Pour une Eglise qui ait le Coeur de Jésus, la douceur du regard de Jésus

L'évêque de Rome parle à son diocèse

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 838 clics

L’exhortation apostolique de Paul VI « Evangelii Nuntiandi » n’a pas vieilli, elle est toujours actuelle et propre à inspirer la pastorale des paroisses aujourd’hui, affirme le pape François, qui invite son diocèse à demander l’Esprit Saint pour que l’Eglise soit féconde, ait de nombreux enfants, soit capable d’embrasser et d’accueillir, ait « le Cœur de Jésus », « la douceur du regard de Jésus ».

Le pape François a ouvert le congrès diocésain 2014 de Rome, lundi, 16 juin à 19h, en la salle Paul VI du Vatican. Le congrès s’est prolongé ce mardi 17 juin, à 19h, au Latran, et il se conclura le 15 septembre à 19h. Il a pour thème : « Un peuple qui enfante ses enfants. Communauté et famille dans les grandes étapes de l’initiation chrétienne. » Le pape a été accueilli apr le cardinal vicaire pour Rome, Agostino Vallini. Après avoir écouté un prêtre et deux catéchistes, il a ensuite parlé librement en suivant le discours préparé ou en en sortant.

Le trésor du regard de Jésus

Paul VI sera béatifié le 19 octobre prochain, et le pape souligne l’actualité de son encyclique sur « l’évangélisation dans le monde moderne », publiée le 8 décembre 1975. Elle commence par ces mots : « L’effort pour annoncer l’Evangile aux hommes de notre temps, exaltés par l’espérance mais en même temps travaillés souvent par la peur et l’angoisse, est sans nul doute un service rendu à la communauté des chrétiens, mais aussi à toute l’humanité. »

Le pape a aussi invité à demander l’Esprit Saint pour que l’Eglise soit féconde et ait de nombreux enfants : « Le gros défi de l’Eglise aujourd’hui est de devenir Mère: Mère! Pas une ONG bien organisée, avec tant de plans pastoraux … Nous avons besoin de cela, vraiment … Mais ce n’est pas l’essentiel, c’est une aide. Pour quoi ? Pour la maternité de l’Eglise : si l’Eglise n’est pas Mère, c’est pas beau à dire mais c’est qu’elle devient une « vieille fille », elle devient vraiment une « vieille fille »! C’est comme ça : elle n’est pas féconde! »

Le pape a dit rêver d’une Eglise qui « garde le trésor du regard de Jésus », et accueille « tout le monde avec un grand cœur ».  Il s’agit, plus encore « d’avoir le Cœur de Jésus » qui, « en voyant les foules », en avait « compassion », avoir un « cœur sans frontières », et « la douceur du regard de Jésus, plus éloquent que toutes les paroles ».

Pour prendre un exemple du contraire, il citait cette pauvre secrétaire de paroisse, qui était plutôt une « guichetière », et que ses paroissiens avaient surnommée la « tarentule ». Au contraire, il a invité à l’ « accueil », à la « tendresse », à la « patience », à l’ « espérance », à la « gratuité », à se « supporter mutuellement », sinon, les gens « ne se sentent pas dans la maison de maman ».

Le pape a situé cette maternité dans le contexte de la vie moderne, souvent « inhumaine », où un père de famille qui quitte la maison alors que les enfants dorment encore les trouve déjà au lit quand il rentre le soir, où les parents n’ont pas le temps de la gratuite, de jouer gratuitement avec leurs enfants.

Des orphelins multiples

Les enfants et les jeunes, a diagnostiqué le pape, se sentent souvent « orphelins », sans « une route sûre à parcourir », sans « un maître en qui avoir confiance », sans « idéaux qui réchauffent le cœur », sans « espérances qui soutiennent la fatigue de la vie quotidienne ».

Ce sont aussi « des orphelins de gratuité! », a ajouté le pape en exhortant son diocèse à cultiver cette gratuité : « Nous avons besoin de ce sens de la gratuité : au sein des familles, dans les paroisses, dans la société tout entière. »

Il avertit de l’enjeu pour l’évangélisation : « Si nous n’avons pas ce sens de la gratuité en famille, à l’école, en paroisse, il sera très difficile de comprendre ce qu’est la grâce de Dieu, cette grâce qui n’est pas à vendre, qui ne s’achète pas, qui est un don, un don de Dieu : qui est Dieu lui-même… C’est pourquoi ils sont des orphelins de la gratuité. »

Le pape résume ainsi cette enjeu : « Faire naître la foi, c’est annoncer que nous ne sommes pas des orphelins. » Il a plaidé pour une Eglise et des paroisses « aux portes toujours ouvertes ».

L’évêque de Rome a donné l’exemple de ce qui se passe lorsqu’au contraire une société refuse ses enfants : elle n’est pas capable de donner du travail à « 40% de jeunes italiens de moins de 25 ans » et à 75 millions d’Européens de la même tranche d’âge. Il traduit ainsi ce phénomène social : « Tu ne m’intéresses pas! Tu es un rebut! Je suis désolé, mais la vie est comme ça. »

Il indique au contraire la voie de la fécondité en exhortant à la demander à l’Esprit Saint, qui accomplit chez le baptisé ce qu’il appelle la « conversion pastorale et missionnaire ». C’est cette fécondité qui rajeunit l’Eglise : on l’appelle, malgré ses deux mille ans la Sainte Mère Eglise, et non pas « grand-mère Eglise », a souligné l’évêque de Rome. 

Heureuse celle qui a cru

Comme il l’avait fait en rencontrant le clergé de Rome, pour le carême, le pape a rendu un hommage appuyé aux curés de paroisse : « J’ai beaucoup d’affection pour les prêtres, car faire le curé n’est pas facile! C’est plus facile de faire l’évêque que le curé … car nous, évêques, nous avons toujours la possibilité de prendre des distances ou de nous cacher derrière le « Son excellence » : et c’est pour nous un rempart! Mais faire le curé, quand on frappe à ta porte: 'Mais, père, ceci; père ceci et père cela …'. Ça n’est pas facile! »

Il a cité ces prêtres qui dorment près du téléphone, disponible jour et nuit pour un malade, un mourant. Mais il a aussi fait observer qu’ « un curé impatient ne fait pas de bien. »

Le 6 mars dernier, le pape avait dit ceci des curés italiens : « Les prêtres d’Italie sont bons ! Ils sont bons. Je crois que si l’Italie est encore si forte, ce n’est pas tant à cause de nous, les évêques, mais pour ses curés, pour ses prêtres ! C’est vrai, cela, c’est vrai ! Ce n’est pas pour vous encenser, c’est ce que je ressens. »

Mais ses derniers mots ont été de nouveau pour l’Eglise Mère : « Pensez à l’Eglise Mère ». Il a cité les paroles d’Elisabeth à la Vierge Marie, comme saint Luc le rapporte dans l’épisode de la Visitation : « Heureuse celle qui a cru ! » Il a invité à être « une Eglise qui croit que le Seigneur est capable de lui donner des enfants, de faire d’elle une Mère. La Sainte Mère Eglise. »