Première célébration universelle de la fête de Notre-Dame de Fatima

L´anniversaire de l´attentat de 1981

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CITE DU VATICAN, Lundi 13 mai 2002 (ZENIT.org) - C´est aujourd´hui la première fois que la fête de Notre-Dame de Fatima est célébrée par l´Eglise universelle, depuis l´annonce il y a quelques semaines de cette inscription de la fête au calendrier liturgique de l´Eglise. Le 13 mai est aussi l´anniversaire de l´attentat de 1981 contre Jean-Paul II.



C´est aussi celui de la béatification des Pastoureaux de Fatima, Jacinta et Francisco Marto. Le 13 mai 2000, à Fatima, lors de la béatification des deux pastoureaux, le cardinal Angelo Sodano révélait le contenu de la dernière partie du message de Fatima, qui parle des souffrances de l´Eglise et de "l´évêque vêtu de blanc", frappé par des "coups d´arme à feu": une annonce de l´attentat du 13 mai 1981. Le pape remettra à la Vierge l´anneau du cardinal Wyszynski, qui avait prophétisé que Karol Wjtyla introduirait l´Eglise dans le troisième millénaire. Le cardinal Ratzinger précisera dans son analyse du texte, publiée lundi 26 juin 2000, que le pape ne s´est fait apporter le texte qu´après l´attentat. Le 8 octobre, lors du Jubilé des évêques, le pape renouvelait, devant la statue de Notre-Dame de Fatima, place Saint-Pierre la prière d´abandon entre les mains de la Vierge pour ce nouveau millénaire.

En effet, le 13 mai 1981, la main du jeune Turc, Mehmet Ali Agça, âgé de 22 ans, tenant un Browing calibre 9 tire sur Jean-Paul II, place Saint-Pierre, à 17 h19, au milieu de la foule rassemblée pour l´audience générale et alors que le pape passe au milieu des fidèles dans la jeep blanche.

Le pape est transporté d´urgence à l´hôpital Gemelli tandis que, immobilisé par une religieuse et des fidèles, le jeune Turc est arrêté et emmené à la prison romaine de Regina Coeli.

Quatre jours plus tard, le 17 mai, affaibli mais hors de danger semble-t-il, le pape Jean-Paul II offre son pardon à Ali Agça au moment de la récitation de l´angélus depuis le Gemelli en disant par l´intermédiaire de Radio Vatican: "Je prie pour le frère qui m´a frappé et auquel j´ai pardonné sincèrement".

Le 22 juillet 1981, Ali Agça est condamné à la prison à perpétuité, mais les juges parlent d´un attentat "préparé par une organisation restée dans l´ombre". On évoque les "Loups gris", l´organisation turque, mais Agça met en cause les services secrets bulgares.

Le pape lui a ensuite rendu visite à la prison romaine de Rebibbia (27 décembre 1983). Ali Agça a été gracié le 13 octobre 2000, par le président de la République italienne, M. Carlo Azeglio Ciampi, élu président de la république le 13 mai. Il avait reçu une lettre du pape favorable à la libération de celui qu´il a appelé "le frère qui m´a frappé".

Lors de l´annonce de la grâce présidentielle, le porte-parole du Saint-Siège, M. Navarro Valls, avait fait savoir la "satisfaction personnelle" du pape pour cette mesure (qui s´accompagnait de l´extradition vers la Turquie où il escompte actuellement une autre peine), en particulier du fait qu´elle survenait dans le cadre du Jubilé. Le pape avait reçu la mère de Mehmet Ali Agça en 1994 et en 1996, et son frère Adnan, en 1997. Le 26 février 1999, Agça avait lui-même écrit au pape lui demandant de bien vouloir intervenir favorablement auprès des autorités italiennes. Déjà, en 1997, le Vatican avait fait savoir qu´il n´y avait pas d´objection à la grâce.

Alors que le pape s´apprête à faire son premier voyage en Bulgarie, Radio Vatican rappelle aujourd´hui qu´au lendemain de la chute du régime communiste, M. Jelio Jelev, premier chef d´Etat bulgare démocratiquement élu, et qui présidera la Bulgarie de 1990 à 1995, voudra faire la lumière. Il y a sept ans, il a eu un entretien à ce sujet avec Jean-Paul II, lors d´une visite au Vatican.

Au micro de Radio Vatican il explique: "Durant mon mandat présidentiel, j´ai fait de mon mieux pour effacer l´ombre d´un soupçon. J´ai appuyé le travail de différentes personnes et de commissions qui enquêtaient sur l´existence de la "piste bulgare". Nous avons aussi remis des documents des archives du KGB, mais à la fin, on n´est arrivé à rien. J´ai l´impression que la Bulgarie n´a rien à voir avec l´attentat, parce qu´il n´y a pas de preuves et que l´on n´a pas même trouvé un document. Je crois que nous devons collaborer jusqu´à ce que l´on sache la vérité. Pour nous aussi qui sommes directement intéressés".

Le président confie qu´au cours de son entretien avec le pape, il a demandé à Jean-Paul II s´il croyait à l´implication de la Bulgarie. Après un moment de réflexion, le pape aurait répondu: "Vous voyez, la faute est toujours personnelle. Un peuple entier ne peut être coupable". Il nous avait quittés en disant: "Vive la Bulgarie!"

Le pape se rendra en Bulgarie du 13 au 16 mai prochain. Evoquant cette visite, M. Jelio Jelev ajoute qu´il attend du voyage du pape l´élargissement des "horizons" du pays et son "ouverture au monde extérieur": "Je souhaite, explique-t-il que la Bulgarie soit considérée comme un Etat prêt à accueillir les grandes valeurs européennes et des autres Nations et qu´elle soit conne au-delà de son douloureux passé "derrière le rideau de fer". C´est important dans le processus d´intégration européenne: la Bulgarie est dans l´attente d´un pas décisif, à la veille de la conférence de Prague de novembre prochain".

En 1994, dans une conversation avec les évêques italiens, le pape évoquait lui-même l´attentat en disant: "une main maternelle a guidé la trajectoire de la balle" permettant ainsi au "pape agonisant" de s´arrêter "au seuil de la mort". Il reprenait ainsi un proverbe polonais qu´il citait peu après l´attentat.

En 1991, dix ans après l´attentat, le pape est retourné en pèlerinage à Fatima, puis à nouveau, pour les béatifications, en l´an 2000. "Je désire une fois de plus célébrer la bonté du Seigneur envers moi, disait le pape, lorsque, durement frappé, le 13 mai 1981, j´ai été sauvé de la mort".

Le témoin
L´an dernier, lors du 20e anniversaire, le secrétaire de Jean-Paul II, Mgr Stanislas Dziwisz recevait le doctorat Honoris Causa à l´université de Lublin, en Pologne, non seulement pour ses livres, mais aussi pour son rôle au cours de ce pontificat. Il évoquait alors dans un long récit les circonstances de l´attentat et de ses suites, dont il avait naguère donné un résumé que l´on trouve au sixième chapitre du livre "N´ayez pas peur. André Frossard dialogue avec Jean-Paul II" (Robert Laffont, Paris, 1982).

Frossard décrit d´abord l´attitude de la foule. Deux ou trois cents Polonais avaient apporté de Pologne une image de Notre-Dame de Czestochowa, et ils l´ont posée par terre devant le fauteuil. Un coup de vent l´a renversée, et tout le monde a pu voir qu´il était écrit au dos: "Notre-Dame, protège le Saint-Père du Mal". Alors les Polonais ont calé le tableau sur le fauteuil, à la place du saint-père. Aussitôt les gens se sont approchés et ont commencé à prier. C´était un mercredi: à l´époque, l´audience hebdomadaire avait lieu le soir.

Le récit
L´auteur présente ensuite le récit fait par Mgr Dziwisz (pp.333-345). "Le 13 mai, le saint-père avait déjeuné avec le Pr Lejeune, son épouse et un autre invité. L´audience a commencé ponctuellement à 17 heures dans la plus grande tranquillité. Rien en laissait pressentir ce qui allait arriver. Alors que le saint-père faisait pour la deuxième fois le tour de la place et approchait de la porte de bronze, le Turc Mehmet Ali Agça a tiré sur lui, le blessant au ventre, au coude droit et à l´index de la main gauche. Selon moi deux balles ont été tirées bien qu´il y ait sur ce point des opinions différentes. L´une a touché l´index avant de traverser l´abdomen. J´étais assis comme d´habitude derrière le saint-père, et la balle, malgré sa force, est tombée entre nous, dans l´auto, à mes pieds. L´autre blessait le coude droit, brûlait la peau et allait blesser d´autres personnes".

Mgr Dziwisz se souvient de sa réaction: "Qu´ai-je pensé? Personne ne croyait qu´une telle chose fût possible, et, bouleversé, je n´ai pas compris tout de suite. Etait-ce une explosion sous la voiture? Le bruit avait été assourdissant. Notre sœur, de l´appartement, qui regardait la place du haut du palais, l´a entendu. Tous les pigeons se sont envolés. Naturellement, j´ai bientôt réalisé que quelqu´un avait tiré. Mais qui? Et j´ai vu que le saint-père était touché. Il vacillait mais on ne voyait sur lui ni sang ni blessure.

Alors j´ai demandé: "Où?" Il m´a répondu: "Au ventre." J´ai encore demandé: "Est-ce douloureux?" Il a répondu: "Oui". "Debout, derrière le saint-père, je le soutenais pour qu´il ne tombe pas. Il était à demi assis, penché sur moi dans l´auto, et c´est ainsi que nous avons rejoint l´ambulance, devant le centre sanitaire. "Au moment de… l´accident, il y avait un médecin dans l´ambulance. La décision de partir a été prise immédiatement, pour éviter la confusion, et peut-être une nouvelle tentative. Je n´avais pas d´autre pensée que celle-ci: l´hôpital, et ce devait être l´hôpital Gemelli. Pour deux raisons: la polyclinique était préparée pour une telle éventualité, et, dans une conversation après son élection, le saint-père avait dit que s´il lui fallait un jour recevoir des soins, il devait être hospitalisé comme tout le monde, et que l´hôpital pouvait être Gemelli".

Marie!
La première ambulance n´étant pas équipée pour la réanimation, il y eut un transfert dans une seconde, raconte Frossard: personne ne savait à quel point la vie du pape était en danger.
Mgr Dziwisz continue son récit: "Le saint-père ne nous regardait pas. Les yeux fermés, il souffrait beaucoup et répétait de courtes prières exclamatives. Si je me souviens bien, c´était surtout: "Marie, ma mère! Marie, ma mère!"

"Le Dr Buzzonetti, un infirmier, frère Camille, étaient avec moi dans l´ambulance. Elle roulait très vite, sans aucun accompagnement de police. Sa sirène elle-même s´était détraquée après quelques centaines de mètres. Le trajet qui en temps ordinaire demande au moins une demi-heure a pris huit minutes, et dans la circulation romaine!
"Je ne savais pas si le saint-père était encore pleinement conscient. Il souffrait intensément et de temps en temps répétait une oraison. Il est faux qu´il ait dit: "Pourquoi moi?" ou formulé quelque reproche. Rien de tel. Il n´a eu aucune parole de désespoir ou de ressentiment, mais seulement celles d´une profonde prière venue d´une grande souffrance.
"Plus tard, le saint-père m´a dit qu´il état resté conscient jusqu´à l´hôpital, que là seulement, il avait perdu connaissance, et qu´il avait été tout le temps convaincu que ses blessures n´étaient pas mortelles".

Mgr Stanislas est entré dans la salle opératoire avec le pape. L´opération, toujours selon le récit de Frossard, a duré cinq heures et vingt minutes. L´état du blessé était considéré comme très grave. La tension était extrêmement basse. Mgr Dziwisz a donné le sacrement des malades au pape dans la salle avant l´intervention. Il raconte encore: "l´espoir est revenu graduellement pendant l´opération. Au début, c´était l´angoisse. Puis il s´est révélé peu à peu qu´aucun organe vital n´était touché, et qu´il restait une possibilité de vie". Mais le pape avait perdu les trois quarts de son sang, et la transfusion sanguine allait lui transmettre un virus, tandis que la reconstruction de l´appareil intestinal, très endommagé, avait pris des heures. Il est resté en réanimation jusqu´au 18 mai.

Trois mois de convalescence
Mgr Stanislas n´a pas quitté le pape pendant trois mois. Il se souvient d´un détail: le pape n´a pas omis le bréviaire. "Je me rappelle que le lendemain de l´attentat, à peine revenu à lui, sa première demande a été: "Avons-nous dit les complies?" Le 23 mai, les médecins ont signé un communiqué disant que la vie du pape n´était plus en danger.

Le 25, la fièvre était cependant revenue. A 12 h 25, Jean-Paul II a eu une dernière conversation téléphonique avec le primat de Pologne, le cardinal Stefan Wyszynski, qui devait mourir le 28. Le pape sortait de l´hôpital le 3 juin pour y retourner le 20 pour de nouveaux examens, qui allaient confirmer la présence d´un virus, cause de la fièvre et de différents symptômes. Un point de pleurésie allait compliquer les choses. Mais le 5 août, une opération d´une heure devait libérer le pape du système de dérivation mis en place lors de la première opération, et il allait pouvoir rentrer au Vatican le 14 août. Le lendemain, il célébrait l´Assomption devant une foule de cinquante mille personnes. Le soir, à 17 h 30, il s´envolait en hélicoptère pour Castelgandolfo.

Mais André Frossard a aussi recueilli le témoignage du pape sur ces moments dramatiques. Il dit qu´il n´a jamais redouté la mort: "Non par courage, mais parce qu´à l´instant où je tombais, place Saint-Pierre, j´ai eu ce vif pressentiment que je serais sauvé. Cette certitude ne m´a jamais quitté, même dans les pires moments, que ce soit après la première opération ou pendant la maladie virale".

Proverbe polonais
Cinq jours après l´attentat, le pape reprend à son compte un proverbe polonais et dit: "Une main a tiré. Une autre a dévié la balle". Il attribue cette protection à la Vierge Marie. A l´angélus du dimanche, dans un message enregistré depuis sa chambre d´hôpital, il confie l´humanité au Cœur Immaculé de Marie. Le 13 mai 1982, il ira remercier la Vierge et une des balles sera sertie dans la couronne de la statue de la Vierge, surtout, le pape confiera l´humanité à la Vierge.