Qui célèbre ? (CEC n. 1136 1144), par le P. Natale Scarpitta

Rubrique de théologie liturgique sous la direction du P. Mauro Gagliardi

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P. Natale Scarpitta

Traduction d’Hélène Ginabat

ROME, mercredi 21 mars 2012 (ZENIT.org) – Cette réflexion sur « Qui célèbre ? » la liturgie (CEC, n° 1139) est signée par le P. Natale Scarpitta, prêtre de l’archidiocèse de Salerno-Campagna-Acerno, doctorant en droit canonique à Rome, à l’Université Pontificale Grégorienne.

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Reprenant la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (n. 8), le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) enseigne que « dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem » (n. 1090). En repartant de cette conscience extrêmement théologique, il affirme ensuite que « ceux qui dès maintenant la célèbrent au-delà des signes sont déjà dans la Liturgie céleste, là où la célébration est totalement Communion et Fête » (n. 1136). Et il ajoute « C’est à cette Liturgie éternelle que l’Esprit et l’Église nous font participer lorsque nous célébrons le Mystère du salut dans les sacrements » (n. 1139).

L’action liturgique ne s’épuise donc pas dans sa dimension purement historique. Elle est plutôt un avant-goût (cf. Jean-Paul II, Audience générale, 28.06.2000), un reflet pâle mais réel (cf. Benoît XVI, Homélie de la célébration des Vêpres dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, 12.09.2008), de celle qui est célébrée sans fin au plus haut des cieux. La liturgie de l’Eglise ne constitue donc pas simplement une imitation plus ou moins fidèle de la liturgie céleste, et encore moins une célébration parallèle ou alternative. Elle signifie et représente plutôt une épiphanie sacramentelle concrète de la liturgie éternelle.

Une des images bibliques qui fondent tout cela est proposée dans le livre de l’Apocalypse, dont les pages dessinent une lumineuse icône de liturgie céleste (cf. Ap 4-5; 6, 9; 7, 1-9; 12; 14,1; 21; 22,1; et aussi CEC, n. 1137-1138).

C’est la création entière qui élève vers Dieu une louange incessante. Et c’est justement à cette liturgie ininterrompue du ciel que la communauté, constituée par le peuple saint de Dieu et rassemblée dans l’assemblée liturgique dans une exultation fraternelle, s’associe mystiquement aux célébrations ecclésiales. Ciel et terre se rejoignent dans une sublime communio sanctorum.

Il n’est pas difficile, alors, de comprendre la vérité de foi exposée dans le Catéchisme quand il enseigne que la liturgie est l’action du « Christ tout entier » (n. 1136), c’est-à-dire du Chef inséparablement uni à son Corps Mystique, qui est l’Eglise dans son ensemble : céleste, souffrante et pèlerine.

De plus, l’action liturgique qui se réalise, ne représente passeulementune célébration des membres de n’importe quelle communauté ecclésiale. C’est toujours toute l’Eglise, l’Eglise universelle, qui y est réellement impliquée. Ou plutôt, c’est justement dans la liturgie que la magnifique description de l’Eglise comme « sacrement d’unité » se révèle dans toute sa splendeur. En elle, en effet, l’unité intime qui est réalisée entre les fidèles devient une expression vivante, réelle et concrète.

A ce sujet, le Catéchisme de l’Eglise catholique, au numéro 1140, parle aussi de la préférence qui doit être donnée, dans le culte liturgique, à la célébration communautaire sur la célébration individuelle et presque privée. Ceci s’explique surtout par la valeur « épiphanique » de la liturgie : le rite communautaire n’est pas un rite qui « vaut » plus, mais c’est certainement un rite qui manifeste mieux le caractère ecclésial de toute célébration liturgique.

Au même numéro du Catéchisme, il est aussi spécifié que tous les rites liturgiques ne comportent pas une célébration communautaire : cela vaut en particulier pour le Sacrement de la Réconciliation (dont la célébration – à part certains cas tout à fait exceptionnels – doit être individuelle !), pour l’Onction des malades et pour de nombreux Sacramentaux. Le Sacrifice eucharistique représente en revanche le degré maximal capable d’exprimer la célébration communautaire : en effet, il est offert au nom de toute l’Eglise, il est le signe principal de l’unité, le plus grand lien de la charité. Il faut dire cependant que, même lorsque l’action liturgique est accomplie selon le mode individuel, elle ne perd jamais son caractère essentiellement ecclésial, communautaire et public.

Il est nécessaire, ensuite, que la participation à l’action liturgique soit « active », c’est-à-dire que le fidèle n’assure pas seulement une présence extérieure, mais aussi une participation intérieure à travers une attention consciente de l’esprit et une prédisposition du cœur, qui sont une réponse de l’homme suscitée par la grâce, ou une coopération fructueuse avec celle-ci.

La dimension essentiellement communautaire de l’action liturgique n’exclut pas, pour autant, que coexiste la dimension hiérarchique (au contraire, le concept même de « Communauté ecclésiale » requiert et inclut celui de « Hiérarchie ecclésiale »). Le Culte liturgique, en effet, reflétant la nature théandrique de l’Eglise, est l’action de tout le peuple saint de Dieu, qui est ordonné et qui agit sous la conduite des ministres sacrés. La mention expresse des évêques (CEC, n. 1140) est un rappel au caractère central constitutif de la figure épiscopale, autour de laquelle évolue la vie liturgique de l’Eglise locale. Pour le dire plus simplement, bien que la célébration soit de toute l’Eglise, elle ne peut se dérouler sans les ministres sacrés. Cela vaut particulièrement pour l’Eucharistie, dont la célébration est réservée aux prêtres de droit divin.

A l’intérieur de l’action liturgique, comprise comme manifestation limpide de l’unité du Corps de l’Eglise, le fidèle accomplit son devoir en vertu de son Baptême, selon son état de vie et la charge qu’il assume dans la communauté (CEC, n. 1142; 1144). Outre les ministres consacrés (évêques, prêtres et diacres), il y a aussi une diversité de ministres liturgiques (sacristain, servant de messe, lecteur, psalmiste, acolyte, commentateur, musiciens, choristes, etc.) dont le rôle est réglé par l’Eglise, ou déterminé et spécifié par l’évêque diocésain selon les traditions liturgiques ou les nécessités pastorales de l’Eglise particulière à laquelle il est attaché.


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