Procès vatileaks : 18 mois fermes pour Paolo Gabriele

L'ancien majordome du pape a trois jours pour faire appel

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Anita Bourdin

ROME, dimanche 7 octobre 2012 (ZENIT.org) – L’ancien majordome de Benoît XVI, Paolo Gabriele, a été condamné, le 6 octobre, par le tribunal du Vatican, à 3 ans de prison, ramenés à « un an et six mois » en raison notamment de l’absence de précédents. Il a trois jours pour faire appel. Mais le pape pourrait le grâcier.

La sentence est tombée samedi, 6 octobre, en fin de matinée, au terme de la 4eet dernière audience qui a rassemblé réquisitoire, plaidoirie de la défense et une déclaration de l’inculpé. Les juges ont ensuite délibéré environ deux heures. Le procès s’était ouvert une semaine plus tôt, samedi 29 septembre.

Procès éclair

Un « procès éclair » qui signifie d’une part, soulignent des observateurs à Rome, que le Vatican n’entendait pas s’enliser dans une procédure au moment où l’Eglise est saisie par deux grands engagements : le synode, et l’Année de la foi. Et d’autre part, l’évidence des faits. Mais les autres enquêtes restent ouvertes, a précisé le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, en rencontrant ensuite les journalistes. L'affaire Vatileaks est donc à suivre.

Les juges du tribunal, - dont le P. Lombardi a souligné l’indépendance -, Giuseppe Dalla Torre – président -, Paolo Papanti-Pelletier, Venerando Marano, et le chancelier, 
Raffaele Ottaviano, ont en effet publié un communiqué indiquant la sentence, ce même 6 octobre: elle a été transmise en direct en la salle de presse du Vatican.

Paolo Gabriele est condamné pour avoir, « en abusant de la confiance découlant de ses relations d’office, liées à son emploi », « soustrait des choses, qui, en raison de ces relations, étaient laissées exposées à sa bonne foi ». Il est également condamné à assumer les frais de procédure pénale.

La peine de trois ans est ramenée à 18 mois, en raison de « l’absence de précédents », de ses « états de service antérieurs », et de la « conviction subjective – même si elle est erronée – indiquée par l’inculpé, comme mobile de sa conduite », et de « sa déclaration concernant sa prise de conscience d’avoir trahi la confiance du Saint-Père ».

« Je ne suis pas un voleur »

En effet, avant que les trois juges ne se retirent pour délibérer, Paolo Gabriele a déclaré : « J’ai ressenti fortement en moi la conviction d’avoir agi par amour exclusif et, je dirais, viscéral, pour l’Eglise du Christ et son chef visible. Et, je le répète, je ne me considère pas comme un voleur. »

Pourquoi n’y aurait-il pas eu « vol » ? Son avocate, Cristina Arru, a fait valoir que les documents « n’ont pas été soustraits au contrôle du propriétaire légitime ». En somme, ils n’ont pas « disparu » du Vatican.

Elle a seulement reconnu « un manque de respect dans les limites de l’utilisation des documents ». En d’autres termes : photocopie et communication à un journaliste.

Mais les photocopies, a-t-elle encore souligné, ont toujours été effectuées dans le secrétariat du pape, et « en présence des personnes responsables » et leur communication n’a pas fait l’objet d’une transaction financière.

Elle a déploré « l’amateurisme » de la perquisition effectuée au domicile de son client, notamment l’absence gants aux mains des enquêteurs, mais aussi de photos et d’inventaire des documents et objets contenus par les 82 cartons saisis.

« Il n’existe aucune preuve que la pépite retrouvée au domicile de P. Gabriele soit en or, ou qu’elle ait été manipulée par l’accusé », a asséné l’avocate.

Un homme influençable

Pour ce qui est du mobile, on constate que Paolo Gabriele se percevait en quelque sorte comme un redresseur de torts : il y a comme une trace de faux messianisme dans cette posture.

Dans son réquisitoire, le « promoteur de justice » - procureur – Nicola Picardi a soutenu que Paolo Gabriele avait été « aidé et excité par quelqu’un » qu’il était, selon les conclusions de l’expertise psychiatrique de M. Roberto Tatarelli, « facilement influençable ».

Le conseiller spirituel de l'inculpé, don Giovanni Luzi, de la communauté « Mère du Bon Pasteur » de Palestrina, aurait reçu de Paolo Gabriele des copies de ces documents secrets, mais les aurait brûlés.

En revanche, « personne au Vatican ne savait rien, a dit le procureur, de l’existence de ses archives, qui mériteraient d’être offertes à une bibliothèque pour l’ampleur et la particularité de ses intérêts » : il a cité notamment maçonnerie, services secrets, ésotérisme.

L’avocate de la défense, Cristina Arru, a pour sa part déclaré dans sa plaidoirie que son client n’entendait pas « nuire à l’Eglise », mais « l’améliorer » et ce serait, selon elle, « le mal qu’il voyait autour de lui l’a poussé à agir ».

Elle a donc demandé la requalification du chef d’inculpation – « vol aggravé » - en « appropriation indue de document ».

A l’issue du verdict, elle a estimé le jugement « équilibré ». Paolo Gabriele a trois jours pour faire appel et un délai supplémentaire pour les « motivations ».

Une grâce "vraisemblable"

Dans l’attente, Nicola Picardi a maintenu Paolo Gabriele en résidence surveillée, dans son appartement de la Cité du Vatican, dont l’accès est désormais doté de caméras vidéo.

A propos de l’éventualité d’une « grâce » pontificale, le P. Lombardi, a déclaré qu’elle était « très concrète » et « vraisemblable ».

Il a indiqué que le pape devra examiner les actes du procès et c’est ensuite qu’il pourra décider d’accorder ou non cette grâce. On confierait alors à Paolo Gabriele un emploi subalterne et caché, sans le renvoyer du Vatican.

Des observateurs estiment que la grâce pourrait avoir comme motivation la volonté d’épargner la famille de Paolo Gabriele, notamment sa femme, Manuela Citti, et leurs trois enfants.

Mais en cas d’exécution de la peine, comme l’Etat de la Cité du Vatican ne dispose pas de prison, il devrait recourir à un établissement pénitentiaire italien. Paolo Gabriele a déjà effectué 53 jours de détention dans deux cellules successives de la gendarmerie du Vatican, avant d'être assigné à résidence en attendant son procès.