Présentation d’un ouvrage sur la vie des « justes » : et Pie XII ?

Le point de vue du card. Bertone

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ROME, Jeudi 25 janvier 2007 (ZENIT.org) – La présentation du livre de Martin Gilbert « Les Justes, les héros méconnus de la Shoah » (Editions Città Nuova), organisée à Rome le mercredi 24 janvier, a permis aux prélats, aux historiens et aux représentants de la communauté juive de redécouvrir l’énorme travail que l’Eglise catholique, et le Pape Pie XII en particulier, ont déployé pour défendre et protéger la vie des juifs.



L’auteur du livre est sir Martin Gilbert, un historien britannique de renom, considéré comme l’un des meilleurs experts au monde de la Seconde guerre mondiale et de la Shoah.
Agé de 70 ans, et auteur de 72 ouvrages, Martin Gilbert, qui est aussi le biographe officiel de Winston Churchill, enseigne l’Histoire de la Shoah à l’University College de Londres. En 1995 il a été fait chevalier de l'ordre britannique pour sa contribution à l'histoire de la Grande-Bretagne et aux relations internationales.

L’ouvrage en question explique que les Justes « sont ces hommes et ces femmes non juifs qui, partout en Europe, ont brisé les chaînes de l’indifférence, de l’égoïsme et de l’individualisme, pour sauver un grand nombre de juifs de l’extermination nazie, mettant leur vie et celle de leur famille en péril ».

Martin Gilbert rappelle l’enseignement du Talmud « sauver une vie c’est sauver le monde », qu’incarne le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem en voulant perpétuer et honorer à jamais la mémoire des Justes.

Lors de la présentation du livre de sir Gilbert, le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, a expliqué que l’histoire des Justes « était l’expression du bien, ou plutôt de cette force du bien qui traverse l’humanité en faisant abstraction des différences religieuses ».

Il a ensuite précisé que « les chrétiens, dont beaucoup de catholiques, mais aussi les musulmans, avaient accepté (au prix de leur propre vie) de sauver les juifs de la Shoah. (…) C’était un combat (…) sans théorie, sans rhétorique et ces « Justes » s’y étaient parfois jetés, faisant fi des conventions et des préjugés de leur propre entourage ».

A ce propos, le cardinal secrétaire d’Etat a évoqué le rôle joué par la Pologne. On estime qu’un million de citoyens polonais se sont engagés pour sauver des juifs.

« On oublie souvent que la Pologne était le seul pays où la peine de mort était appliquée lorsque l’on aidait des juifs » a rappelé le cardinal Bertone, tout en évoquant l’histoire de la famille Ulma dont le procès diocésain de béatification a commencé dans le diocèse de Przemysl.

Joseph Ulma, son épouse Victoire, leurs six enfants et un autre encore à naître (Victoire était à ses derniers mois de grossesse) furent exécutés le 24 mars 1944 par des gendarmes allemands dans le village de Markowa, pour avoir caché huit juifs chez eux.

Concernant l’intervention de l’Eglise et en particulier de Pie XII en faveur de la défense des juifs, le cardinal Secrétaire d’Etat, a précisé qu’ « il ne s’agissait pas seulement d’organiser bureaucratiquement la recherche des disparus et l’assistance aux prisonniers ; mais d’avoir une attitude précise vis-à-vis de ces juifs poursuivis par les nazis. Il fallait les aider par n’importe quel moyen ».

A propos des prétendus silences de Pie XII, le cardinal Bertone a affirmé : « Il est clair que le silence du pape n’était pas un silence mais un ‘parler’ intelligent et stratégique, comme le montre le radiomessage de Noël prononcé en 1942, qui provoqua une grande colère chez Hitler ».

« Les preuves se trouvent dans les Archives du Vatican, a poursuivi le Secrétaire d’Etat. Nous y trouvons par exemple la déclaration de l’ancienne Congrégation du Saint-Office qui, en 1928, a condamné de façon claire et nette l’antisémitisme. Un document qui a été totalement oublié, comme s’il n’y avait eu que la déclaration de Vatican II contre l’antisémitisme ».

Le cardinal Bertone a conclu en relevant que « l’histoire racontée dans le volume de Martin Gilbert méritait d’être connue pour une autre raison encore : car il ne s’agit pas seulement de l’histoire de ces ‘Justes’ proclamés comme tels devant la face du monde ; mais de celle de tous ces nombreux ‘Justes implicites’ dont on a perdu la mémoire historique et que l’on n’a donc pu honorer ».