Philippines : Opposition des évêques à la loi sur « la santé reproductive »

| 1365 clics

ROME, Mercredi 2 février 2011 (ZENIT.org) - Dans une lettre pastorale publiée sur leur site internet, les évêques catholiques des Philippines réaffirment clairement leur opposition à la proposition de loi sur « la santé reproductive » (« Reproductive Health Bill ») dont une version consolidée a été approuvée juste après par le Comité pour la population et les relations familiales de la Chambre des représentants des Philippines, mais sans tenir compte de cette dernière mise au point de l'Eglise.

Le projet de loi encourage la planification familiale et en particulier le recours aux moyens de contraception artificiels, qui sont en réalité des « agents abortifs », et prévoit des cours obligatoires d'éducation sexuelle dans les écoles, y compris les écoles catholiques, et compte imposer une politique de « famille idéale » composée des parents et de deux enfants.

« Loin d'être simplement un problème pour les catholiques, la loi de Santé reproductive constitue une attaque majeure contre les valeurs humaines authentiques et les valeurs culturelles philippines que nous chérissons tous depuis des temps immémoriaux », soulignent les évêques dans leur lettre portant la signature du président de la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP), Mgr Nereo P. Odchimar, évêque de Tandag.

Selon les évêques, la loi de Santé reproductive « ne respecte pas le sens moral qui est au centre des cultures philippines ». Elle est « le produit de l'esprit de ce monde, un esprit laïciste et matérialiste » qui considère la moralité comme « un ensemble d'enseignements parmi lesquels il est loisible de choisir, en accord avec l'esprit du temps », en en acceptant certains et rejetant d'autres.

Ce que récusent précisément les évêques c'est que cette loi prétend « promouvoir » la santé reproductive, alors qu'elle ne le fait certainement pas puisque le seul mot « contraceptif » révèle d'emblée la nature anti-vie des moyens promus par la loi de Santé reproductive ; qu'elle prétend « réduire » le taux des avortements, alors que bien des analystes scientifiques eux-mêmes se demandent pourquoi l'utilisation massive de la contraception fait grimper le taux des avortements.

Mais la loi, poursuivent-ils, prétend aussi « empêcher la diffusion du virus HIV et du sida », contredisant en cela bien des données scientifiques disponible. « Ces moyens artificiels sont fatals pour la vie humaine », insistent les évêques.

Quant au fait qu'elle soit nécessaire pour mettre fin à la surpopulation et pour échapper à la pauvreté, les évêques philippins déplorent que « l'on accuse la population » au lieu de « s'attaquer aux vraies causes de la pauvreté ».

Ces causes sont : « des politiques de développement défectueuses, des politiques économiques mal avisées, l'avidité, la corruption, les injustices sociales, le manque d'accès à l'éducation, des services sociaux et économiques de mauvaise qualité, des infrastructures de mauvaise qualité ».

« Nous voici à une nouvelle croisée des chemins en tant que nation et nous devons faire un choix moral », écrivent les évêques : « choisir la vie, ou choisir la mort ».

Alors que ce texte de loi devra passer en plénière au cours de la 15e session du Parlement philippin qui durera encore deux ans, le président de l'épiscopat philippin a fait savoir que le dialogue engagé autour de la loi par la hiérarchie catholique avec le gouvernement philippin « pourrait être interrompu par l'Eglise si celle-ci obtient la preuve que les autorités civiles sont en train d'accélérer le processus d'adoption ».

Mgr Nereo Odchimar cite l'avis des médias selon lesquels le gouvernement fait progresser les choses avec une « rapidité inhabituelle ».

Pour sa part, l'ancien président de la Conférence épiscopale, Mgr Oscar Cruz, cité par le service d'information officiel de la Conférence, a déclaré que « les hommes politiques peuvent s'amuser avec l'Eglise catholique à propos d'autres sujets, mais pas sur la question du caractère sacré de la vie humaine », annonçant que l'Eglise « saura réagir et combattre si celui-ci est menacé, notamment par la possible adoption de la loi sur la santé reproductive ».

Isabelle Cousturié