Ratzinger: Assise, "signe du désir profond de paix éprouvé par les gens"

Pour une juste compréhension de l´événement d´Assise

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CITE DU VATICAN, Vendredi 22 février 2002 (ZENIT.org) - Les applaudissements des foules, sur le parcours du train des religions pour la paix, le 24 janvier dernier, et les applaudissements de la foule à Assise sont un "signe du désir profond de paix qu´éprouvent les personnes devant les dévastations provoquées par la haine et la violence", observe le cardinal Joseph Ratzinger qui invite à "une juste compréhension de l´événement d´Assise".



Le cardinal Ratzinger fait, dans les colonnes du quotidien italien L´Avvenire, le bilan de la Journée de prière du 24 janvier à Assise: "Assise abat les murs", titre le quotidien d´inspiration catholique qui précise en surtitre: "Aucune auto-célébration pour les religions". Assise 2002 a en effet rassemblé sur le parvis de la basilique Saint-François 150 personnalités religieuses du monde entier autour de Jean-Paul II. Cette réflexion du préfet de la congrégation romaine pour la doctrine de la foi, sera publiée dans la prochaine édition du mensuel italien "Trente jours" qui évoque la visite de François d´Assise "à la cour du Sultan".

Le cardinal Ratzinger explique en effet comment saint François "a compris que les croisades n´étaient pas le juste chemin pour défendre les droits des chrétiens en Terre Sainte". Prendre le chemin de la paix, ce n´est pas par conséquent, perdre notre identité chrétienne, mais, "à l´exemple de saint François, c´est justement à ce moment-là que nous la trouvons". Nous traduisons (traduction rapide, de travail) de l´italien.

- Réflexion du cardinal Ratzinger -

"Lorsque, jeudi 24 janvier, sous un ciel lourd de pluie, s´est mis en marche le train qui devait conduire à Assise les représentants d´un grand nombre d´Eglises chrétiennes et de communautés ecclésiales, ainsi que des représentants de nombreuses grandes religions mondiales pour témoigner et prier pour la paix, ce train m´est apparu comme un symbole de notre pèlerinage dans l´histoire.

"Ne sommes-nous pas, peut-être tous des passagers d´un même train? Le fait que le train ait choisi comme destination la paix et la justice, la réconciliation entre les peuples et entre les religions, n´est-ce pas peut-être là une grande ambition et, en même temps, un splendide signe d´espérance? Partout, sur le passage, dans les gares, une grande foule accourait pour saluer les pèlerins de la paix. Dans les rues d´Assise, et sous la grande tente, le lieu du témoignage commun, nous avons été à nouveau entourés par l´enthousiasme et par une grande joie pleine de gratitude, et en particulier par la participation de nombreux jeunes.

"Les salutations des gens s´adressaient principalement à l´homme âgé vêtu de blanc qui était dans le train. Hommes et femmes, qui trop souvent dans la vie quotidienne, s´affrontent avec hostilité, et semblent divisés par des barrières insurmontables, saluaient le pape qui, avec la force de sa personnalité, la profondeur de sa foi, et la passion qui en découle pour la paix et la réconciliation, a comme fait ressortir l´impossible charisme de sa charge: appeler à un même pèlerinage pour la paix des représentants de la chrétienté et des représentants de différentes religions.

"Mais les applaudissements, adressés surtout au pape, exprimaient aussi un consentement spontané de tous ceux qui avec lui cherchent la paix et la justice, et c´était un signe du désir profond de paix qu´éprouvent les personnes devant les dévastations qui nous entourent, provoquées par la haine et la violence. Même si parfois la haine semble invincible, et se multiplie sans cesse dans la spirale de la violence, là, pour un moment, on a perçu la présence de la force de Dieu, de la force de la paix.

"Les paroles du psaume me viennent à l´esprit: "Avec mon Dieu je franchis les murailles" (Ps 18, 30). Dieu ne nous dresse pas les uns contre les autres, mais, Lui qui est Un, qui est le Père de tous, nous a aidés, au moins pour un moment, à franchir les murailles qui nous séparent, en nous faisant reconnaître qu´Il est la paix et que nous ne pouvons pas être proches de Dieu si nous sommes loin de la paix.

"Dans son discours, le pape a cité un autre fondement de la Bible, cette phrase de la Lettre aux Ephésiens: "Le Christ est notre Paix. Il a fait des deux un seul peuple, en abattant le mur de séparation c´est-à-dire la haine" (Ephésiens 2, 14). Paix et Justice sont dans le Nouveau Testament des noms du Christ (par exemple, l´Epître aux Corinthiens dit: "le Christ notre justice"). En tant que chrétiens nous ne devons pas cacher notre conviction: de la part du Pape et du Patriarche oecuménique, la confession du Christ notre Paix a été claire et solennelle. Mais c´est justement pour cette raison qu´il y a quelque chose qui nous unit, au-delà des frontières: le pèlerinage pour la paix et pour la justice.

"Les paroles qu´un chrétien doit dire à qui se met en route vers de telles destinations sont celles que le Seigneur a utilisées en répondant au scribe qui avait reconnu dans le double commandement qui exhorte à aimer Dieu et le prochain la synthèse du message de l´Ancien Testament: "Tu n´es pas loin du Royaume de Dieu" (Mc 12, 34).

"Pour une juste compréhension de l´événement d´Assise, il me semble important de considérer qu´il ne s´agissait pas d´une "auto-représentation" des religions, ce qui n´existe pas. Assise a plutôt été l´expression d´un chemin, d´une recherche, du pèlerinage pour la paix qui n´est tel que si elle est unie à la justice.

"En effet, là où manque la justice, là où les individus se voient nier leurs droits, l´absence de guerre ne peut qu´être un voile derrière lequel se cachent injustice et oppression.

"Par leur témoignage pour la paix, par leur engagement pour la paix et la justice, les représentants des religions ont entrepris, dans les limites de leurs possibilités, un chemin qui doit être pour tous un chemin de purification.

"Assise, la ville de saint François, est peut être la meilleure interprète de cette pensée. Même avant sa conversion, François était chrétien, comme l´étaient ses concitoyens. Et aussi l´armée victorieuse à Pérouse qui l´a fait prisonnier et jeté en prison et vaincu, était formée de chrétiens. Ce fut seulement à ce moment-là, que défait, prisonnier, souffrant, il a commencé à penser au christianisme de façon nouvelle. Et c´est seulement après cette expérience qu´il lui a été possible d´entendre et de comprendre la voix du Crucifié qui lui a parlé dans la petite église en ruines de Saint-Damien: elle devint pour cela l´image même de l´Eglise de l´époque, profondément abîmée et en décadence. C´est seulement à ce moment là qu´il a vu combien la nudité du Crucifix, sa pauvreté et son humiliation extrême étaient en contradiction avec le luxe et la violence qui lui apparaissaient auparavant normaux. Et c´est seulement à ce moment-là qu´il a vraiment connu le Christ et qu´il a compris que les croisades n´étaient pas le juste chemin pour défendre les droits des chrétiens en Terre Sainte: il fallait au contraire prendre à la lettre le message de l´imitation du Crucifié.

"Et de cet homme, de François, qui a pleinement répondu à l´appel du Christ crucifié, émane encore aujourd´hui la splendeur d´une paix qui a convaincu le Sultan et qui a vraiment abattu les murailles. Si nous, en tant que chrétiens, nous entreprenons le chemin vers la paix, à l´exemple de saint François, nous ne devons pas craindre de perdre notre identité: c´est justement à ce moment-là que nous la trouvons. Et si d´autres s´unissent à nous, dans la recherche de la paix et de la justice, ni eux ni nous, nous ne devons craindre que la vérité puisse être piétinée par de belles phrases toutes faites. Non, si nous nous dirigeons sérieusement vers la paix, alors nous sommes sur le juste chemin parce que nous sommes sur le chemin du Dieu de la Paix (Romains 15, 32) dont le visage s´est rendu visible pour nous chrétiens, par la foi dans le Christ".