« Paroles d'Evangile, paroles d'Israël » : un livre pour l'Année de la foi

Le P. Michel Remaud le présente à nos lecteurs

| 1670 clics

Propos recueillis par Anita Bourdin

ROME, mardi 4 décembre 2012 (Zenit.org) – « Paroles d'Evangile, paroles d'Israël » : voilà un livre qui tombe à point pour l’Année de la foi. L’auteur, le P. Michel Remaud, connu des lecteurs de Zenit, a bien voulu leur en dire davantage.

Le P. Michel Remaud, directeur de l'Institut Chrétien d'Études Juives et de Littérature Hébraïque (Institut Albert Decourtray, Jérusalem), a été le lauréat 2010 du Prix de l'Amitié Judéo-Chrétienne de France en 2010.

Zenit - Père Remaud, vous publiez chez « Parole et Silence » votre nouveau livre « Paroles d'Evangile, paroles d'Israël » : quelle est la genèse de cette publication ?

P. Michel Remaud - C’est un recueil de soixante brefs articles que j’ai publiés pour la plupart depuis quelques années dans une revue mensuelle. Un lecteur a eu l’idée de les proposer à l’éditeur, qui a accepté d’en faire un livre. C’est bien la première fois qu’il m’arrive d’écrire un livre sans le faire exprès!

Dans votre avant-propos, vous soulignez que « l’Évangile n’a pas poussé sur un sol vierge » : pouvez-vous préciser ?

L’Évangile a été prêché dans la société juive du premier siècle de notre ère. Les auteurs du Nouveau Testament, et d’abord Jésus lui-même, étaient imprégnés de la culture religieuse de leur milieu, et en particulier de toute une tradition d’interprétation de l’Écriture. Quand le Nouveau Testament se réfère à l’Ancien, c’est à travers toute cette tradition. Beaucoup de passages du Nouveau Testament restent mal compris, ou même incompréhensibles, s’ils ne sont replongés dans cet univers.

Qu’est-ce que le lecteur chrétien va découvrir dans ce livre ?

D’abord, la richesse spirituelle du judaïsme ancien, alors que beaucoup de chrétiens en ont une image peu flatteuse, et la parenté qui unit le Nouveau Testament à cette tradition. Ils découvriront que beaucoup d’expressions qui leur sont familières, et dont certaines sont passées dans le langage courant (“à chaque heure suffit sa peine”, la paille et la poutre, etc) ne sont pas nées dans la bouche de Jésus ni sous la plume des évangélistes. La tradition juive et le Nouveau Testament appartiennent à la même famille culturelle et spirituelle.

Vous pouvez citer un exemple ? Peut-être celui du « fondement biblique de la laïcité », dont vous donnez une autre explication ?

La formule que vous citez n’est pas de moi, mais d’un de mes lecteurs, à propos de la phrase ”Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”. On invoque souvent cette formule pour justifier l’existence de deux domaines qui devraient être soigneusement distingués. J’en fais une autre approche, à partir d’un passage du Talmud sur la grandeur de l’être humain. Le prince, dit le Talmud, frappe des monnaies à son effigie. Ces pièces, fabriquées en série, sont identiques entre elles. L’homme a été créé à l’image de Dieu de telle sorte qu’aucun être humain n’est identique à un autre. On est quitte envers César quand on lui a rendu la monnaie qui est frappée à son effigie. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est lui rendre ce qui est créé à son image: tout notre être.

Cette méthode de lecture aide-t-elle à mieux connaître le Christ ?

Elle aide à comprendre comment Jésus est enraciné dans un peuple et dans une tradition. Sa nouveauté même, qu’il n’est pas question de nier, n’est perceptible que dans ce contexte.

On se prépare à Noël : la lecture d’Israël apporte-t-elle une lumière sur la Nativité ?

J’ai écrit plusieurs chapitres sur le rapport étroit entre naissance et résurrection et sur “la puissance du Très-Haut” qui prend Marie sous son ombre. Je laisse les futurs lecteurs les découvrir!

Quelle question aurais-je dû poser?

Celle de savoir si je me réjouis de voir sortir ce livre alors que je n’ai rien fait pour cela… Je souhaite que les chrétiens découvrent ou comprennent mieux, à sa lecture, combien l’Évangile est indissociable de la culture de ses auteurs et combien l’Église est indissociable du peuple où elle est née.