Pratique d'une banque fondée sur les valeurs chrétiennes

Par Flavio Trinca, président du groupe italien Veneto Banca

Rome, (Zenit.org) Antonio Gaspari | 1088 clics

Dans un monde où semblent prévaloir la spéculation et l’utilitarisme, une banque moderne peut-elle continuer à travailler en s’appuyant sur des principes chrétiens ?

C'est ce dont témoigne Flavio Trinca, président du groupe Veneto Banca – l'une des douze premières institutions bancaires italiennes – depuis 1997, expert-comptable, ancien député du conseil de l’Association bancaire italienne, pour les lecteurs de Zenit.

Zenit - Quelle est la mission du groupe Veneto Banca ?

Flavio Trinca - Ce qui était jusqu’à la fin du XIXème siècle la Banque populaire de Montebelluna est aujourd’hui un Groupe bancaire de renommée internationale, avec 3 banques en Italie (Veneto Banca, Banca Apulia et Banca Intermobiliare) et 4 en Europe de l’Est (Roumanie, Moldavie, Croatie et Albanie). Un groupe qui rassemble un peu moins de 600 filiales, dans lesquelles travaillent plus de 6.000 personnes.

Cette croissance, constante et solide, n’aurait jamais été possible si elle n’avait pas été fondée sur les valeurs porteuses d’une banque de territoire: présente et attentive aux instances de toutes les régions, anciennes et nouvelles, qu’elle couvre.

Avec une formule peut-être stéréotypée, mais qui résume bien nos orientations à long terme et l’engagement quotidien de nos hommes, nous pouvons affirmer que la mission du Groupe Veneto Banca est d’être numéro un dans le soutien au développement de ses territoires, en fournissant des services de qualité et générant, avec éthique et responsabilité, de la valeur dans le temps pour ses associés, ses clients et employés.

Une de vos devises est : « Nous savons être grands car les petits ont confiance en nous ». Qu'est-ce que cela signifie ?

C'est la conséquence logique de ce que je viens d’illustrer, de l’histoire et des gènes de l’institut. Nous sommes une banque qui, de par sa nature, est le partenaire des familles et de cette myriade d’entreprises moyennes, petites et très petites qui constituent la grande majorité du tissu de production et d’emploi italien.

D’un côté la banque est toujours à l’écoute des exigences qui viennent de la clientèle, de l’autre ce sont les clients qui, avec leur confiance, font grandir la banque sur leur sol, dans un cercle vertueux. Sans oublier le pivot de tout qui sont nos associés.

Expliquez-nous...

Veneto Banca a la chance d'avoir actuellement plus de 70.000 associés, dont presque la moitié réside en Vénétie, mais avec une présence de plus en plus significative partout en Italie.

Je souligne ces chiffres avec orgueil car les associés constituent le lien le plus étroit avec le territoire et un outil unique pour être à l’écoute des besoins de la population.

Les client populaires ne sont donc pas aux mains d’un ou de quelques actionnaires de référence, mais dans celles de milliers d’associés dont l’importance durant les assemblées est la même, et à travers eux, des communautés locales.

Cette propriété diffuse est la valeur ajoutée qui garantit à Veneto Banca sa marque de banque de territoires. Nos efforts de base reposent sur cette ‘démocratie économique’ d’où jaillit l’enracinement territorial, le dialogue avec les personnes, le sens de la solidarité et de la responsabilité sociale.

Face à la crise économique, quelles politiques propose votre banque ?

Tout d’abord, avec toute la prudence qui est due à tous ceux qui, comme nous, gèrent les économies de la collectivité, Veneto Banca n’a jamais refusé et ne refuse pas de fonds à ceux qui le méritent et qui, grâce à leur action, créent du développement et de l’emploi.

Puis, à chacun de ses choix, le Groupe s’engage à marier la mission industrielle et la responsabilité sociale. Cela mérite qu’on rappelle, pour ne citer que quelles exemples, la suspension des versements sur les crédits pour l’achat de la première maison, les moratoires en faveur des PME, le financement pour la couverture des 13/14èmes mensualités et des impôts, celui pour l’avance chômage extraordinaire, l’adhésion au programme de microcrédit baptisé « Prêt de l’Espérance » qui est un soutien pour les foyers en situation de vulnérabilité financière et sociale .

Quelles sont les activités que vous soutenez dans le domaine social et caritatif, sportif et artistique?

Toutes les citer serait vraiment long. Souvent on souligne, à raison, l’action que les instituts de crédit doivent poursuivre pour soutenir les communautés locales et leurs activités. Pour Veneto Banca c'est un devoir de créer des collaborations et des synergies avec tous ceux qui se prodiguent pour les associations, pour former des jeunes et pour le sport, et d’être aux côtés d’institutions qui entretiennent la flamme de l’espérance pour ceux qui sont dans des situations de malaise et de difficulté. 

Un engagement auquel nous tenons seulement comme banque mais aussi à travers la Fondation Veneto Banca et celle d’Intra.

En quoi être chrétien influe-t-il sur les choix de ses affaires ?

Je crois que, plus nos responsabilités grandissent, plus il nous faut être vigilants aux réalités concrètes qui nous entourent afin que nous puissions rendre ce monde, qui nous est confié, meilleur que celui que nous avions.

J’observe cette époque difficile et je pense que les chrétiens ont le devoir de ne pas se résigner, ni de se reposer sur les sécurités atteintes, mais d’être fidèles à l’autre et à l’engagement concret. Une phrase d’un religieux toscan, Père Vannucci, correspond bien à nos valeurs : « Avant de te plonger dans des idéaux sublimes, regarde tes mains: s’il y a de la corne commence, pas avant ».

Que pensez-vous des appels du pape François, qui demande un retour à la centralité de l’homme, en mettant tous les outils économiques et financiers au service des besoins des personnes ?

Le pape François est un grand guide, un homme dont notre époque avait bien besoin. Je le dis en tant que président d’une banque et encore plus en tant qu’homme catholique.

La pensée du pape Bergoglio contre la « mondialisation de l’indifférence » et les mises en garde à ceux qui « prennent des décisions socio-économiques » qui impliquent des peuples entiers, doit représenter un point de référence pour les nouvelles pages que notre société doit écrire si elle veut sortir de ces années de criante résignation et difficulté.

J’ai lu que, déjà avant le conclave, il disait : «  Quatre ans leur suffiraient pour changer les choses ». Les effets de son message sont sans aucun doute immédiats, à tous les niveaux. Son pontificat est vraiment un pontificat « en dialogue avec le monde ».

Traduction d'Océane Le Gall