Pour une université fidèle à l'esprit de saint François

Par le P. Etzi, recteur de l'"Antonianum"

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Salvatore Cernuzio

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, vendredi 22 juin 2012 (ZENIT.org) – A une époque où le savoir est aussi fragmenté, les Universités pontificales se donnent la tâche de répandre  la « vraie sagesse » à travers le Magistère de l’Eglise qui, en formant l’esprit et le cœur, conduit à l’ultime destination : Jésus-Christ.

Ce sont les paroles du P. Priamo Etzi, Franciscain, jeune recteur de l’Université pontificale Antonianum. Il décrit pour les lecteurs de Zenit, les orientations que prend son université, à la lumière des défis posés à la nouvelle évangélisation et dans le cadre de l’Année de la foi.

Zenit – Père Etzi, pouvez-vous présenter aux lecteurs de Zenit les activités de l’Antonianum, dire quels sont ses objectifs en tant qu’université pontificale et « Studium » de l’Ordre des frères mineurs ?

P. Etzi - Son principal objectif est avant tout de former des hommes et des femmes à la recherche de la vérité et de la sagesse, afin qu’ils ou elles puissent assumer dans un esprit intègre, voire prophétique, des rôles de guide et de service, de ministère ecclésial, témoignant, avec une maturité humaine et spirituelle, du Règne de Dieu, des valeurs de la vie et du dévouement à un idéal évangélique du service, du ministère humble, je dirais, « mineuritique ».

A une université pontificale il revient aussi bien de donner un enseignement « doctrinal », fidèle à la Révélation et au Magistère, que de remettre aux nouvelles générations le patrimoine vivant de la tradition ecclésiale, pour une compréhension actualisée et inculturée de la foi.

A une époque où le caractère fragmentaire du savoir paraît en émergence, il est important que la « sagesse chrétienne » trouve en premier les formes qui permettent de déterminer les liens fondamentaux qui unissent entre eux les divers parcours de recherche,  montrant qu’il y a une dernière étape dans la vérité révélée en Jésus-Christ …

Et tout cela représente un défi ?

Certes, un défi culturel, spirituel, humain : Comment représenter précisément ici à Rome, autour de la chaire de Pierre, la force de notre foi et de notre patrimoine théologique et culturel, et être capables de parler un Evangile qui touche les cultures contemporaines sans rien enlever à sa valeur et à son contenu ?

Comment exprimer le riche patrimoine de réflexion reçu de la tradition, et, en même temps, s’insérer activement dans les nouveaux défis culturels du monde intégral, en contribuant de manière originale à la formulation d’une pensée qui ne viole pas le caractère sacré de la personne humaine et les valeurs qui ont permis au christianisme de grandir?

A la faveur de cet itinéraire/engagement, ayant pour objectif une formation culturelle construite avec l’esprit et le cœur, j’estime que notre travail intellectuel et universitaire a des exigences spécifiques aussi bien pour les professeurs que pour les étudiants. Tout d’abord la nécessité d’une profondeur « sans fonds », et puis d’une recherche du Vrai et du Bien sans trêve et d’un cheminement intellectuel rigoureux et vigoureux. Du reste, pour reprendre les paroles du bienheureux John H. Newman, « être authentique dans la recherche de la vérité est une exigence indispensable pour la trouver ».

Quelles sont les perspectives de votre université et celles de l’ordre franciscain dans un monde en perpétuelle évolution ?

Face aux défis du monde contemporain les franciscains ne choisissent pas la « fuga mundi » ou l’enfermement du cloître: le cloitre des franciscains a toujours été le monde lui-même. En tant qu’université franciscaine nous sommes fidèles à l’esprit de saint François et de sainte Claire d’Assise et de leurs enfants et disciples durant huit siècles d’histoire et de sainteté.

Ce que l’Antonianum veut promouvoir, en même temps que le patrimoine de science et de foi de l’Eglise et de l’Ordre, c’est le respect de la personne, le dialogue œcuménique et entre les religions et cultures, un service en faveur des laissés-pour-compte, la paix, la justice et le respect de toutes les créatures, qui signifie sauvegarde de la Création et pas seulement écologie.

De quelle manière saint François d’Assise représente un modèle de référence?

Pas moins que par le passé, nous continuons à voir en saint François une expérience personnelle qui persuade profondément et attire le cœur de notre contemporain car il témoigne que changer de vie, lui donner un sens plein, est possible, en marchant à la suite du Christ.

François fut un évangélisateur authentique car il a redécouvert personnellement qu’il y a une profonde correspondance entre la parole de l’Evangile et son propre cœur : « voilà ce que je veux, ce que je cherche, ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d'accomplir » (1Cel 22).

De cette intime expérience jaillit son exhortation passionnée à « annoncer et prêcher sa gloire à toutes les nations », comme il l’affirme lui-même dans sa Lettre à tous les Gardiens. C’est ici que prend naissance cette ouverture universelle qui caractérisera la famille franciscaine et sa mission dans l’Eglise. Conscients de cet héritage lumineux, nous nous sentons pleinement impliqués dans cette marche de l’Eglise pour une nouvelle évangélisation.

A propos de nouvelle évangélisation, quelles sont vos orientations, en vue notamment de l’Année de la foi ?

Permettez-moi de vous répondre en frère mineur. Dire vocation franciscaine signifie  dire engagement pour sortir de soi, volonté de se décentrer de nous–mêmes, d’être moins autoréférentiel. La vocation franciscaine suppose de se mettre en marche, sur les routes du monde, pour annoncer l’Evangile, en frères et en mineurs, notre cœur toujours tourné vers le Seigneur. Dieu nous appelle et nous invite. L’heure est venue de répondre, avec imagination et créativité, à cette exigence de notre vocation.

Comment?  En se donnant complètement à la cause de l’Évangile, en vivant « la logique du don comme l’alternative à la logique du prix, du gain, de l’utilité et du pouvoir ». Où ? Sur les lieux de frontière, comme par exemple la Chine, ad gentes, où l’on doit encore développer et renforcer la présence de l’Eglise et de l’Ordre, mais aussi dans nos pays traditionnellement chrétiens.

L’Ordre franciscain – le premier Ordre proprement missionnaire de l’Eglise – ne saurait renoncer à obéir au mandat de Jésus. Dans cette obéissance nous mettons en jeu notre vocation et mission de « Porteurs du don de l’Evangile ».

A la lumière de tout cela, comment faut-il, selon vous, recommencer à christianiser la société ?

Il est inutile de rappeler que l’occident se trouve aujourd’hui fortement marqué par un long et complexe processus de sécularisation, par la diffusion d’une mentalité relativiste et des changements culturels qui semblent ébranler des convictions consolidées  au fil des siècles concernant le sens de la création, de l’homme et de Dieu.

Il est pour nous décisif, par contre, que l’on ait conscience que le christianisme, tout au long de  son histoire, a toujours su trouver dans les changements sociaux et dans les nouvelles contingences culturelles une occasion de redécouvrir plus profondément la richesse de la révélation chrétienne.

Et les Saints, en sachant montrer que l’Evangile reste d’actualité quels que soient les contextes géopolitiques, sont les témoins de cette profonde dynamique de la foi. Car c’est en permettant que la Parole incarnée de Dieu rencontre l’homme dans sa condition réelle, complexe et chargée d’inquiétude, qu’il est possible de découvrir sa richesse, toujours neuve,  sa capacité à se montrer aujourd’hui plus que jamais comme la vraie réponse à la question incontournable du sens qui habite le cœur de chaque homme.

Je suis donc persuadé que ce défi de la nouvelle évangélisation est une occasion providentielle pour redécouvrir la nouveauté évangélique.