Pour des films qui soient « des oeuvres d'art »

Mgr Celli au congrès « Film and Faith »

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ROME, vendredi 9 décembre 2011 (ZENIT.org) – « Nous n’avons pas besoin de films qui fassent de la catéchèse, mais de films qui soient des œuvres d’art », a déclaré Mgr Claudio Maria Celli, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, lors du congrès international « Film and Faith » organisé, les 1 et 2 décembre, à l’Université pontificale du Latran.

Organisé par la fondation italienne « Ente dello Spettacolo » sous le haut patronage des conseils pontificaux de la Culture et pour les Communications sociales, il était une anticipation de la XVe édition du « Tertio Millennio Film Fest » en cours à Rome jusqu’à dimanche, 11 décembre, sous le thème : « Amour, mort, miracles. Pour une phénoménologie de la société contemporaine ».

L’objectif du congrès était d’analyser les implications de la foi et ses récits dans le monde contemporain, d’approfondir l’essence du sacré dans les images cinématographiques.

A une époque en besoin de spiritualité comme la nôtre, a dit le Mgr Celli, le cinéma peut être vu comme « un outil de rapprochement au sacré ».

Car, a-t-il expliqué, dans la mesure où le réalisateur « laisse l’esprit s’exprimer », il a « le pouvoir, « parfois invisible », d’aller au devant des questions universelles de l’homme et, au travers de « son langage privilégié », de l’ouvrir à « la spiritualité », de le pousser à « se confronter avec le mystère du monde et de la vie ».

« Il suffit de regarder les productions cinématographiques récentes pour voir que le sacré émerge dans bon nombre de films », a relevé Mgr Celli.

« Parfois à peine susurré », il est comme « une trace à suivre », montrant que « l’élément spirituel n’est pas séparé du monde, n’est pas abstrait, mais se mélange aux petites choses du quotidien », a-t-il commenté.

Mgr Celli est revenu sur ce concept dans un entretien accordé au quotidien du Saint-Siège, L’Ossservatore Romano, soulignant que « le bon cinéma, somme de tant d’arts, possède un langage suggestif qui peut véhiculer des images, des idées et des valeurs, faisant ainsi ressortir du fond intime de l’homme des réflexions fondamentales qui suscitent interrogations, doutes, mais, surtout, nous entrainent dans un processus de recherche au plus profond de notre ’moi’ ».

Interrogé sur les bienfaits d’un « bon cinéma » face au plus grand des maux du monde, « l’effritement de l’identité personnelle », le Mgr Celli se dit convaincu qu’ « au-delà du crédo religieux et de la culture, l’histoire de chaque homme, au fil des millénaires, ne saurait être annulée, dans un parcours qui lie les générations entre elles, à travers la tradition et l’enseignement ».

L’art, insiste-t-il, est depuis toujours le grand maître de la « transmission identitaire d’un peuple ou d’une époque ».

« Je crois que le cinéma, ajoute-t-il, peut aider chaque homme à rentrer en lui-même, à être en paix avec son intériorité, et ainsi le préparer à l’autre, à accepter la diversité de l’autre, à un partage de spiritualités ».

Ainsi, dans un « bon film », estime Mgr Celli, tout ne se termine pas par avec le générique de fin mais commence car nous réélaborons nos émotions.

Il en revient donc à la « grande sensibilité des artistes » de « nous éclairer », ajoute-t-il.

Mais Mgr Celli pense aussi, rapporte L’Osservatore Romano, qu’ « une vraie éducation au langage de l’image est fondamentale », que le spectateur, dès sa petite enfance, doit être amené, grâce à un parcours de formation, à une analyse consciente des contenus cinématographiques, à développer sons sens critique ».

Au lieu de diaboliser le film anti-éducatif, dit-il, il vaudrait mieux, « ouvrir des espaces de dialogue, réaffirmer que l’homme créé à l’image de Dieu, a une dignité bien à lui qu’il ne peut bafouer, a une aspiration bien plus haute, mais surtout qu’il cherche la vérité, cette vérité qu’un film aussi peut l’aider à découvrir. »

Des « miracles » se cachent souvent derrière « les toutes petites choses de notre quotidien », poursuit Mgr Celli : « on n’a pas besoin d’aller loin, car l’esprit nous accompagne chaque jour, même à travers une image, une note musicale, un mot », et « c’est tout cela qui fait un bon film ».

Est-il possible de trouver Dieu au cinéma ? Quelle place la question de la foi a-t-elle dans les grands récits cinématographiques et quel rôle la critique doit-elle avoir face à ces questions ? étaient quelques uns des thèmes affrontés durant le congrès.

Isabelle Cousturié