Pour prévenir le crime : l'éducation à la dignité humaine

Intervention de Mgr Mamberti à la 81e assemblée générale dInterpol

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Luca Marcolivio

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, jeudi 8 novembre 2012 (ZENIT.org) – La prévention du crime ne peut se limiter à une froide application de la loi, mais doit avoir comme point de départ la dignité humaine et la vérité sur l’homme, a déclaré Mgr Dominique Mamberti, à la 81ème session générale d’Interpol.

Le Secrétaire pour les relations avec les Etats, a en effet pris la parole lundi 5 novembre 2012, devant plus de 1.000 représentants de l’organisation, présente dans 170 pays, invités pendant trois jours à Rome, du 5 au 8 novembre, à faire le point sur leurs activités et à réfléchir sur le thème : « la police face aux défis de la violence criminelle contemporaine ».

Mgr Mamberti a d'emblée rappelé « l'essor inquiétant pris ces dernières décennies par le phénomène criminel, tant quantitativement que du point de vue de la violence de ses manifestations ». C'est pourquoi, après avoir envisagé divers aspects de la problématique internationale, il a tout particulièrement insisté sur « la lutte contre toute forme de violence, mais surtout contre celle qui se manifeste de manière particulièrement brutale ».

Selon lui, le crime est lui aussi sujet à la mondialisation, le progrès technique et l’apport financier qui en découlent lui donnant aujourd’hui une forme plus sophistiquée et plus complexe en matière d’identification et de lutte.

A coté de ces menaces, Mgr Mamberti a constaté « le développement des institutions démocratiques » qui a permis d’« affiner les techniques de protection de la liberté des individus et les modalité d’un usage proportionné et responsable de la force publique ».

Le crime organisé, a-t-il ajouté, arrive à mettre en discussion « les bases mêmes de la cohabitation civile, rongeant le tissu des valeurs sur lesquelles reposent les institutions d’un Etat moderne ».

La meilleure forme de prévention des manifestations criminelles est donc « la défense et la promotion de ce tissu de valeurs ». Mais l’autorité publique doit en même temps veiller à ne pas perdre « le crédit et la confiance des citoyens », en ne s’appuyant que sur le « formalisme juridique » et en n’ayant jamais un « regard de vérité sur l’homme ».

L’Etat doit « s’interroger sur les causes sous-jacentes des actions criminelles », mais il doit aussi se poser des questions de nature plus concrètes comme : « comment respecter les principes fondamentaux du droit dans les situations d’extrême tension ? Quel rôle donner au droit dans la lutte contre une criminalité plus violence et imprévisible ? Quel droit faut-il appliquer? ».

Mgr Mamberti a ensuite rappelé qu’au-delà de tout formalisme, il y a « la substance du droit » qui est « la justice, soit ce qui est juste ». En ce sens, la déclaration universelle des droits de l’homme constitue « un élément de référence important pour déterminer ce qui est juste ». Mais selon lui cela ne suffit pas.

La déclaration reconnaît l’existence « d’une nature humaine antérieure et supérieure à toutes les théories et constructions sociales, que l’individu et les sociétés doivent respecter et ne pas manipuler à son gré ».

Mais les Etats ne sauraient se limiter à soutenir une production législative de nature « formelle », se basant sur des « raisons pragmatiques et utilitaristes » qui risquent de faire perdre de vue « la vérité sur l’homme » et d’être objets d’ « instrumentalisation ».

Il faut, a dit Mgr Mamberti, que les institutions n’oublient jamais « la valeur transcendante de la dignité humaine » qui correspond à la « vérité de l’homme en tant que créature de Dieu ». C’est la seule manière pour un état de droit de poursuivre son « vrai but », qui est de « promouvoir le bien commun ».

Si cette référence fait défaut, il y a risque de « déséquilibre ». La valeur même de l’égalité  risque d’être utilisée comme « alibi à d’évidentes discriminations », tout comme son excès peut donner lieu à un individualisme où chacun revendique ses propres droits, se soustrayant à la responsabilité du bien commun ».

Les « premiers anticorps » à toute forme de criminalité, a relevé Mgr Mamberti, sont « les citoyens de chaque pays », et c’est dans « l’alliance » et dans « la solidarité » entre les citoyens et les forces de l’ordre que se constitue « le meilleur bastion de résistance à la criminalité ».

Parmi les actions les plus efficaces pour créer « un contexte social ordonné au bien commun », a-t-il ajouté, il y a « l’élimination des causes qui provoquent et alimentent des situations d’injustice ». Dans ce domaine, un rôle fondamental et préventif doit être reconnu à une éducation inspirée par « le respect de la vie humaine en toute circonstance ».

Sans elle, a dit le Secrétaire pour les relations avec les Etats, il est en effet impossible de réaliser « un tissu social fort et uni sur les valeurs fondamentales, capable de résister aux provocations de l’extrême violence ».

Quant au criminel, « quelle que soit la gravité du délit commis, il reste une personne humaine, dotée de droits et de devoirs », a-t-il rappelé : « bien que défigurée par le péché, l’image de Dieu créateur repose en lui ».