Psaume 142: Prière dans la souffrance

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CITE DU VATICAN, Mercredi 16 juillet 2003 (ZENIT.org) - Voici la traduction de l'italien de l'allocution de Jean-Paul II lors de l'Audience générale du 9 juillet 2003, selon la traduction de L'Osservatore Romano en langue française du 15 juillet.



Lecture: Ps 142, 1.6-7.10-11

1. Le Psaume 142 qui vient d'être proclamé est le dernier de ceux que l'on appelle les "Psaumes de pénitence" du groupe des sept supplications présentes dans le Psautier (cf. Ps 6; 31; 37; 50; 101; 129; 142). La tradition chrétienne les a tous utilisés pour invoquer du Seigneur le pardon des péchés. Le texte que nous voulons approfondir aujourd'hui était particulièrement cher à saint Paul, qui en avait déduit une culpabilité radicale dans toute créature humaine: "Nul vivant n'est justifié devant toi" (v. 2). Cette phrase est reprise par l'Apôtre comme base de son enseignement sur le péché et la grâce (cf. Ga 2, 16; Rm 3, 20).

La Liturgie des Laudes nous propose cette supplication comme une intention de fidélité et une imploration d'aide divine au début de la journée. En effet, le Psaume nous fait dire à Dieu: "Fais que j'entende au matin ton amour, car je compte sur toi" (Ps 143 [142], 8).

2. Le Psaume commence par une invocation intense et insistante adressée à Dieu, fidèle à ses promesses concernant le salut offert au peuple (cf. v. 1). L'orant reconnaît ne pas avoir de mérites à faire valoir et demande donc humblement à Dieu de ne pas le juger (cf. v. 2).

Puis il décrit de la situation dramatique, semblable à un cauchemar mortel, dans laquelle il se débat: l'ennemi, qui est la représentation du mal présent dans l'histoire et le monde, l'a conduit au seuil de la mort. En effet, le voici tombé dans la poussière de la terre, qui est déjà une image du sépulcre; voici les ténèbres, qui sont la négation de la lumière, signe divin de vie; voici, enfin, "ceux qui sont morts à jamais", c'est-à-dire les défunts (cf. v. 3), parmi lesquels il lui semble avoir été déjà relégué.

3. L'existence même du Psalmiste est dévastée; le souffle lui manque désormais et son coeur semble un morceau de glace, incapable de continuer à battre (cf. v. 4). Le fidèle, atterré et écrasé, n'a plus que les mains de libres, qui s'élèvent vers le ciel en un geste qui est, dans le même temps, une imploration d'aide et une recherche de soutien (cf. v. 6). Sa pensée, en effet, retourne au passé où Dieu a accompli des prodiges (cf. v. 5).

Cette étincelle d'espérance réchauffe le gel de la souffrance et de l'épreuve dans lequel l'orant se sent plongé et sur le point d'être emporté (cf. v. 7). La ten-sion, toutefois, demeure profonde; mais un rayon de lumière semble se profiler à l'horizon. Nous passons ainsi à l'autre partie du Psaume (cf. vv. 7-11).

4. Celle-ci s'ouvre sur une invocation nouvelle et pressante. Le fidèle, sentant presque que sa vie lui échappe, lance son cri à Dieu: "Viens vite, réponds-moi Yahvé, je suis à bout de souffle" (v. 7). Il a même peur que Dieu lui ait caché sa face et se soit éloigné, abandonnant sa créature et la laissant seule.

La disparition de la face divine plonge l'homme dans le désespoir, et même dans la mort, car le Seigneur est la source de la vie. C'est précisément une fois arrivé à cette sorte d'ultime frontière que fleurit la confiance dans le Dieu qui n'abandonne pas ses fidèles. L'orant multiplie ses invocations et les renforce de déclarations de confiance dans le Seigneur: "car je compte sur toi [...] car vers toi j'élève mon âme [...] près de toi je suis à couvert [...] car c'est toi mon Dieu...". Il demande à être délivré de ses ennemis (cf. vv. 8-10) et libéré de l'angoisse (cf. v. 11), mais il fait également une autre demande de façon répétée, qui manifeste une profonde aspiration spirituelle: "Enseigne-moi à faire tes volontés, car c'est toi mon Dieu" (v. 10a; cf. vv. 8b.10b.). Nous devons faire nôtre cette demande admirable. Nous devons comprendre que notre bien le plus grand est l'union de notre volonté à la volonté de notre Père céleste, car ce n'est qu'ainsi que nous pouvons recevoir en nous tout son amour, qui nous appporte le salut et la plénitude de la vie. Si elle n'est pas accompagnée d'un puissant désir de docilité à Dieu, la confiance en Lui n'est pas authentique.

L'orant en est conscient et exprime donc ce désir. Il formule alors une véritable profession de confiance dans le Dieu sauveur, qui libère de l'angoisse et redonne le goût de vivre, au nom de sa "justice", c'est-à-dire de sa fidélité bienveillante et salvifique (cf. v. 11). Partie d'une situation extrêmement angoissante, la prière a abouti à l'espérance, à la joie et à la lumière, grâce à une adhésion sincère à Dieu et à sa volonté, qui est une volonté d'amour. Telle est la puissance de la prière, qui engendre la vie et le salut.

5. En fixant le regard sur la lumière du matin de la grâce (cf. v. 8), saint Grégoire le Grand, dans son commentaire sur les sept Psaumes pénitentiels, décrit ainsi l'aube d'espérance et de joie: "C'est le jour illuminé par le véritable soleil qui ne connaît pas le crépuscule, que les nuages n'assombrissent pas et que la brume ne voile pas...

Lorsqu'apparaîtra le Christ, notre vie, et que nous commencerons à voir Dieu, à visage découvert, alors, toute obscurité disparaîtra des ténèbres, toute brume de l'ignorance s'évanouira, tout nuage de tentation se dissipera.. Ce sera le jour lumineux et splendide, préparé pour tous les élus par Celui qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a conduits au royaume de son Fils bien-aimé.

Le matin de ce jour est la résurrection future... Ce matin-là, le bonheur des justes brillera, la gloire apparaîtra, la joie jaillira, lorsque Dieu sèchera toute larme des yeux des saints, lorsque la mort sera enfin vaincue, lorsque les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume du Père.

Ce matin-là, le Seigneur fera connaître sa miséricorde... en disant: "Venez, les bénis de mon Père" (Mt 25, 34). Alors, sera manifestée la miséricorde de Dieu, que l'âme humaine ne peut concevoir dans la vie présente. Car le Seigneur a en effet préparé, pour ceux qui l'aiment, ce que l'oeil ne vit pas, ce que l'oreille n'entendit pas et qui n'entra jamais dans le coeur de l'homme" (PL 79, col. 649-650).