Pourquoi est-il si important d’obéir à Dieu ? IIe prédication du p. Cantalamessa

En présence du pape et de la Curie romaine

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ROME, Vendredi 31 mars 2006 (ZENIT.org) – Au cours de cette deuxième prédication de Carême, en présence du pape et de la curie romaine, le père Raniero Cantalamessa, OFM Cap., prédicateur de la Maison pontificale, invite à « s’immerger dans la Passion », en y entrant par « la porte de l’obéissance » du Christ. L’obéissance nous permet de réaliser notre vocation originelle qui est d’être « à l’image et à la ressemblance » de Dieu.



Ce n’est pas la mort du Christ qui nous a sauvés, explique le p. Cantalamessa mais « bien plus son obéissance jusqu’à la mort ».

« En Jésus, le Verbe obéit humainement au Père… Dieu a obéi humainement », s’exclame le prédicateur capucin. « On comprend alors la puissance universelle de salut enfermée dans le fiat de Jésus, poursuit-il. C’est par cette obéissance que ‘tous ont été rendus justes’ ».

Le père Cantalamessa explique que « l’obéissance est presque toujours vue comme obéissance à Dieu ».

Le prédicateur affirme que l’on ne peut comprendre « la nécessité et l’importance de l’obéissance à Dieu » que si l’on est « convaincu » qu’aujourd’hui encore, Dieu « parle ».

L’obéissance « consiste à se mettre à l’écoute du Dieu qui parle, dans l’Eglise, à travers son Esprit », explique-t-il.

Pour expliquer sa pensée, le prédicateur prend l’image de la toile d’araignée

« L’obéissance à Dieu est comme ‘le fil venu d’en haut’ qui soutient la splendide toile d’araignée suspendue à une haie, raconte-t-il. En descendant le long d’un fil qu’elle-même produit, l’araignée construit sa toile, parfaite et bien tendue à chaque angle. Cependant, ce fil venu d’en haut qui a servi à construire la toile n’est pas coupé une fois l’œuvre terminée ; c’est au contraire lui qui, du centre, soutient toute la toile tissée ; sans lui, tout s’affaisse. Si l’on détache un fil latéral l’araignée se remet à l’ouvrage et répare rapidement sa toile, mais si l’on coupe le fil qui vient d’en haut, elle s’éloigne ; elle sait qu’il n’y a plus rien à faire ».

« L’obéissance à Dieu est le fil venu d’en haut : tout s’est construit à partir de cette obéissance ; mais on ne peut l’oublier, pas même une fois que la construction est terminée. Si on l’oublie, cela provoque une crise », explique le père Cantalamessa.

Le prédicateur capucin s’interroge : « Pourquoi Dieu tient-il autant au fait que nous lui obéissions ? »

L’obéissance est importante, répond-il, « car en obéissant nous faisons la volonté de Dieu, nous voulons ce que Dieu veut et réalisons ainsi notre vocation originelle qui est d’être ‘à son image et ressemblance’. Nous sommes dans la vérité, dans la lumière et par conséquent dans la paix ».

Le père Cantalamessa explique que l’obéissance à Dieu renforce l’obéissance à l’autorité visible mais que l’obéissance à l’autorité visible est aussi le signe d’une obéissance à Dieu.

Il compare le principe de l’obéissance au principe du commandement de l’amour. De même que « celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas », « celui qui n’obéit pas aux représentants visibles de Dieu sur la terre, comment peut-il dire qu’il obéit à Dieu qui est au ciel ? », s’interroge-t-il.

« Lorsqu’un ordre est donné par un supérieur qui s’efforce de vivre selon la volonté de Dieu, qui a prié auparavant et n’a que le bien de son frère à défendre et aucun intérêt personnel, l’autorité même de Dieu vient renforcer cet ordre ou cette décision », affirme le prédicateur.

Le père Cantalamessa cite l’épisode du centurion dans l’Evangile. Le centurion a compris que « l’autorité de Jésus et ses miracles découlent de sa parfaite obéissance au Père ».

Le prédicateur capucin souligne l’importance de soumettre les questions de notre vie à Dieu : « Le vrai serviteur de Dieu n’entreprend rien sans se dire à lui-même : ‘Je dois prier un peu pour savoir ce que mon Seigneur veut que je fasse !’ ».

Il poursuit en évoquant une forme d’obéissance à Dieu « souvent parmi les plus exigeantes » : celle qui consiste à « obéir aux situations ».

« Lorsque l’on constate que, malgré tous les efforts et les prières, des situations difficiles, parfois même absurdes, et à notre sens spirituellement contre-productives, persistent et ne changent pas, il faut … commencer à voir dans ces situations la volonté silencieuse mais résolue de Dieu sur nous, explique-t-il. L’expérience montre que ce n’est parfois que lorsque nous avons prononcé un ‘oui’ total et du profond du cœur à la volonté de Dieu que ces situations de souffrance perdent le pouvoir angoissant qu’elles ont sur nous. Nous les vivons avec davantage de paix ».

Le père Cantalamessa cite le cas de celui qui arrive à l’âge de devoir quitter son travail, et se voit contraint de laisser un projet en cours, inachevé, à d’autres. Le prédicateur voit là « l’une des formes d’obéissance qui se rapprochent le plus de celle du Christ au cours de sa Passion ».

« Jésus a suspendu son enseignement, il a interrompu toute activité, il ne s’est pas laissé retenir par la pensée de ce qui serait advenu à ses apôtres ; il ne s’est pas préoccupé de savoir ce qui serait advenu de sa parole, confiée, comme elle l’était, uniquement à la pauvre mémoire de quelques pêcheurs. Il ne s’est pas non plus attardé à la pensée de sa Mère qu’il laissait seule », déclare-t-il, reprenant les paroles de Jésus : « Pour que ‘le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé. Levez-vous !’ ».

Le père Cantalamessa conclut en évoquant l’obéissance de Marie, qui est « l’antithèse parfaite de la désobéissance d’Eve » qui a désobéi à la parole de Dieu.

« De même que le ‘Fiat’ de Marie se place en parallèle, dans l’Evangile de Luc, au ‘Fiat’ de Jésus à Gethsémani, pour saint Irénée, l’obéissance de la nouvelle Eve se place en parallèle à l’obéissance du nouvel Adam », conclut le prédicateur de la Maison pontificale.