Quand un journaliste "people" parle de la souffrance et de la joie

Une spiritualité sans dolorisme

Rome, (Zenit.org) Antonio Gaspari | 617 clics

Comment douleur et souffrance peuvent-elles se transformer en joie ? Qu’est-ce qui fait que l’on accepte la souffrance physique et morale pour le salut de quelqu’un d’autre ? Et quelle religion arrive à donner du sens à la souffrance ?

Ces trois questions, et d’autres encore, sur le mystère de la « spiritualité de la souffrance » et sur les raisons qui alimentent l’action des mystiques, constituent le fil conducteur du livre du journaliste et écrivain italien Luciano Regolo intitulé (en italien) « la douleur devient joie – Padre Pio et Natuzza deux vies un message » (« Il dolore si fa gioia – Padre Pio e Natuzza due vite un messaggio », chez Mondadori).

Luciano Regolo a travaillé pour le quotidien « Repubblica »,  les revues « Oggi », « A » et « Chi ». Il a dirigé « Novella 2000 », « Eva 3000 » et « Vip ». Expert des familles royales, il a publié beaucoup de livres à caractère historique et bibliographique.

Au cours de la présentation de son nouveau livre, le 12 juillet dernier, à San Benedetto del Tronto, l’auteur a confessé que lui-même  « n’avait pas cherché la souffrance mais qu’elle lui était tombés dessus ». Il raconte avoir connu la mystique italienne Natuzza Evolo, pour la première fois, lorsqu’il est venu lui demander de l’aide pour une jeune cousine à qui les médecins n’avaient donné plus que quelques semaines à vivre. Bien qu’impressionné par la guérison miraculeuse de cette parente, pendant des années il a  exercé son métier très loin des mystiques et de la religion.

Il a rencontré Natuzza l’année où tout semblait aller au plus mal pour lui, dans sa famille et au travail. C’est après avoir été appelé au chevet de la mystique qu’il décida d’écrire deux livres de grand succès: « Natuzza Evolo: il miracolo di una vita » (« Natuzza Evolo : le miracle d’une vie ») et « Natuzza amica mia »  ( « Natuzza, mon amie ») , parus chez Mondadori.

L’histoire de Natuzza Evolo est encore aujourd’hui objet de controverses. Jeune fille humble et analphabète, elle fut un outil dans les mains de Dieu pour d’innombrables bonnes actions. Ses effusions de sang qui devenaient des messages et des images spirituelles une fois absorbées par les compresses, sont encore aujourd’hui au centre d’un intense débat entre sciences et miracles. Tout comme sa capacité à connaître à l’avance l’histoire des personnes qu’elle rencontrait et sa capacité à dialoguer avec les âmes défuntes.

Dans l’introduction du livre « Il dolore si fa Gioia », Mgr Luigi Renzo, évêque de Mileto-Nicotera-Tropea, écrit : « En dehors d’un contexte de foi il est humainement impensable d’accepter, voire de demander, comment Natuzza arrive à s’impliquer autant dans la Passion du Christ. Et chez elle ce n’est pas du masochisme. Elle est pleinement convaincue que lorsque l’on aime, on ne se rebelle pas, si bien qu’elle est prête à s’offrir à chaque moment comme  ame et victime au et avec le Crucifié ».

Après avoir lu les acta beatificationis et les colloques restés longtemps sous secret, entre Mgr Rossi envoyé du Saint-Siège et Padre Pio, Luciano Regolo a fait la comparaison entre les expériences mystiques du frère de Petralcina (apparitions sacrées, assauts diaboliques, bilocations et stigmates) et celles incroyablement similaires de Natuzza Evolo, grâce aux enregistrements et aux témoignages qu’elle donna à ses pères spirituels, les pères Barone et Cordiano.

Pour l’auteur, « le nombre de points communs entre les deux mystiques est surprenant. Deux personnes humbles qui sont à la recherche de Dieu, non pas dans les discours de philosophes mais dans leur propre expérience de vie, d’amour et de souffrance, dans leur manière de 'porter la Croix' ». Raison pour laquelle on dit qu’ils sont deux personnages clefs de la spiritualité contemporaine « choisis et envoyés du ciel » comme « messagers d’amour » aux hommes d’aujourd’hui.

« Les coïncidences sont si nombreuses, ajoute l’écrivain, qu’elles laissent supposer que Padre Pio et Natuzza ont été envoyés sur terre pour apporter le même message : si tu acceptes la souffrance au nom de Dieu, le Paradis descendra sur terre et tu connaîtras la vraie joie ».

Mgr Renzo écrit que l’auteur, dans ce livre, « a essayé d’entrer dans les viscères et dans l’âme de la mystique, mais il dit aussi voir en cela une vision plus large et représentative de la 'spiritualité de la souffrance' ».

« Nous pouvons croire ou ne pas croire, souligne l’évêque, mais avec Natuzza et Padre Pio nous sommes confrontés à un mystère vraiment fascinant, capable de transmettre paix et sérénité à quiconque. Jamais personne, après avoir rencontre l’un ou l’autre, n’est resté comme avant ».

Natifs des Pouilles et de Calabre, un prêtre, l’autre mère de famille, Padre Pio et Natuzza ont rencontre de très nombreux obstacles sur leur chemin pour faire comprendre des autorités qu’ils étaient des instruments de la miséricorde du Seigneur.   

Le père Agostino Gemelli, qui essaya de comprendre si les plaies de Padre Pio étaient authentiques, écrivit au Vatican que le frère capucin était un « psychopathe et hystérique », un « sujet à isoler ». Le père Gemelli, bien que n’ayant jamais rencontré Natuzza Evolo, écrivit qu’elle était « hystérique et folle » et demanda à l’évêque de Mileto  qu’elle soit internée à l’hôpital psychiatrique de Reggio Calabria.

Les phénomènes dont Natuzza était dépositaire étaient si époustouflants que certains pensèrent qu’elle était possédée du démon, et à l’âge de 15 ans elle fut soumise à un exorcisme. Mgr Renzo a relevé que des années plus tard, on peut constater comment « avec leur humilité et richesse humaine, leur inquiétante spiritualité, Padre Pio et Natuzza ont vraiment beaucoup à enseigner à l’homme moderne, si distrait, indolent et renonciataire et négativement mondialisé vis-à-vis de la transcendance et d’une vérité non subjective ».

Pour conclure, Luciano Regolo rappelle que « le plus fort des messages laissé par Padre Pio et Natuzza touche au sacrifice conscient et passionné pour sauver les âmes, surtout celles des pécheurs ». Et il rappelle les paroles de Natuzza: « Quand vous aurez une souffrance ne la gardez pas pour vous et ne vous rebellez pas, mais dites: ‘Seigneur merci, parce que tu m’as donné la possibilité de l’avoir’. Offrez-la pour les malades, pour les détenus et pour tous ceux qui se rebellent, qui n’acceptent pas leur souffrance ».

Traduction d'Océane Le Gall