Pontificat de Pie XI, ouverture des archives du Vatican

Entretien avec le préfet, le P. Pagano

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ROME, Mercredi 20 septembre 2006 (ZENIT.org) – Les archives du Vatican concernant le pontificat de Pie XI, le « pape qui a dit non à Hitler » et à sa visite à Rome, sont ouvertes aux chercheurs depuis lundi dernier, 18 septembre.



Il s’agit de la période qui va du 6 février 1922 au 10 février 1939. C’est-à-dire que les documents couvrent les relations entre le fascisme et le Saint-Siège, la conclusion des Pactes du Latran (1929), la question raciale et les Juifs, les relations avec le nazisme et avec le communisme. La consultation du fonds sera possible auprès des Archives secrètes du Vatican.

Le P. Sergio pagano, le préfet des Archives secrètes a précisé à Gian Maria Vian, dans les colonnes d’Avvenire, qu’il s’agit d’un « événement vraiment historique ».

En effet les documents accessibles sont rassemblés en plus de trente mille grandes unité, comprenant notamment les archives des représentations pontificales, de la curie romaine, de la secrétairerie d’Etat et de la « congrégation pour les Affaires ecclésiastiques extraordinaires » - concernant les « affaires étrangères ».

La période couvre, souligne le P. Pagano, « la première guerre mondiale, la désagrégation des trois grands empires (austro-hongrois, russe et ottoman), le réveil des nationalités, et la nouvelle politique des relations internationales du Saint-Siège lancée à partir de 1870, et développée par Benoît XV et Pie XI, et qui a conduit à l’établissement de nombreuses représentations pontificales : ce sont 27 archives ouvertes pour la première fois aux chercheurs.

Ils pourront trouver ainsi des documents concernant « Achille Ratti diplomate du Saint-Siège, et ses initiatives diplomatiques, le conclave de 1922, l’œuvre missionnaire (« Rerum Ecclesiae », 1926), les relatrions avec l’Orient (« Rerum Orientalium », 1928), le thème des sciences (re-fondation de l’Académie pontificale des Sciences, 1936), la culture théologique et biblique, la question sociale, l’action catholique, Pie XI et la parti populaire en Italie, la « Question romaine » et les Pactes du Latran qui y mettent fin (1929), la politique étrangère du Saint-Siège depuis la « relation » sur les différents Etats présentée au nouveau pape en 1922, Pie XI et le fascisme, surtout après les accords du Latran, la question raciale, Pie XII et les juifs, le national-socialisme et le communisme, la Guerre d’Espagne et l’attitude du pape envers le franquisme, les relations diplomatiques avec la France, la situation de l’Eglise au Mexique, le pape Ratti et la démocratie, la vie religieuse, les jubilés de 1925 et de 1933-1934.

Mais dans ce contexte, le P.Pagano souligne également qu’est mise en lumière « la grande figure du cardinal Pacelli », futur Pie XII, mais surtout alors « fidélissime interprète et exécutant des désirs de Pie XI, et ensuite son successeur, et que Pie XI a exhorté, en 1936 à se rendre aux Etats-Unis « sur la scène du monde ».

« Les historiens intéressés par la figure de Pie XII pourront étudier la personnalité et l’œuvre de celui qui était alors secrétaire d’Etat », ajoute le P. Pagano.

« Comment ne pas penser, ajoute-t-il, par exemple pour l’Allemagne, aux publications de la ‘Kommission für Zeitgeschichte’, presque 40 volumes de correspondance, de notes privées, de rapports de police, etc. ; ou les archives sur l’état de l’Eglise en Allemagne, les ‘Akten deutscher Bischöfe über die lage der Kirche’, qui ‘clarifient bien les choix du Saint-Siège et de l’épiscopat allemand face au nazisme’ ».

Pour ce qui concerne le fascisme en Italie le P.pagnao fait remarquer qu’il faudrait ajouter aux archives du Vatican « des archives privées intéressantes comme celles des hiérarques – les dossiers Bottai, par exemple, ont donné du fruit – et des fonds des ministères italiens (les archives centrales de l’Etat), et des archives d’Etat ». Il mentionne également « les archives diocésaines », de façon à faire une enquête sur les relations « entre Pie XI et les évêques enclins ou contraires au fascisme ». En somme un travail qui prendra « des années » voire des « dizaines d’années ».

Pour ce qui est de la somme de travail demandée aux archivistes, le P. Pagano fait observer que certaines archives n’avaient pas même d’index sommaire et d’autres sont arrivés au Vatican en désordre.

Pour ce qui est du vaste fonds de la première section de la secrétairerie d’Etat, il a fait l’objet, explique le P. Pagano, d’une numérisation de plus de cent mille fiches, ce qui représente un index en 59 volumes.

Pour cette ouverture, ce ne sont pas moins de 20 archivistes qui ont travaillé pendant vingt ans. Il précise que les législations quant aux archives des Etats se fondent sur les rythmes chronologiques fixés pour les différents types de documents, alors que pour le Saint-Siège, « on a l’habitude de les ouvrir pour des pontificats entiers » pour des raisons de « cohérence ».

Et ce travail suppose, ajoute le P. Pagano, « un effort notable d’étude, de mise en ordre, de remise en ordre, d’inventaire », mais aussi « d’identification des documents réservés selon les normes de la législation vaticane », comme il arrive aussi pour d’autres grandes archives publiques.

Le P. Pagano rappelle en outre que les archives du Vatican ne sont pas consultés seulement pour ce qui concerne les archives contemporaines, mais surtout par des spécialistes de l’époque médiévale ou de l’époque moderne, dont les « exigences » doivent être aussi satisfaites.