Portrait d'un évêque du Botswana, Mgr Seane, 44 ans

Sa devise : « Dieu est amour »

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ROME, Dimanche 3 juillet 2011 (ZENIT.org) – A seulement 44 ans et avec deux ans d’expérience épiscopale, Mgr Valentine Tsamma Seane porte une lourde charge sur ses jeunes épaules.

Mais l’ordinaire de Gaborone au Botswana déclare que sa personnalité et son cœur se prêtent volontiers à se donner pour servir l’Eglise du Christ. Mgr Seane s’est entretenu à l’émission de télévision « Là où Dieu pleure » de sa vocation et de l’Eglise dans son pays, où les catholiques sont à la fois une minorité et une majorité.

Q : Le Botswana, l’un des pays les plus stables d’Afrique, a la plus longue démocratie multipartite. C’est aussi un grand producteur de diamants. Et le christianisme, où en est-il au Botswana ?

Mgr Seane : Le Botswana est connu pour être un pays chrétien. Statistiquement, l’Eglise catholique représente 5% à 6% de la population, tandis que les autres Eglises chrétiennes - protestants, pentecôtistes, spirituels et autres Eglises indépendantes - totalisent environ 67%. On peut donc dire que c’est un pays chrétien.

Ainsi l’Eglise catholique est une minorité ?

Dans ce sens, oui ; mais si on considère chaque Eglise individuellement, par exemple l’Eglise anglicane ou luthérienne, l’Eglise catholique est la principale confession. Si on regroupe les autres Eglises chrétiennes, celles-ci représentent la majorité de la population.

Comment se fait-il que les protestants surpassent en nombre les catholiques ?

Les protestants ont été les premiers à venir comme missionnaires et pendant de nombreuses années ils ont convaincu les chefs tribaux à ne pas autoriser l’Eglise catholique à entrer dans le pays. L’Eglise catholique n’a été admise qu’en 1928. Mais alors les Eglises protestantes étaient déjà bien établies.

Vous êtes le nouvel évêque et une des premières choses que vous avez écrites est : « Je suis un ‘Valentin’ au grand cœur ». Pourquoi ?

J’aime travailler avec les personnes et, je suppose, à cause de mon ouverture et de ma passion pour le service du prochain. Ma personnalité et mon cœur me portent à me donner aux autres, à servir l’Eglise du Christ.

Quel est votre autre nom ?

On me connaît aussi comme Vala, diminutif de Valentine. Beaucoup de gens aussi m’appellent Tsamma, ce qui signifie bâton ou canne. Mon grand-père m’a donné ce nom parce que j’avais l’habitude de marcher avec lui et il disait que j’étais sa canne. Et le nom m’est resté.

Pourquoi êtes-vous devenu prêtre ?

Au début je voulais être avocat, mais quand un prêtre est venu dans ma paroisse pour prêcher, j’ai pensé que je pouvais également servir mon prochain en étant prêtre. Je suis allé au séminaire où j’ai continué à m’épanouir et j’ai découvert que c’était ma vocation : servir le peuple de Dieu comme prêtre.

La vocation de prêtre n’est pas facile. Vous devez vivre le célibat.

Oui, elle est très exigeante, c’est un don de Dieu. Ce n’est pas seulement une décision individuelle et une capacité individuelle. On passe huit ans au séminaire, la vie spirituelle est très importante, c’est ce qui nous aide dans ce cheminement, un cheminement de service. C’est difficile, exigeant et cela requiert tout le temps le don de soi.

A votre ordination étaient présentes toutes les personnalités du Botswana. Pourquoi un tel évènement ?

Il faut garder présent à l’esprit que beaucoup de gens, y compris des catholiques, n’ont jamais assisté à une ordination. Mon prédécesseur était évêque depuis 27 ans, et donc la plupart des gens n’était pas à son ordination. Il y avait 15.000 personnes, venues également des pays voisins comme l’Afrique du sud. J’ai travaillé comme prêtre à Pretoria. Sont venus aussi les évêques du Botswana et d’Afrique du sud ainsi que de nombreuses personnalités, du monde de l’entreprise et du gouvernement. Cela a été un évènement national.

Il a plu pendant votre ordination. Cette pluie a été vue comme un signe spécial. Pourquoi ?

Le Botswana est un pays très aride, la pluie est donc très précieuse pour nous. Même notre monnaie est appelée « pula » (pluie). La pluie amène la vie. La pluie étant si rare, chaque fois qu’il pleut, c’est une bénédiction. Même dans ma famille, dans des occasions particulières, la pluie est considérée comme une bénédiction. Ce jour-là avait débuté avec le soleil. Pas le moindre nuage, mais vers la fin de la journée, il a commencé à pleuvoir et cela été vu comme une bénédiction, une occasion spéciale. Dieu était content, les ancêtres étaient contents, tout le monde était content.

Vous avez expérimenté l’amour de Dieu, avez-vous écrit. De quelle façon ?

Je l’ai expérimenté toute ma vie. C’est ainsi que nous avons été éduqués. Nous étions cinq enfants : deux garçons et trois filles. J’ai senti la main invisible de Dieu toute ma vie, depuis l’enfance, au lycée et à toutes les diverses étapes de ma croissance, Comme vous l’avez mentionné, j’ai été ordonné prêtre à l’âge de 27 ans et les gens s’étonnaient de mon âge. De même quand j’ai été consacré évêque. Il y avait seulement 10 évêques plus jeunes que moi dans le monde entier. Dans notre épiscopat, j’étais le plus jeune. Ainsi, aujourd’hui encore, je fais l’expérience de l’amour de Dieu et cela m’aide à continuer à servir son Eglise.

Quelle est votre devise ?

Deus Caritas Est –Dieu est amour. J’ai lu l’encyclique du pape, et elle m’a été droit au cœur ; ma vie est centrée sur l’amour de Dieu. La main invisible de Dieu, cet amour, est ce qui me guide. Aussi je continue à apprécier et à rendre grâce à Dieu pour cela. Je le considère comme un don précieux, qui m’aide à faire de mon mieux mon travail.

Vous avez beaucoup reçu. Quelle est la première chose que vous aimeriez donner à votre diocèse ?

Je veux encourager les vocations locales au sacerdoce et à la vie religieuse. Je veux que le peuple d’ici soit à même de discerner l’appel de Dieu et y répondre pour que l’Eglise reste entre les mains de la population locale, qui comprend la culture du peuple. L’avenir est très prometteur car il y a seize jeunes gens au grand séminaire. Comme évêque, j’ai déjà ordonné trois prêtres. La seconde chose est la promotion d’une Eglise qui se prenne en charge et se propage par ses propres forces.

Que voulez-vous dire par là ?

Ce que je veux dire, c’est que les gens doivent être disposés à participer à la construction de l’Eglise – financièrement ou d’une autre façon. Malgré leur pauvreté, ils peuvent donner de diverses manières : leur temps, leurs compétences et leurs ressources, au bénéfice de l’Eglise. Les gens savent que pendant un certain temps ils ont reçu, et que maintenant est arrivé le moment de donner. Quand je verrai une Eglise qui se prend en main et se propage par ses propres moyens, alors je serai heureux.

Le sida est également un problème. Quelle est votre réponse à ce fléau ?

Le Botswana a eu de la chance, car lorsque le Sida a été découvert, le gouvernement a tenu bon et a dit à voix haute : nous avons ce problème. Il a voulu que le monde le sache et de cette façon le Botswana a reçu de l’aide. Le gouvernement a également budgétisé et fourni gratuitement des médicaments ainsi qu’une formation sur le virus du VIH, de l’école primaire à l’université. Ceux qui étaient affectés par la maladie ont reçu des anti-rétro-viraux (ARV), distribués gratuitement dans tous les hôpitaux à ceux qui en avaient besoin. C’est bien parce que ces personnes ont été acceptées et que l’Etat a reconnu que c’était un problème et a pu allouer les fonds nécessaires.

Cependant, c’est sur l’aspect éducationnel que portent nos divergences. Le gouvernement, par exemple, promeut l’usage du préservatif ; "condom sense" au lieu de  "common sense ". L’Eglise parle de "common sense" (bon sens), car elle comprend que l’être humain est un être intelligent doué de la faculté de se contrôler, et qui peut le faire s’il est éduqué. Nous accordons plus d’importance au programme « Education pour la vie ». Alors que le gouvernement fait de son mieux pour aider les gens à l’aide de médicaments ; il déclare qu’il faut attaquer sur tous les fronts, y compris bien entendu la distribution de préservatifs. L’Eglise promeut en revanche l’ « Education pour la vie ».

Le gouvernement et les ONG sont passés à côté de la question dès le début. C’est seulement maintenant qu’ils corrigent le tir et reconnaissent peu à peu la sagesse de l’Eglise à cause du problème des partenaires multiples. Ils prennent conscience du problème et l’affrontent à travers l’éducation.

Par partenaires multiples, vous voulez dire polygamie ?

Non, la polygamie n’est pas une pratique courante au Botswana. Elle l’est dans la culture, mais ce n’est pas une pratique courante. La question concerne les rapports avec des partenaires multiples avant le mariage ou même après, et non la possibilité d’avoir plusieurs femmes. C’est ce qui a contribué au problème. Nous espérons que le message de l’Eglise sera entendu et aidera le pays à faire les bons choix pour le bien du pays.

Les jeunes sont-ils prêts à entendre ce message de l’Eglise ?

Oui, ils le sont. Il s’agit de former les consciences des gens, car en définitive le choix leur appartient, mais ils peuvent se baser sur leurs connaissances s’ils sont informés. Ce que nous faisons donc est de donner aux gens des connaissances et une information, et ensuite on les laisse faire leur choix, car la conscience est la « plus haute cour d’appel ». En dernier ressort, leur conscience devra choisir : nous pouvons choisir ce que dit la culture, nous pouvons choisir ce que promeut l’Etat, ou nous pouvons choisir ce que dit l’Eglise.

Le gouvernement perçoit-il la sagesse de l’Eglise sur la question du sida ?

Oui, lentement, petit à petit il la voit. Vous ne pouvez pas penser qu’en distribuant des préservatifs aux gens, vous pouvez dire que vous faites quelque chose. Si les gens sont conditionnés, ils deviennent totalement dépendants, et alors ils perdent leur faculté de se contrôler et on finit par se comporter en fonction de ses impulsions, ses sentiments et ses sens, et oublier qu’on a la faculté de dire « oui » ou « non » et oublier que l’on est une personne responsable.

Quels sont les rapports entre l’Eglise et le gouvernement surtout maintenant que vous êtes l’évêque ?

Heureusement, le gouvernement du Botswana a une histoire de bons rapports avec l’Eglise, parce que quand l’Eglise a commencé à œuvrer [ici] en 1928, le gouvernement de l’époque était incapable de construire des écoles et des hôpitaux et les missionnaires étaient en mesure de le faire. Ce partenariat a toujours existé. C’est pourquoi on sait que l’Eglise est là aussi pour aider la personne humaine pas seulement spirituellement, mais également sur tout.

Quelle est votre espérance pour l’avenir de l’Eglise catholique du Botswana ?

Mon espérance est que l’Eglise continuera à grandir au Botswana – dans les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse, dans ses efforts pour se prendre en main, et qu’elle pourra voir davantage de familles catholiques se marier à l’église, voir les fondations de la vie de famille se renforcer. Tout ceci contribuera à faire de notre nation une nation meilleure et un pays meilleur pour tous.

Propos recueillis par Marie-Pauline Meyer on Network (CRTN), en collaboration avec l'association Aide à l'Eglise en Détresse (AED).

Sur le Net :

- Aide à l'Eglise en détresse France

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- Aide à l'Eglise en détresse Suisse

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