même pas son latin ? Comment peut-il y avoir une telle erreur dans un titre de Zenit ? Le P. Rosica a sûrement voulu écrire « Populorum progressio », la grande encyclique de Paul VI sur le « Développement des peuples », écrite en 1967.

Non. Ce que vous voyez dans le titre est l'expression exacte prononcée dans la salle du synode par un cardinal européen d'une grande sagesse et intelligence, qui a dit en plaisantant, samedi, que nous utilisions peut-être trop de papier pour tous les avant-projets, rapports, documents, etc...

Mais il faut reconnaître que l'expression latinisée a un certain charme : « Papelorum progressio ! » Le latin peut donner un certain relief à notre langue !

Fratelli e fratelle

Dans la salle du synode on parle en latin et en d'autres langues pendant les discussions sérieuses mais il y a aussi de la place pour l'humour et le rire qui contribuent à humaniser ce travail et à le rendre supportable !

La semaine dernière, un « padre sinodale » nous a fait éclater de rire quand, en présence de Benoît XVI il s'est adressé en italien à la grande assemblée, en ces termes : « Santo Padre, Fratelli et Fratelle in Cristo ».

« Fratello » en italien signifie « frère » et « fratelli » est le pluriel du mot. Voulant dire « sœurs » qui en italien se dit « sorelle », l'évêque a tout simplement ajouté une terminaison féminine au mot « frères », ce qui a donné « fratelle ».

Un délégué du synode, assis à mes côtés, a dit en plaisantant : « Son Excellence voulait utiliser un langage inclusif, et il a créé de nouveaux membres de l'espèce humaine : les frères-sœurs ! » Les gens d'ici et ceux qui connaissent bien le Vatican ont souri, sachant que l'expression correcte était : « Fratelli e sorelle ! ».

Ce qui est malgré tout remarquable dans cette assemblée internationale, ce sont les gros efforts que font les pères du synode pour parler italien. C'est vraiment étonnant de le voir, et de l'entendre ! Je ne suis pas sûr que cela aurait pu marcher dans une autre langue que l'italien.

Le poêle dans la réserve

Voici enfin une dernière anecdote du synode qui ramène cette expérience impressionnante sur terre et montre que pour exister, l'Eglise a besoin d'une bonne dose d'humanité et d'humour.

Samedi après-midi, nous nous sommes tous rendus à pied à la Chapelle Sixtine pour ces magnifiques vêpres avec le Saint-Père et le Patriarche oecuménique, Bartholomée I. Ce fut un moment stupéfiant dans un cadre grandiose.

Tandis que nous nous approchions de la Chapelle Sixtine, deux prélats qui marchaient devant moi disaient leur impatience de voir la chapelle sans les éternelles foules de touristes qui fraient leur chemin en se bousculant, au son des haut-parleurs invitant au « silenzio ! »

Ce groupe spécial du synode a été accueilli à l'entrée de la « Chapelle Sixtine », dans ce lieu sacré, avec beaucoup de déférence, par les huissiers distingués du Vatican dans leur costume noir.

Les deux prélats devant moi ont demandé à un huissier : « Pourriez-vous nous montrer où se trouvent le poêle et la cheminée ? [utilisés lors des conclaves, qui se déroulent dans la Chapelle Sixtine, ndlr] ». Déconcerté, l'huissier a fini par répondre : « Mais, Excellence, le Saint-Père est bien vivant, il se porte bien et fait un travail formidable ! Le poêle et la cheminée ont été rangés. Nous n'en auront pas besoin avant longtemps ! Bienvenus dans notre Chapelle ! »

Un visage heureux 
 
Heureusement que lorsque Pierre a quitté la Terre Sainte il est venu à Rome ! Vive le Vatican en Italie !

Les Italiens sont si doués avec les mots et avec les nuances (« sfumature » comme ils disent) ! Je remercie souvent le Ciel que le siège de l'Eglise soit en Italie et pas dans un lieu qui aurait étouffé son histoire, son humanité, sa beauté et son humour sous une forme de professionnalité, de rigidité, de perfectionnisme et d'efficacité.

Une religion incapable de sourire, de rire, de reconnaître l'humour et l'humanité de notre condition, passe à côté de quelque chose de très important. Nous devrions nous mettre à l'école des papes de notre histoire récente : Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et maintenant Benoît XVI.

Ils nous enseignent que le christianisme et le catholicisme doivent être joyeux, un point d'exclamation et non un grand point d'interrogation. Au cœur de nos délibérations théologiques sérieuses et de notre travail pastoral, aussi difficiles soient-ils, nous ne pouvons pas oublier que le monde attend de nous, au milieu de tant d'ombres et de tristesse, un sourire, un regard rempli de compassion, un témoignage de la joie et un avant-goût de notre rédemption dans le Christ !

Le combat est terminé et la bataille a déjà été gagnée en Lui. Il est utile de montrer cela de temps en temps...

Impressionnez vos amis...

Enfin, dans l'esprit du synode et du Vatican, vous pourriez avoir envie d'impressionner vos amis, parents, enfants, professeurs, etc. peu habitués à parler la langue de Cicéron. Essayez donc les expressions suivantes tirées du lexique du Vatican et observez les réactions !

Si vous avez besoin d'une pause café : Fiat intervallum

Après avoir terminé la lecture du dernier best seller, faites savoir à vos amis que vous avez trouvé un liber maxime divenditus.

Si vous avez des problèmes de carburateur dans la Cité du Vatican, dites au pompiste que vous avez un benzini aerisque migma.

Si vous voulez goûter la dernière glace italienne, demandez une gelida sorbitio.

Si vous n'appréciez pas la bonne cuisine italienne, dans l'une des très nombreuses trattorie, provoquez un incident international en commandant un hot dog, en latin : pastillum botello fartum, ou des frites globuli solaniani...

Fiat intervallum !