Publication des « Chemins de Dieu » du cardinal Henri de Lubac, au Cerf

Entretien avec le P. Chantraine

| 195 clics

ROME, Lundi 25 septembre 2006 (ZENIT.org) – Le mois de septembre verra la publication aux éditions du Cerf du livre du cardinal Henri de Lubac, « Les Chemins de Dieu ». A cette occasion, le directeur de l’édition des œuvres complètes, le P. Georges Chantraine, sj, a bien voulu répondre aux questions de Zenit.



Jésuite, ordonné prêtre en 1963, docteur en Philosophie et Lettres (Louvain, 1968) et en Théologie (Institut catholique de Paris, 1978), le P. Georges Chantraine a été professeur de théologie dogmatique et d'histoire de l'Eglise à l'Institut d'Etudes Théologiques (IET), la Faculté jésuite de théologie de Bruxelles de 1968 à 1992. Recteur de la Faculté théologique de Lugano de 1992 à 1995, il est vice-président de l'Association Internationale Cardinal Henri de Lubac. Actuellement, le P. Chantraine rédige la biographie du cardinal Henri de Lubac et co-dirige les « Oeuvres complètes » de celui-ci aux éditions du Cerf.

Zenit : Père Chantraine, le mois de septembre verra la publication des « Chemins de Dieu » aux éditions du Cerf, à Paris: quelle est l’actualité de ce livre ?

P. G. Chantraine : Dieu est le grand absent de nos sociétés; tout se passe comme s'il n'existait pas. Ce livre en rappelle la présence active: il n'y a pas moyen d'être homme sans Dieu. Dès lors, il faut craindre que plus Dieu sera absent de nos sociétés, plus aussi l'homme sera absent à lui-même; la violence, qui est en recrudescence, est une conséquence de cette situation. Mais on dira que « l'Islam » est violent. Il faut distinguer: « des » musulmans sont violents. Comme les papes l'ont rappelé maintes fois, Dieu est contre la violence. Il est une deuxième raison pour laquelle « Sur les chemins de Dieu » est actuel: ce livre ne raisonne pas « sur » Dieu: il constate la présence de Dieu dans l'homme, antérieure à tout ce que l'homme peut penser, et active dans tout ce qu'il pense et fait, et il montre comment cette présence travaille en nous par notre propre vie d'homme, et comme elle vient à nous par la vie extérieure.

Zenit : Quelles sont les caractéristiques de cette nouvelle édition ?

P. G. Chantraine : Cette nouvelle édition s’imposera au lecteur, non seulement parce qu’elle est complète, mais aussi et surtout parce qu’elle contient des index et la traduction des citations en langue étrangère. Rappelons que dans certaines oeuvres lubaciennes le latin était devenu envahissant, créant une difficulté pratiquement insurmontable pour maint lecteur actuel.

Zenit : Quelles autres œuvres ont déjà été publiées ?

P. G. Chantraine : Les ouvrages publiés à la date du 30 septembre 2006 sont au nombre de 11, à commencer par « Le Drame de l’humanisme athée » et « Paradoxes », contenant : « Paradoxes », « Nouveaux Paradoxes », « Autres Paradoxes ». Un ouvrage peut-être moins connu intitulé « La rencontre du bouddhisme et de l’Occident », a été publié avec un glossaire : il éclaire le dialogue interreligieux ! Les ouvrages qui ont été publiés ensuite sont : « Le Mystère du Surnaturel », « La pensée religieuse du père Teilhard de Chardin » et « Histoire et Esprit. L’intelligence de l’Écriture d’après Origène ». Ce volume est accompagné de « Transposition origénienne », « La querelle du salut d’Origène aux temps modernes », « Jean Pic de la Mirandole et Pedro Garcia ». Puis viennent « Catholicisme. Aspects sociaux du dogme », avec, dans le même volume « Au début de l’œcuménisme », « L’unité des chrétiens », « Unam Sanctam. Travaux théologiques sur l’Église », « Moehler et sa doctrine sur l’Église », « Chemin de croix », « Pourquoi « Église catholique » et non « Église universelle » ». Sur l’Eglise, est venu ensuite le volume intitulé « Méditation sur l’Église » qui s’accompagne de : « Credo Ecclesiam », « La Vierge Mère », « Marie de l’Incarnation et la Sainte Vierge », « L’Esprit de sainte Angèle ».
« Mémoire sur l’occasion de mes écrits » a été publié avec « Mémoire sur mes vingt premières années », « J’éprouve joie et confiance », « Conversation en famille », et « Hommage au Cardinal Lustiger ».
A propos de l’engagement contre le nazisme et l’antisémitisme, un ouvrage intéressera aussi les historiens, c’est « Résistance chrétienne au nazisme », un titre qui contient « Le Fondement théologique des missions » (1941), et 4 articles, dont deux inédits, 8 articles parus dans Témoignage chrétien, Résistance chrétienne à l’antisémitisme (1988).
Enfin, le volume intitulé « Révélation chrétienne, affrontements mystiques et sens de l’homme » contient le fameux commentaire au document conciliaire sur l’Ecriture et la tradition : « Révélation divine », mais aussi « Affrontements mystiques » et « Athéisme et sens de l’homme ».

Zenit : A quel rythme comptez-vous publier ?

P. G. Chantraine : Nous essaierons de publier quatre ouvrages par an. C'est un gros effort pour les éditeurs scientifiques et pour les Editions du Cerf. Deux volumes (12 et 13) vont paraître encore cette année. Le 12e volume, sous le titre : « Sur les chemins de Dieu » et le 13e : « La prière du P. Teilhard de Chardin », à quoi s’ajoutent « Teilhard missionnaire et apologiste », et 8 articles.

Zenit : Mesure-t-on mieux aujourd’hui qu’hier l’importance de l’œuvre du cardinal de Lubac pour le concile Vatican II et la théologie post-conciliaire ?

P. G. Chantraine : Vous indiquez un travail à faire. Les jeunes professeurs de théologie connaissent moins bien l'oeuvre de Henri de Lubac que leurs professeurs. C'est un travail de l'Association Internationale Cardinal Henri de Lubac de rassembler un groupe de ces professeurs et de rédiger avec eux un guide qui unisse leurs intérêts et les questions traitées par Henri de Lubac. La publication en 2007 des « Carnets du Concile » de Henri de Lubac fera connaître la participation du P. de Lubac au concile et fournira l'occasion de rassembler un tel groupe de professeurs.

Zenit : Quels conseils donneriez-vous aux étudiants en théologie, et aux fidèles laïcs, pour se familiariser avec l’œuvre de Henri de Lubac ?

P. G. Chantraine : Pour se familiariser avec la pensée la plus personnelle de Lubac, on lira « Paradoxes ». Pour avoir une idée de son oeuvre entière, on lira « Catholicisme ».