Pédophilie : La tolérance zéro voulue par Benoît XVI n’est pas une option

Interview de Mgr Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie

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ROME, Mardi 16 Mars 2010 (ZENIT.org) - Alors que la découverte de scandales pédophiles impliquant des prêtres secoue l'Eglise, Mgr Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie et consulteur à la Congrégation pour la doctrine de la foi, a rappelé que la « tolérance zéro » voulue par Benoît XVI n'était pas une « option ».

Dans une interview parue le 15 mars dans le quotidien italien Il Corriere della Sera et reprise le lendemain par L'Osservatore Romano, il a évoqué la détermination du pape et l'importance de la sélection des candidats au sacerdoce.

Alors que certains décrivent le pape comme « perdu dans ses livres, en proie à une angoisse paralysante », Mgr Fisichella a tenu à expliquer que « Benoît XVI est une personne claire, nette, déterminée et extrêmement lucide sur ses analyses ». « Une lucidité qui le mène, tout d'abord, à savoir distinguer les choses, puis à prendre les mesures nécessaires ».

D'ici peu, le pape adressera une lettre aux catholiques d'Irlande (cf. Zenit 16 février) suite aux scandales des abus sexuels contre des mineurs dans le pays. Pour Mgr Fisichella, il s'agira d'un « exemple supplémentaire de sa voix claire et décidée, sans aucune dissimulation ».

« Il n'y aurait qu'un seul cas en Europe, et hélas il n'en est pas ainsi, que ce serait trop », a-t-il ajouté. « Ces événements jettent une ombre sur toute l'Eglise. Surtout nous, les évêques, nous devons les considérer avec le plus grand sérieux : la tolérance zéro voulue par Benoît XVI n'est pas une option, elle est une obligation morale ».

Le haut prélat a aussi invité à être « honnêtes ». « Impliquer le pape et l'Eglise tout entière » dans ces affaires « est une violence supplémentaire et un signe de barbarie ». « L'acharnement contre le pape, en particulier, est insensé : toute son histoire, sa vie, ses écrits parlent pour lui », a-t-il insisté.

Mais « le Saint-Père n'est pas effrayé. Justement parce qu'il a une vision profonde de la vie et du service qu'il doit rendre à toute l'Eglise et au monde, il saura encore une fois nous faire accomplir un bond en avant ». « Porter atteinte à l'autorité morale du pape et de l'Eglise est une stratégie tendancieuse qui peut détériorer la société de manière permanente », a-t-il mis en garde. « Mais ils n'y arriveront pas ».

Insister sur la sélection des candidats au sacerdoce

Actuellement aux Etats-Unis, le haut prélat a affirmé s'être rendu dans l'un des séminaires les plus importants du pays. Dix ans après le scandale de pédophilie qui a touché les Etats-Unis, « l'expérience américaine peut beaucoup nous apprendre ».

« J'ai vu un discernement beaucoup plus attentif dans la sélection des candidats, et un engagement dans la formation académique et spirituelle sans précédent. 130 séminaristes qui font penser à une génération nouvelle de prêtres sérieusement engagés », a-t-il rapporté.

Actuellement, « nous payons les années où des prêtres et des religieux ont perdu leur identité sacerdotale », a ajouté le haut prélat. Depuis les années 1970, une culture de permissivité s'est diffusée et a touché le monde, « y compris l'Eglise ».

Interrogé sur le célibat, le président de l'Académie pontificale pour la vie a enfin rappelé que les prêtres ne sont pas des « réprimés ». « Nous sommes des personnes qui avons fait le choix libre de dévouement et d'amour pour l'Eglise et pour ceux qui nous sont confiés ». « Les quelques personnes qui lui portent atteinte créent un énorme dommage à la très grande majorité des prêtres qui vit cette dimension dans la joie et avec sérieux ».

Marine Soreau