Radio, télévision et journaux catholiques en Amazonie (II)

Rencontre avec le P. Enrico Uggé

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P. Piero Gheddo

Traduction d’Hélène Ginabat

ROME, mardi 25 septembre 2012 (ZENIT.org) – « En tant qu’Eglise, nous n’arrivons pas à rejoindre tout le monde, alors que non seulement la radio y parvient, mais elle leur arrive lorsqu’ils sont assis et qu’ils peuvent réfléchir », fait observer le P. Enrico Uggé, prêtre de l’Institut pontifical des missions étrangères de Milan (PIME).

Le P. Uggé est missionnaire en Amazonie, à Parintins, depuis mars 1972. Il a surtout vécu parmi les Indiens Sateré-Mawé, et il a étudié leur langue et leur culture. Promoteur convaincu des moyens modernes de communication pour annoncer l’Evangile et former les chrétiens, il témoigne de son engagement auprès de populations coupées du reste du monde.

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Zenit – Vous êtes directeur et animateur de ces deux media?

P. Enrico Uggé – Le directeur est une femme, une belle figure, Raimunda Ribeiro. Elle a 45 ans de radio et elle ne s’est pas mariée pour s’y consacrer totalement. Quand Radio Alvorada est née, l’évêque, Mgr Arcangelo Cerqua, l’avait envoyée à Rio de Janeiro faire des études. Elle s’est passionnée pour son travail et elle est bien située dans la foi. Mon rôle est celui d’un prêtre, animateur et directeur des programmes ; elle aborde et résout tous les problèmes juridiques, les relations avec les autorités et avec le public. A cause des lois en vigueur, Madame Ribeiro est idéale. Il faut toujours être en règle parce que nous sommes très contrôlés, par exemple pour les droits d’auteur des chansons que nous transmettons, et à la fin du mois nous payons les droits. Il y  a aussi tout le travail administratif. La présence de cette femme est providentielle mais elle a un travail difficile. Elle est maintenant assistée de deux collaboratrices qui travaillent à la radio et à la télévision depuis dix ans.

Les personnes qui travaillent dans votre entreprise sont toutes catholiques ?

En général, oui, mais nous avons eu un baptiste et quelques autres personnes qui n’étaient pas croyantes. Le dernier samedi du mois, les employés font avec moi une petite retraite spirituelle de 8h à 11h : on prie, on lit la Parole de Dieu et on réfléchit sur un thème ; il y a ensuite les réunions des programmateurs, puis un espace pour l’évêque qui adresse chaque semaine son message pastoral à la radio et à la télévision ; il donne aussi une interview quand il a quelque chose à dire aux auditeurs. Et enfin il y a des programmes joyeux, de la musique, des chants, du sport et du divertissement.

Au plan économique, comment vous en sortez-vous ?

Nous sommes entre les mains de la Providence. Nous réussissons à ne pas avoir de déficit, mais je ne sais pas comment nous faisons. Autrefois, tout était plus facile ; aujourd’hui, cela devient de plus en plus difficile à cause de la bureaucratie et des aides que nous recevons d’Italie : 25% des dépenses sont supportées par des aides italiennes, le reste est produit par la radio. Les dons diminuent ; si vous demandez pour les lépreux, les orphelins ou les adoptions, vous trouvez des donateurs, mais quand vous parlez de radio ou de journaux, en Italie, on récolte peu ou rien. Pourtant la radio est d’une extrême importance pour l’évangélisation et pour la formation chrétienne de tous. En tant qu’Eglise, nous n’arrivons pas à rejoindre tout le monde, alors que non seulement la radio y parvient, mais elle leur arrive lorsqu’ils sont assis et qu’ils peuvent réfléchir.

Pour la formation des enfants aussi, la radio est importante. Nous avons fait, pendant deux ans, mais ensuite cela revenait trop cher, le Noël des enfants : nos rois mages ont distribué 15.000 cadeaux aux enfants pauvres. Un mois avant Noël, j’ai envoyé 800 étudiants et étudiantes des lycées visiter les familles de la banlieue la plus pauvre de Parintins ; ils ont donné aux enfants de moins de dix ans un carton d’invitation avec un tampon et une signature pour recevoir leur cadeau à Noël. Nous nous sommes aperçu qu’il y avait des enfants pauvres qui n’avaient jamais reçu de cadeau !

Comment vous est venue l’idée de cette fête des enfants ?

Au Brésil aussi il y a la mode du « Père Noël » dont personne ne sait qui il est ni qui il représente. Nous avons parlé des Rois mages qui ont apporté leurs cadeaux à Jésus et nous avons dit que cette année, à Noël, ils les apporteraient aux enfants les plus pauvres. J’ai proposé aux policiers de la ville, qui se déplacent à cheval, d’offrir une journée aux enfants avant Noël, en se déguisant en Rois mages. Trois d’entre eux ont accepté, je dirais, avec enthousiasme. Le premier soir, nous avons fait un grand spectacle de chants, musiques, danses et scénettes de théâtre, et ils sont venus très nombreux. L’après-midi du lendemain, qui était un dimanche, nous avons rassemblé environ 15.000 enfants pauvres et très pauvres avec leurs mamans, dans le grand stade de Parintins. J’ai parlé des Rois mages qui avaient apporté leurs dons à l’enfant Jésus et j’ai expliqué qu’ils allaient arriver et à ce moment les trois policiers à cheval sont arrivés, ressemblant vraiment à trois Rois mages, suivis de leur escorte de gardes avec les fourgons et les camionnettes empruntées pour apporter les paquets cadeaux, pendant que la fanfare de la police jouait une marche militaire. Je ne vous raconte pas le bonheur, les applaudissements, les cris et les sauts de joie de ces enfants !

Qu’avez-vous distribué comme cadeaux ?

Des cadeaux pauvres, obtenus en partie de magasins et de boutiques de Manaus et en partie achetés avec les aides qui me parviennent de la part de bienfaiteurs dans les paroisses en Italie, où j’ai un frère prêtre, don Abele, curé dans le diocèse de Lodi. Pour la distribution des cadeaux, les 800 étudiants et étudiantes qui avaient fait les visites dans la banlieue nous ont rejoints ; les enfants et les mamans étaient répartis par secteurs de mille personnes et, pour les enfants qui ne pouvaient pas être présents, la maman ou un membre de la famille se présentait avec le carton d’invitation et pouvait retirer le cadeau. Chaque enfant a reçu d’un Roi mage ou d’un étudiant son paquet coloré, avec à l’intérieur une poupée, un pantin, des jouets et d’autres objets appréciés des enfants. Ils étaient tous très contents et les gens nous demandaient : « Comment faites-vous pour distribuer 15.000 cadeaux ? »

Comment avez-vous fait pour rassembler 15.000 enfants ?

C’est la puissance de la radio, du journal hebdomadaire et de la télévision. Ce sont des moyens de communication qui rejoignent tout le monde. Il a fallu bien expliquer ce qu’est Noël, qui sont les Rois mages et pourquoi ils apportent un cadeau aux enfants, puis nous les avons convoqués… Cela a demandé un peu de temps. Ce Noël pour les enfants, nous l’avons fait deux années non successives et grâce à Dieu, il a connu un grand succès. Actuellement, nous faisons une pause parce que cela coûte trop cher pour nos pauvres finances. En tant qu’Eglise, nous devons comprendre la valeur de ces moyens de communication qui ont aussi une influence sur la culture populaire.

(La première partie de l’entretien a été publiée lundi 24 septembre)