Petite Lectio Divina pour commencer le Carême

La tentation de la tristesse

Rome, (Zenit.org) P. Nicolas Bossu LC | 790 clics

Pour bien entrer dans le Carême, voici quelques pistes sur la liturgie de Dimanche prochain (9 mars), extraites d’un Lectio Divina plus ample.

Lumière sur les lectures
Saint Paul révèle toute sa grandeur théologique dans le fameux passage de la Lettre aux Romains (Rm 5 : Là où le péché s'était multiplié, la grâce a surabondé) : il compare l’ancien Adam avec Jésus, le nouvel Adam. Le premier, en péchant, a fait entrer la mort qui frappe désormais tous les hommes. Le second, en obéissant (par sa Passion), a vaincu la mort et nous a obtenu la vie (la « justification »). Mais saint Paul souligne combien la grâce de Dieu est supérieure à la faute de l’homme : l’œuvre de Jésus est bien plus qu’une simple « réparation » du péché d’Adam...

Ce nouvel Adam, nous le contemplons dans l’évangile de Matthieu face au Tentateur. Il a voulu partager notre condition humaine jusqu’à la souffrance, la tentation et la mort. C’est pourquoi, après son baptême et avant sa vie publique, l’Esprit le mène au désert pour vaincre le démon. Il s’appuie sur la Parole de Dieu (il est écrit), c’est-à-dire sur la volonté de son Père et non sur ses forces humaines, et ainsi nous montre comment l’obéissance filiale triomphe de toutes les tentations. Son exemple nous accompagne pour notre chemin de Carême, comme le dit la liturgie :
En jeûnant quarante jours au désert, il consacrait le temps du carême ; lorsqu’il déjouait les pièges du Tentateur, il nous apprenait à résister au péché, pour célébrer d’un cœur pur le mystère pascal, et parvenir enfin à la Pâque éternelle. (1)

La tentation de la tristesse
Dans sa dernière Exhortation apostolique (Evangelii Gaudium, la joie de l’Evangile), le pape François a voulu décrire de façon détaillée les tentations des agents pastoraux (le pessimisme, la mondanité, la guerre entre nous…). Comme dans la première tentation de Jésus, nous voudrions changer les pierres du chemin (nos difficultés, les croix de l’apostolat) en pain matériel (nos satisfactions, nos succès mondains). Mais sommes-nous vraiment heureux ? Petit à petit nous acceptons la défaite et capitulons devant les tâches de l’évangélisation…

« Ainsi prend forme la plus grande menace, ‘c’est le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Église, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité, la foi s’affaiblit et dégénère dans la mesquinerie’ (Benoît XVI). La psychologie de la tombe, qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, se développe. Déçus par la réalité, par l’Église ou par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit leur cœur comme ‘le plus précieux des élixirs du démon’ (Bernanos). Appelés à éclairer et à communiquer la vie, ils se laissent finalement séduire par des choses qui engendrent seulement obscurité et lassitude intérieure, et qui affaiblissent le dynamisme apostolique. Pour tout cela je me permets d’insister : ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! » (2)

L’attitude de Jésus nous enseigne comment vaincre cette tentation : en cherchant avant tout la Volonté de Dieu, en acceptant son dessein sur notre vie et sur l’Église, et en retrouvant la joie de l’Evangile par une générosité renouvelée dans notre vocation. C’est ainsi que nous pouvons prier de nouveau le Psaume de la messe :
Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange. (Ps 51, 14-15).

Résolution
Ce début de Carême est un excellent temps pour faire un examen de conscience approfondi, pour voir dans ma vie toutes les occasions où la scène de la Genèse se répète, mais aussi où la victoire de Jésus s’affermit. Je chercherai donc un nouveau formulaire d’examen de conscience pour soumettre humblement ma vie à la volonté de mon Père.
Il est possible de consulter en ligne l’intégralité de la Lectio Divina.

(1) Préface du 1º dimanche de carême.
(2) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 83.