Pas de place dans le ministère sacerdotal pour qui abuse d'enfants

Participation de six victimes à la messe à Sainte-Marthe (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Pape François | 689 clics

« Dans le ministère de l’Eglise, il n’y a pas de place pour ceux qui commettent des abus sexuels », affirme le pape François qui s’engage à une tolérance zéro envers « les torts faits à un enfant ».

« Tous les évêques doivent exercer leur service de pasteur avec le plus grand soin pour sauvegarder la protection des mineurs et ils rendront compte de cette responsabilité », ajoute-t-il.

Six victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé ont particip à la messe célébrée par le pape François, hier, 7 juillet 2014, en la chapelle de la maison Sainte-Marthe du Vatican. Le pape a ensuite rencontré ces personnes individuellement (cf. Zenit du 7 juillet 2014).

Ces « actes exécrables d’abus perpétrés contre les enfants » sont « quelque chose de plus que des actes honteux », a déclaré le pape durant son homélie : « C’est comme un culte sacrilège car ces petits garçons et petites filles avaient été confiés au charisme sacerdotal pour les conduire à Dieu, et eux ils les ont sacrifiés à l’idole de leur concupiscence. Ils profanent l’image même de Dieu qui nous a créés à son image. »

« Aujourd’hui le cœur de l’Eglise voit les yeux de Jésus dans ces petits garçons et ces petites filles et il veut pleurer », tout comme Pierre qui rencontre le regard de Jésus après son reniement, a poursuivi le pape en invitant à « se laisser regarder », « pleurer », et « avoir la grâce de la honte » afin de « ne permettre à aucun loup d’entrer dans la bergerie ».

A.K.

Homélie du pape François

L’image de Pierre croisant le regard de Jésus et se mettant à pleurer lorsque celui-ci sort de cette séance de dur interrogatoire, pénètre aujourd’hui dans mon cœur en croisant votre regard, celui de tant d’hommes et de femmes, de petits garçons et de petites filles ; je sens le regard de Jésus et je demande la grâce de sa prière. La grâce que l’Eglise pleure et répare pour ses fils et ses filles qui ont trahi leur mission, qui ont abusé de personnes innocentes. Et aujourd’hui je vous suis reconnaissant d’être venus ici.

Depuis longtemps je porte en mon cœur la profonde douleur, la souffrance, si longtemps occultée, si longtemps dissimulée, avec une complicité qui ne trouve pas d’explication, jusqu’à ce que quelqu’un ait senti que Jésus regardait, et un autre de même, et un autre encore…. et qu'ils trouvent le courage de soutenir ce regard. Et ces quelques uns qui ont commencé à pleurer nous ont fait prendre conscience de ce crime, de ce péché grave. Le fait que certains prêtres et évêques aient violé l’innocence d’enfants et leur vocation sacerdotale en abusant d’eux sexuellement est pour moi source d’angoisse et de douleur. Il s’agit de quelque chose de plus que des actes honteux. C’est comme un culte sacrilège car ces petits garçons et petites filles avaient été confiés au charisme sacerdotal pour les conduire à Dieu, et eux ils les ont sacrifiés à l’idole de leur concupiscence. Ils profanent l’image même de Dieu qui nous a créés à son image. L’enfance – nous le savons tous – est un trésor. Le cœur jeune, si ouvert à l’espérance, contemple les mystères de l’amour de Dieu et se montre disposé de manière unique à être nourri dans la foi. Aujourd’hui le cœur de l’Eglise voit les yeux de Jésus dans ces petits garçons et ces petites filles et il veut pleurer. Il demande la grâce de pleurer face à ces actes exécrables d’abus perpétrés contre les enfants. Des actes qui ont laissé des cicatrices pour toute la vie.

Je sais que ces blessures sont sources d’une peine émotive et spirituelle profonde et souvent implacable et source de désespoir aussi. Beaucoup de ceux qui ont subi cette expérience ont cherché des palliatifs dans la dépendance. D’autres ont connu de sérieux troubles dans les relations avec leurs parents, leur conjoint ou leurs enfants. La grave souffrance des familles vient de ce que les dommages provoqués par l’abus frappent ces relations vitales.

Certains ont aussi souffert la terrible tragédie du suicide d’une personne chère. Le mort de ces biens aimés fils de Dieu pèse sur mon cœur et sur ma conscience, sur celle de l’Eglise entière. A ces familles j’offre mes sentiments d’amour et de douleur. Jésus torturé et interrogé avec la passion de la haine est conduit vers un autre lieu et regarde. Il regarde un seul des siens, celui qui l’avait renié, et Il le fait pleurer. Demandons cette grâce et celle de pouvoir réparer.

Les péchés d’abus sexuels sur mineurs par des membres du clergé ont un effet explosif sur la foi et l’espérance en Dieu. Certains se sont accrochés à la foi, alors que pour d’autres la trahison et l’abandon ont endommagé leur foi en Dieu. Votre présence ici parle du miracle de l’espérance qui l’emporte sur la plus profonde des obscurités. Avoir aujourd’hui l’occasion de nous rencontrer, d’adorer le Seigneur, de nous regarder dans les yeux et de chercher la grâce de la réconciliation est sans doute un signe de la miséricorde de Dieu.

Devant Dieu et son peuple je suis profondément peiné pour les péchés et les graves crimes d’abus sexuels commis sur vous par des membres du clergé et je demande humblement pardon.

Je demande également pardon pour les péchés d’omission commis par des chefs de l’Eglise qui n’ont pas répondu de manière adéquate aux plaintes déposées par des membres de leur famille et ceux qui ont été victimes d’abus. Ceci a provoqué de nouvelles souffrances chez ceux qui ont été abusés et a mis en danger d’autres mineurs qui se trouvaient en situation de risque.

Par ailleurs, le courage dont vous avez fait preuve, vous et tant d’autres, en faisant sortir la vérité, a été un service d’amour, pour avoir fait la lumière sur une terrible obscurité dans la vie de l’Eglise. Dans le ministère de l’Eglise il n’y a pas de place pour ceux qui commettent des abus sexuels; et je m’engage à ne tolérer de quiconque, indépendamment de son état clérical, les dommages portés à un enfant. Tous les évêques doivent exercer leur service de pasteur avec le plus grand soin pour sauvegarder la protection des mineurs et ils rendront compte de cette responsabilité.

Le conseil que Jésus donne à ceux qui sont un scandale, la meule et la mer (cf. Mt 18,6), vaut pour tout le monde.

Et puis nous continuerons à veiller sur la préparation au sacerdoce. Je compte sur les membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, tous les mineurs, quelle que soit leur religion d’appartenance, ces sont les petits que le Seigneur regarde avec amour. Je fais appel à eux pour qu’ils m’aident à disposer de meilleures politiques et procédures dans l’Eglise universelle, pour la protection des mineurs et pour la formation du personnel de l’Eglise chargé d’appliquer ces politiques et procédures. Nous devons faire tout notre possible pour garantir que de tels péchés ne se répètent plus dans l’Eglise.

Frères et sœurs, étant tous membres de la famille de Dieu, nous sommes appelés à entrer dans la dynamique de la miséricorde. Le Seigneur Jésus, notre Sauveur, est l’exemple suprême, l’innocent qui a porté nos péchés sur la croix. Nous réconcilier est l’essence même de notre identité commune comme disciples du Christ. En nous adressant à Lui, accompagnés par notre Très Sainte Mère au pied de la croix, demandons la grâce de la réconciliation avec tout le peuple de Dieu. La douce intercession de Notre dame de la Tendre Miséricorde est une source inépuisable d’aide dans notre parcours de guérison.

Vous et tous ceux qui ont subi des abus de la part de membres du clergé, Dieu vous aime. Je prie afin que tout ce qui reste de cette obscurité qui vous a touché soit guéri par l’étreinte de l’Enfant Jésus et pour qu’une foi et une joie renouvelée prennent le pas sur les dommages que vous avez subis.

Je vous remercie pour cette rencontre et, s‘il vous plait, priez pour moi, afin que les yeux de mon cœur voient de mieux en mieux le chemin de l’amour miséricordieux et que Dieu me donne le courage de suivre cette route pour le bien des enfants.

Jésus sort d’un jugement injuste, d’un interrogatoire cruel et regarde les yeux de Pierre, et Pierre pleure. Demandons-Lui de nous regarder, que nous nous laissions regarder et puissions pleurer, et qu’Il nous donne la grâce de la honte, pour que comme Pierre, quarante jours après, nous puissions Lui répondre: « tu sais que nous t’aimons » et écouter sa voix: « retourne sur ton chemin et pais mes brebis » — et j’ajoute — « et ne permets à aucun loup d’entrer dans la bergerie ».

Traduction de Zenit, Océane Le Gall