Pâques : Dans le « départ » de Jésus, une nouveauté qui « change le monde »

Homélie prononcée par Benoît XVI la nuit de Pâques

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ROME, Dimanche 23 mars 2008 (ZENIT.org) - Dans la mort et la résurrection de Jésus se trouve « une nouveauté unique, qui change le monde », explique Benoît XVI dans son homélie pour la veillée pascale. Et, ajoute le pape, c'est une espérance pour la paix et la réconciliation dans le monde : « les croyants ne sont jamais totalement étrangers l'un à l'autre ».

Le pape a en effet présidé la célébration de la veillée pascale, « mère » de toutes les célébrations liturgiques de l'Eglise.

« Dans le cas de Jésus, expliquait Benoît XVI, il y a une nouveauté unique, qui change le monde. Dans notre mort, s'en aller, c'est quelque chose de définitif, il n'y a pas de retour. Jésus, au contraire, dit de sa mort : ‘Je m'en vais, et je reviens vers vous' ».

Transformés par l'amour

C'est un départ pour une « présence », et une présence d'amour, sans fin, souligne le pape : «  En réalité, dans ce départ, il vient. Son départ inaugure pour lui un mode de présence totalement nouveau et plus grand. Par sa mort, il entre dans l'amour du Père. Sa mort est un acte d'amour. Mais l'amour est immortel. C'est pourquoi son départ se transforme en un nouveau retour, en une forme de présence qui parvient plus en profondeur et qui ne finit plus ».

Et de préciser la différence entre les amours humains, toujours plus ou moins entravés, et l'amour du Christ, absolument libre: « Bien sûr, dans l'amour nous pouvons d'une certaine façon entrer dans l'existence d'autrui. Cependant, la barrière qui vient du fait que nous sommes différents demeure infranchissable. Au contraire, Jésus, qui est maintenant totalement transformé par l'action de l'amour, est libéré de ces barrières et de ces limites ».

Le Christ passe les murailles des limites humaines : « Il est en mesure de passer non seulement à travers les portes extérieures fermées, comme nous le racontent les Évangiles (cf. Jn 20, 19). Il peut passer à travers la porte intérieure entre le je et le tu, la porte fermée entre l'hier et l'aujourd'hui, entre le passé et l'avenir ».

Un départ qui est une présence

D'où ce paradoxe du « départ » pour une présence universelle : « Son départ devient un retour dans le mode universel de la présence du Ressuscité, dans lequel il est présent hier, aujourd'hui et pour l'éternité ; dans lequel il embrasse tous les temps et tous les lieux. Maintenant il peut aussi franchir le mur de l'altérité qui sépare le je du tu ».

Au catéchumènes, le pape expliquait ce qui est en jeu dans la relation nouvelle avec le Christ : «  Dans le Baptême, le Seigneur entre dans votre vie par la porte de votre cœur. Nous ne sommes plus l'un à côté de l'autre ou l'un contre l'autre. Le Seigneur traverse toutes ces portes. Telle est la réalité du Baptême : lui, le Ressuscité, vient, il vient à vous et il associe sa vie à la vôtre, vous tenant dans le feu ouvert de son amour. Vous devenez une unité, oui, un avec Lui, et de ce fait un entre vous ».

Benoît XVI souligne que le baptême est la source d'une fraternité universelle : « Dans un premier temps, cela peut sembler très théorique et peu réaliste. Mais plus vous vivrez la vie de baptisés, plus vous pourrez faire l'expérience de la vérité de ces paroles. Les personnes baptisées et croyantes ne sont jamais vraiment étrangères l'une à l'autre. (...) Les croyants ne sont jamais totalement étrangers l'un à l'autre. Nous sommes en communion en raison de notre identité la plus profonde : le Christ en nous ».

Au milieu des dangers

Benoît XVI y voit une espérance pour la paix et la réconciliation : « Ainsi la foi est une force de paix et de réconciliation dans le monde : l'éloignement est dépassé ; dans le Seigneur nous sommes devenus proches (cf. Ep 2, 13) ».

Comment tant un passage  de l'Epître aux Hébreux, Benoît XVI soulignait encore cette libération apportée par le Christ dans l'histoire : « Pour nous Jésus est descendu dans les eaux obscures de la mort. Mais en vertu de son sang, nous dit la Lettre aux Hébreux, il a été remonté de la mort : son amour s'est uni à celui du Père et ainsi, de la profondeur de la mort, il a pu remonter à la vie. Maintenant il nous élève de la mort à la vraie vie. Oui, c'est ce qui se réalise dans le Baptême : il nous remonte vers lui, il nous attire dans la vraie vie. Il nous conduit à travers la mer souvent si obscure de l'histoire, où nous sommes fréquemment menacés de sombrer, au milieu des confusions et des dangers ».

Le pape faisait le rapprochement avec le récit de la libération du peuple d'Israël d ‘Egypte lu pendant cette liturgie: « Dans le Baptême, il nous prend comme par la main, il nous conduit sur le chemin qui passe à travers la Mer Rouge de ce temps et il nous introduit dans la vie sans fin, celle qui est vraie et juste. Tenons serrée sa main ! Quoiqu'il arrive ou quel que soit ce que nous rencontrons, n'abandonnons pas sa main ! Nous marchons alors sur le chemin qui conduit à la vie ».

Je peux « passer ma vie à dormir »

A propos du symbole de la lumière du Christ, le pape ajoutait : «  Etre baptisés signifie que le feu de cette lumière est descendu jusqu'au plus intime de nous-mêmes. C'est pourquoi, dans l'Église ancienne, le Baptême était appelé aussi le Sacrement de l'illumination : la lumière de Dieu entre en nous ; nous devenons ainsi nous-mêmes fils de la lumière ».

Surtout le pape soulignait la responsabilité du baptisé qui a reçu cette lumière : « Cette lumière de la vérité qui nous indique le chemin, nous ne voulons pas la laisser s'éteindre. Nous voulons la protéger contre toutes les puissances qui veulent l'éteindre pour faire en sorte que nous soyons dans l'obscurité sur Dieu et sur nous-mêmes. De temps en temps, l'obscurité peut sembler commode. Je peux me cacher et passer ma vie à dormir. Cependant, nous ne sommes pas appelés aux ténèbres mais à la lumière ».

Devenir des personnes pascales

C'est pourquoi le baptisé renouvelle chaque année ces promesses baptismales, à Pâques, rappelait le pape : « Le Seigneur nous a donné la lumière de la vérité. Cette lumière est en même temps feu, force qui vient de Dieu, force qui ne détruit pas, mais qui veut transformer nos cœurs, afin que nous devenions vraiment des hommes de Dieu et que sa paix devienne efficace en ce monde ».

Le pape concluait sur cette effort constant du chrétien pour correspondre à al grâce reçue : «  Et nous devons toujours de nouveau faire en sorte que notre cœur soit soustrait à la force de gravité qui le tire vers le bas, et que nous l'élevions intérieurement vers le haut : dans la vérité et l'amour (...). Et nous le prions ainsi : Oui, Seigneur, fait que nous devenions des personnes pascales, des hommes et des femmes de la lumière, remplis du feu de ton amour. Amen ».

Anita S. Bourdin