Publication d’un « Guide pratique de chant grégorien »

Pour « redonner à la pratique liturgique une dignité marquée par le sens du sacré »

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ROME, Mardi 16 octobre 2007 (ZENIT.org) – « Redonner à la pratique liturgique une dignité marquée par le sens du sacré », c’est l’un des motifs de la publication, chez Téqui du « Guide pratique de chant grégorien » de dom Jacques-Marie Guilmard, moine de Solesmes, auteur de nombreux articles sur le chant grégorien.



Cette publication coïncide avec l'entrée en vigueur du Motu proprio de Benoît XVI sur l'usage de la messe de Paul VI en latin. L’auteur présente son livre et les enjeux, dans cet entretien avec Cécile Laurent.

Comment se situe votre publication par rapport au Motu proprio ?

D. J.-M. Guilmard - Cette publication en est à la fois indépendante, puisqu'elle a été commencée à une époque où l'on ne parlait pas du Motu proprio, et en même temps elle lui est tout à fait conforme, quoi qu'elle ne concerne au premier chef que la liturgie latine de Paul VI. En effet, un des objectifs majeurs du Saint-Père est de redonner à la pratique liturgique une dignité marquée par le sens du sacré. Ce Guide pratique a la même intention. De plus, si certains commentateurs ont souligné les différences entre les deux formes de l'unique rite romain, ce Guide pratique montre que le latin et le chant grégorien conviennent très bien à la forme ordinaire du rite romain (liturgie de Paul VI), comme il convenait depuis longtemps à la forme extraordinaire (liturgie tridentine et messe de saint Pie V). Ce Guide pratique a donc l'avantage d'établir la continuité entre les usages hérités du passé et ceux qui ont eu cours depuis la réforme demandée par le concile Vatican II et mise en œuvre par le pape Paul VI.

Quel est le contenu de votre publication ?

D. J.-M. Guilmard - Cet ouvrage a été conçu comme un guide pour les prêtres qui veulent célébrer la Messe de Paul VI en latin, ainsi que nous le faisons à Solesmes depuis 35 ans. C'est pourquoi on trouve toutes les parties chantées par le prêtre, accompagnées de conseils, de schémas et surtout d'un modèle sur CD audio. Ce Guide pratique doit cependant servir aussi aux fidèles : ils méditeront d'admirables citations de Dom Guéranger sur la spiritualité du chant, et ils étudieront un précis de prononciation et un de psalmodie.

Quel sens donnez-vous à ce Guide pratique ?

D. J.-M. Guilmard - Il répond au désir de ceux qui souhaitent utiliser le chant grégorien dans la liturgie de Paul VI. La liturgie réformée par ce Pape a bel et bien maintenu l’usage du latin. Grâce à ce Guide pratique, on peut se familiariser avec le chant latin, non seulement pour la Messe, mais aussi pour l’Office divin. Il est bon que les fidèles en grand nombre puissent, surtout le dimanche, chanter les Vêpres et Complies.

Pensez-vous que le Motu proprio aura pour effet d'encourager la pratique liturgique du latin et du chant grégorien ?

D. J.-M. Guilmard - Le Motu proprio tend à redonner une place, dans la vie concrète de nos églises, à « une certaine sensibilité » porteuse d'un bon nombre de valeurs qui avaient été rejetées ou occultées dans les années qui ont suivi le Concile et la Révolution de mai 1968. Parmi ces valeurs, il y a le latin et le chant grégorien bien sûr, qui seront certainement davantage utilisés. Toutefois, on n'en restera certainement pas là. Avec le goût pour la forme liturgique ancienne, reviendront largement aussi le goût pour la doctrine (en particulier pour la théologie de saint Thomas d'Aquin), le souci d'une morale objective, certaines expressions de la piété populaire, etc.

Mais, pour se restreindre au domaine liturgique, comment les deux formes du rite romain s'influenceront-elles ?

D. J.-M. Guilmard - L'influence mutuelle des deux formes de l'unique rite romain ne sera pas symétrique. Le Motu proprio – on ne l'a pas assez remarqué – va permettre à la forme tridentine d'évoluer, mais elle le fera d'une manière organique et naturelle, exactement comme un vivant se développe. Elle va se rapprocher de la forme voulue par Paul VI : le calendrier et les lectures peuvent dès maintenant être empruntés à la forme de Paul VI ; viendront peut-être ensuite – l'avenir le dira – la récitation de la prière eucharistique à voix haute, la concélébration, l'emploi d'autres prières, etc. La forme de Paul VI, de son côté, ne changera pas, si ce n'est que les prêtres ont le devoir de cultiver toujours plus le sens du sacré, ce qui passe en particulier à travers le respect des rubriques – ces deux points ont été soulignés par Benoît XVI.

Pourtant, on a proposé la réforme de la réforme !

D. J.-M. Guilmard - L'idée est séduisante, mais dans les faits, on risquerait fort d'introduire la révolution permanente dans la liturgie. Si la liturgie de Paul VI doit subir des réformes, celles-ci seront ponctuelles et se feront au niveau des églises particulières. On pourra, par exemple, améliorer certaines traductions, et célébrer à nouveau les Rogations dont l'aspect « écologique » est particulièrement d'actualité. Encore une fois, ce n'est pas à la liturgie de Paul VI de changer, mais bien aux prêtres qui doivent célébrer leur Messe avec un soin toujours plus surnaturel. On me dira que pour certains, cela demandera une vraie conversion ! À cela je répondrai que pour tout prêtre, chaque Messe est l'occasion d'une vraie conversion. Ainsi, le débat porte moins sur les « formes » liturgiques que sur le souci de fidélité à l'Église et à sa prière publique. Il ne faut pas ne retenir de la forme tridentine que le formalisme, comme si le respect des rubriques suffisait seul à la célébration de la Messe : il n’y a pas de « technique » de la grâce. À partir du moment où l'intérêt pour les rubriques devient primordial, le sens du sacré disparaît. Ainsi, dans toutes les formes liturgiques de la Messe, il faut cultiver le sens du sacré.

Quelle voie proposez-vous pour cela ?

D. J.-M. Guilmard - La solution de beaucoup de problèmes réside dans l’éducation. Les fidèles doivent donc être formés par la catéchèse et une pratique saine de la liturgie ; et les offices célébrés dans les chapelles des séminaires – ainsi qu'il arrive souvent – doivent être exemplaires et préparer les futurs prêtres à une vie liturgique intérieure, digne et respectueuse des règles établies par l'Église.

Le Motu proprio semble vous « inspirer » ?

D. J.-M. Guilmard - Oui, c'est une occasion à ne pas laisser passer. Si chacun y obéit avec humilité et prie à avec assiduité à cette intention, il peut apporter beaucoup, et être le point de départ d'un profond renouveau liturgique, bien nécessaire à l'entrée du 3e millénaire. La liturgie – qui certes a ses règles – est avant tout un Mystère, à savoir la présence active du sacrifice de Jésus et le salut qu’elle apporte dans le cœur des fidèles unis en un seul Corps par l'Esprit Saint. C'est là le présent et l'avenir, la terre et déjà le ciel.

Dom Jacques-Marie Guilmard, o.s.b., Guide pratique de chant grégorien. Les récitatifs, la prononciation, la psalmodie, les chants du prêtre à la Messe, avec un CD-audio de démonstration et d’exercice, 128 pages (A 5), Téqui 2007 (11,50 € + le port 2,60 €).

Entretien recueilli par Cécile Laurent