Pas de vrai développement sans doctrine sociale

Des résultats de "Rio +20"

| 1121 clics

Carmine Tabarro

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, mercredi 27 juin 2012 (ZENIT.org) – La crise dont on a discuté à Rio+20 est la fille de celle dont on a parlé au G20 : en effet Rio+20 est lui aussi le fruit d’un modèle de développement qui ne tient pas compte du bien commun tant sur le plan économique que financier, social et environnemental.

Or, le monde a besoin d’un nouveau modèle fondé sur le respect durable de l’homme et de la création, estime Carmine Tabarro, de la Communauté catholique Shalom, qui propose cette réflexion sur l’événement.

***

Vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio (1992), les dirigeants du monde politique et économique se sont retrouvés dans la même ville pour une conférence mondiale sur le Développement durable, appelée Rio+20, se donnant pour mission de recommencer à promouvoir un développement qui ne nuise pas à l’environnement et de trouver de nouvelles stratégies qui permettent un développement durable à l’échelle mondiale.

Malheureusement, le développement durable n’est décliné que d’un point de vue environnemental, oubliant comme affirmait déjà Paul VI dans Populorum Progressio, que « toute l’Eglise, dans tout son être et son agir, tend à promouvoir le développement intégral de l’homme, quand elle annonce, célèbre et œuvre dans la charité, »  et  que ce « développement authentique de l’homme  concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions » quand il a lieu selon les modalités déclarées ci-dessus.

Cette affirmation de Paul VI suggère une perspective de longue durée, mais cette culture de la durabilité n’a pas été jugée prioritaire par les décideurs politiques qui, dans leur agenda, ont fait passer avant  elle les problèmes économiques considérés plus urgents.

De manière prophétique Paul VI, toujours dans l’encyclique Populorum Progressio rappelle en ce sens que les institutions  ne sont pas en soi une garantie pour le développement, le bien-être et le respect de l’homme.

D’ailleurs la récession actuelle  est la démonstration que les institutions n’ont pas été capables de garantir un développement durable. Et ce problème influe de manière importante sur la santé du système économique mondial.

Ce déséquilibre a provoqué une réduction tendancielle de la « demande globale » des familles et, par conséquent, un ralentissement du taux de croissance de l’économie dans les pays industrialisés.

La réduction systématique de la demande globale des familles a été en partie compensée par une hausse de la dette et par un processus de « financiarisation » qui a augmenté progressivement la part du « FIRE » (Finance, assurance et immobilier) dans le revenu.

Le FIRE, a d’abord soumis la politique et malgré une législation mondiale de faveur, n’a pas réussi à maintenir le taux de croissance tendancielle des pays industrialisés au niveau de la période de Bretton Woods (1945-1971), dominée par une politique économique et sociale de type Keynésien, mettant en péril la stabilité financière du système mondial.

A son tour la crise financière a détérioré considérablement les indices de durabilité au plan environnemental, économique, social, dans un cercle vicieux qui risque de se propager encore longtemps.

Mais la crise n’aurait même pas commencé si, comme le recommande Benoît XVI au numéro 67 de son encyclique  Caritas in veritate, l’on avait mis en place « un gouvernement de l’économie mondiale ».

«  Pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, écrit-il, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale, comme celle esquissée par mon prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. »

Et cette Autorité, poursuit le pape dans son encyclique «  devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun,  s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité ».

Ainsi, l’envolée du prix du pétrole en juillet 2008 ne saurait être interprétée comme un phénomène dû au hasard, mais comme l’indice d’un système énergétique insoutenable reposant sur l’utilisation  de combustibles fossiles qui sont  les principaux responsables de la pollution atmosphérique et des effets nocifs de cette altération de la qualité de l’air.

Par ailleurs, si l’on considère aussi les sources de pétrole non conventionnels, la plupart des études existantes prévoient que l’offre de pétrole est destinée à atteindre, dans les années à venir, le pic de la dite courbe de Hubbert, puis qu’avec le temps celle-ci commencera à baisser.

Faute de mesures urgentes et massives qui accélèrent la transition à un système énergétique alternatif basé sur les sources d’énergie renouvelable, le prix du pétrole constituera probablement un frein insurmontable pour une reprise économique durable dans le temps.

Malgré le jugement négatif des associations environnementales, nous sommes convaincus qu’il faille regarder devant nous avec courage et espérance.

Très positif le point de vue du Saint-Siège qui, lui, a par contre réussi dans sa tentative de séparer les politiques de sauvegarde de la création  de l’imposition de programmes visant à réduire le nombre des naissances.

Dans le document final il y a des points surement appréciables, comme cette affirmation que l’homme  est le centre de l’économie mais aussi la définition de ce qui doit être mieux compris, comme l’économie durable.

Les trois points de références sont: le développement économique en tant que tel, le développement social qui place l’homme, l’être humain, au centre des préoccupations et que l’économie durable soit écologiquement durable, qui tienne donc aussi compte de l’écosystème.

La présence de quelque 190 représentants de pays est un autre point positif de cette conférence.  Elle est la preuve d’un intérêt croissant de la communauté internationale  pour des questions liées à l’environnement et aux vieux et nouveaux biens communs. Ceci contribue à changer les modes de vie.

Nous regrettons par contre l’absence de certains chefs d’Etat, de pays importants comme l’Italie, les Etats-Unis, le Japon... les grands acteurs de cette conférence étaient les pays en voie de développement.

Le Saint-Siège aussi a eu un rôle important, rappelant tous les thèmes du magistère et en particulier celui de Benoît XVI. Il a été encore une fois question de progrès comme vocation humaine, un appel transcendant où l’homme ne peut et ne saurait renoncer.

Le développement intégral de l’homme comme vocation exige également le respect de sa vérité. La vocation au progrès pousse les hommes à « faire », à « connaître » et à « avoir davantage » pour « être plus » ; et en ce sens, la doctrine sociale de l’Eglise a le mérite d’être le viatique pour cette affirmation intégrale du développement humain.

L’Evangile serait un élément fondamental du développement, car le Christ en y « révélant le mystère du Père et de son amour, révèle aussi pleinement l’homme à l’homme ». Car, « quand Dieu est mis de côté, notre capacité à reconnaître l’ordre naturel, le but et le bien,  commence à s’estomper ».