Radio, télévision et journaux catholiques en Amazonie (I)

Rencontre avec le P. Enrico Uggé

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P. Piero Gheddo

Traduction d’Hélène Ginabat

ROME, lundi 24 septembre 2012 (ZENIT.org) – « Seulement 20% de la population vient à l’église. Et tous les autres ? », s’interroge le P. Uggé. « Une grande partie d’entre eux regardent la télévision catholique et c’est vraiment de l’évangélisation »,  poursuit le missionnaire italien qui avoue faire son travail « avec passion ».

Le P. Enrico Uggé, prêtre de l’Institut pontifical des missions étrangères de Milan (PIME), est missionnaire en Amazonie, à Parintins, depuis mars 1972. Il a surtout vécu parmi les Indiens Sateré-Mawé, et il a étudié leur langue et leur culture. Promoteur convaincu des moyens modernes de communication pour annoncer l’Evangile et former les chrétiens, il témoigne de son engagement auprès de populations coupées du reste du monde.

ZENIT – Comment est né cet engagement ?

P. Enrico Uggé – En 1990, lorsque Mgr Risatti m’a appelé des villages des Indiens et m’a confié Radio Alvorada, cela a été pour  moi un défi qui m’a tout de suite passionné ; pour les Indiens qui vivent dans les forêts et au bord des fleuves, la radio était quasiment l’unique moyen pour se maintenir en contact avec le reste du monde. J’ai pris cet engagement au sérieux et grâce à Dieu, cela a progressé rapidement. A la radio, nous avons ajouté les ondes courtes aux ondes moyennes. Nous avons un rayon d’écoute d’environ 400 kilomètres, et sur les ondes courtes, les amateurs de radio de Finlande réussissent à nous capter !

En Amazonie, il y a le réseau catholique « Radio Nouvelles d’Amazonie » (« Radio Notizia dell’Amazzonia ») qui, avec vingt radios, couvre la zone de Manaus à Macapà et donnent des nouvelles sur l’Amazonie qui sont importantes dans cette immense région ; nous sommes aussi liés avec la « Onda », le réseau des 800 radios catholiques brésiliennes et nous pouvons reprendre des programmes et des informations qui viennent du Centre du Réseau catholique des radios (R. C. R.). Au Brésil, l’Eglise cherche à développer ses instruments de communication et nous, à Parintins, nous sommes bien équipés et nous tenons à la qualification de nos journalistes. A Belem, un autre missionnaire du PIME, le P. Claudio Pighin, a une école de communication importante et appréciée.

Vous êtes responsable d’une radio généraliste : combien d’heures émettez-vous chaque jour ?

Nous émettons de 5h du matin à 10h du soir ; notre devise est « Informer – Former – Distraire ». Je suis directeur de la programmation, mon rôle est de suivre et d’orienter les programmes, en accordant une grande d’importance aux nouvelles bien faites, contrôlées, intéressantes. L’Amazonie est encore une région isolée, les gens veulent surtout entendre ce qu’il y a de nouveau. Il y a ensuite la formation parce que nous sommes une radio catholique, mais pas uniquement faite de chapelets et de prières. Tous les dimanches, la messe est retransmise, suivie de prières, de catéchèses et de conférences religieuses. A 6h du matin, le dimanche, je donne une courte émission qui explique l’Evangile du jour, très écoutée surtout des catéchistes qui doivent aller dans les villages sans prêtres pour rassembler les gens, prier avec eux et leur expliquer l’Evangile. Ce n’est pas tant une explication doctrinale qu’un discours pour éveiller les villages et les catéchistes à la Parole de Dieu, à la beauté de la foi. Notre radio est l’une des plus importantes des radios catholiques du Brésil parce qu’elle repose sur des professionnels et qu’elle est bien orientée dans la fidélité à l’Eglise et dans une lecture chrétienne des événements.

Comment êtes-vous passé de la radio au journal ?

En mai 1994, j’ai lancé l’hebdomadaire Novo Horizonte avec des personnes capables d’étudier, d’écrire, de préparer par écrit nos programmes et de faire le journal qui a en général 12 pages hebdomadaires. Au début de la prélature avec Mgr Cerqua, il y avait un journal qui s’est ensuite arrêté. Aujourd’hui, il y a des écoles partout, les Brésiliens lisent plus que dans le passé et le besoin se faisait sentir d’un instrument qui puisse conserver les nouvelles et les textes importants, et ce journal est lu. La radio et le journal ont le même siège et se soutiennent mutuellement.

Puis une télévision catholique a vu le jour à Parintins. Nous sommes en lien avec les deux télévisions catholiques brésiliennes, Cançào Nova (des charismatiques) et Rede Vida (de la Conférence épiscopale brésilienne, la CNBB) ainsi qu’avec Nossa Senhora De Nazaré, la télévision de Belem qui a ouvert des espaces à nos programmes. Nous sommes quasiment devenus une succursale de la télévision de Belem qui nous donne davantage d’espace pour devenir la télévision de Parintins, qui a désormais 120.000 habitants. C’est important parce la télévision est la reine du monde de la communication. C’est une télévision très écoutée surtout de 11h à 13h, parce qu’il fait très chaud et qu’en Amazonie les gens restent tranquillement chez eux à regarder la télévision.

Notre chaîne est importante au niveau régional. C’est nous qui faisons le journal télévisé. La télévision exige plus que le journal ou la radio. Il faut avoir des gens capables de parler à la télévision, ce qui n’est pas facile. Nous sommes très suivis parce que nous donnons des nouvelles locales. A la fin, nous avons trois minutes pour commenter l’une des nouvelles les plus frappantes. Je suis convaincu de l’importance d’une télévision comme la nôtre (et de la radio également). Seulement 20% de la population vient à l’église. Et tous les autres ? Une grande partie d’entre eux regardent la télévision catholique et c’est vraiment de l’évangélisation. A ce jour, nous sommes le seul journal télévisé local à Parintins.

Impliquez-vous aussi ceux qui vous suivent à la radio, à la télévision ou par le journal ?

Nous travaillons avec passion, pas seulement moi mais aussi les rédacteurs et les collaborateurs ; nous cherchons à transmettre la foi et un regard de foi sur la vie. Nous avons des initiatives pour impliquer la population. Par exemple, nous avons proposé le Noël des enfants, nous organisons des matchs de foot et de football à 5, en particulier pour sortir tous ces jeunes de la rue. La radio, la télévision et le journal appartiennent à la Fondation Evangelii Nuntiandi, qui est juridiquement détachée du diocèse. Si l’on fermait, tout irait au diocèse. Mais il y a aussi des programmes religieux pendant la semaine, pour la famille, les époux, les fiancés, les malades, préparés par des collaborateurs, parfois des religieux, extérieurs à la rédaction. Nous avons chaque jour une heure consacrée aux enfants. Imaginez les milliers d’enfants qui vivent dans les villages, le long des fleuves, isolés, et qui ne voient jamais rien pour eux. C’est un programme vivant qui leur enseigne quelque chose. Une maîtresse leur parle, leur raconte une histoire ou leur parle de Jésus et de notre maman du ciel, ou bien elle explique les bonnes manières ; les enfants écrivent, viennent nous trouver, nous envoient leurs exercices. Nous mettons en valeur les moments importants de la communauté, nous accompagnons la vie des gens et c’est cela le secret pour nous faire écouter.

Vous faites appel à de la publicité payante ?

Nous donnons la parole à tout le monde. Pour nous soutenir, nous louons quelques demi-heures à certaines entreprises ou à des groupes qui désirent faire entendre leur voix, par exemple la mairie, les entreprises publiques qui travaillent à Parintins et qui informent sur ce qu’elles font. C’est règlementé pour celui qui parle : n’offenser et n’accuser personne, dire la vérité, etc. Nous disons au maire : si tu dis que tu as goudronné la route et que ce n’est pas vrai, nous le dirons aux auditeurs. Nous ne louons pas à des partis politiques mais à des entreprises publiques ou privées, et nous donnons du temps gratuit aux écoles, aux hôpitaux, aux associations de volontariat, aux campagnes de vaccination. Les politiques peuvent parler un certain temps, mais ils s’inscrivent à l’avance pour que nous puissions contrôler ce qu’ils disent et nous assurer qu’ils le disent dans le temps imparti. Légalement, nous devons conserver pendant un mois les bandes d’enregistrement de tout ce que nous transmettons, et nous pouvons les réutiliser par la suite. C’est au cas où quelqu’un se plaindrait d’une émission et où il faudrait la réécouter. L’aspect technique de la radio et de la télévision est difficile. Nous sommes vraiment isolés : la ville la plus proche est Manaus, à 500 km de là par le fleuve.

(La seconde partie sera publiée demain mardi 25 septembre)