Prier dans la Sainte Trinité, réflexions du prédicateur de la retraite au Vatican

Pour une vie "profondément présente à l’histoire des hommes"

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CITE DU VATICAN, Mercredi 25 février 2004 (ZENIT.org) – Le chrétien est appelé à découvrir davantage la "prière dans la Sainte Trinité", remarque le P. Bruno Forte au micro de Radio Vatican, mais aussi le sens des "petits sacrifices" de carême.



La retraite annuelle de la curie romaine et du pape à l’occasion de l’entrée en carême commence dimanche prochain et s’achève le samedi suivant : le P. Bruno Forte, théologien italien auquel Jean-Paul II a confié cette tâche cette année livre quelques réflexions en ce jour d’entrée en carême.

"Le chrétien ne prie pas un Dieu abstrait, lointain, souligne le théologien. Le chrétien prie en Dieu, comme la liturgie nous l’enseigne depuis toujours. Dans l’Esprit, par le Fils, nous allons vers le Père. Prier, pour le chrétien, signifie se laisser aimer par le Père ; et donc se mettre dans une attitude d’écoute, de docilité intérieure. Cela signifie aussi apporter au Père céleste tout ce que nous sommes, nos attentes, nos espérances, vivre la prière comme sacrifice de louange et d’intercession. Cela signifie nous unir à Jésus, dans l’Eglise et son corps dans l’histoire, et en même temps, dans la suite de notre vie. Et cela signifie s’ouvrir au souffle de l’Esprit, qui fait toutes choses nouvelles, en nous unissant aussi à Dieu et en nous ouvrant, dans la liberté, à ses surprises. En somme, la prière dans la Trinité est celle que nous devons toujours davantage redécouvrir, pour que notre vie soit enracinée dans le mystère, une vie riche de dimension contemplative et justement pour cela profondément présente à l’histoire des hommes".

Pour ce qui est de la signification profonde du jeûne, le théologien précisait : "Dans la grande tradition spirituelle, le jeûne a un sens eschatologique, comme lorsqu’on attend un moment important, un moment de fête. Comme si le besoin physique de se nourrir passait au second plan, du fait de ce désir, de cette attente. Ainsi le jeûne est surtout, dans la grande tradition chrétienne, la dimension de l’attente du Seigneur, qui vient avec ses surprises et l’ouverture du cœur, se dépouillant de tout ce qui est un obstacle, à ce don de sa venue. Pendant le temps du carême, le jeûne est une façon d’être en pèlerinage vers le grand don de Pâques, et par conséquent de découvrir le besoin et le désir de Dieu comme l’âme profonde de notre existence, en nous disposant à être vides de nous-mêmes pour être pleins de Lui".

Le P. Forte évoquait aussi cet autre pilier du carême qu’est l’aumône, la charité en précisant: "Naturellement, l’aumône n’est pas uniquement le geste de donner quelque chose. L’aumône est une attitude du cœur. C’est un cœur humble, repenti, miséricordieux, plein de compassion, un cœur qui cherche à reproduire dans les relations avec les autres l’expérience de miséricorde que chacun de nous vit dans la relation à Dieu. Voilà pourquoi l’aumône est attention, réalisme, intelligence, discernement, don. Dimensions dont le chrétien fait l’expérience lorsqu’il contemple Dieu qui l’accueille et lui pardonne".

Pour ce qui est des "petits sacrifices" (en italien, "fioretto", "petite fleur") il rapproche cette tradition de la "mitzva" de la tradition juive: "Je crois qu’il n’est pas seulement de tradition, mais aussi très opportun de renouveler sans cesse cette tradition. Qu’est-ce que signifie "fioretto"? Dans le langage de la grande tradition juive, ce serait une "mitzva". En hébreu, "mitzva" signifie "l’accomplissement du précepte", c’est-à-dire un geste petit, humble, où s’exprime un "oui" profond du cœur à Dieu dans l’amour et justement pour cela c’est un "oui" profond du cœur à l’autre, surtout à qui est dans le besoin. Voilà pourquoi le "fioretto" est le langage de l’amour. Voilà pourquoi plus que jamais, on a besoin de "fioretti", parce que plus que jamais on a besoin de parler le langage de l’amour et de la foi à notre Dieu et à ceux qui sont, en Lui, des compagnons et des frères sur le chemin de la vie".