Raymond Lulle, un antidote au « choc » de l'ignorance ?

Publication en Italie

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Traduction d’Océane Le Gall

ROME, lundi 23 avril 2012 (ZENIT.org) –  « Nous avons réussi à éviter un choc de civilisation, nous pouvons réussir à éviter un choc d’ignorance », a dit le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, dans un récent entretien à la TV arabe Al Jazeera (cf. Zenit du 15 mars 2012). Pour que ceci se réalise, et en recherchant dans le passé des modèles et des courants de pensée qui peuvent offrir de bons éléments de réponse, il s’avère de plus en plus que la vie et les enseignements de Raymond Lulle peuvent servir d’exemple.

C’est dans cette optique que s’inscrit la publication du volume Raymond Lulle, Il Libro del Gentile e dei tre Savi (« Le livre du Gentil et des trois Sages ») de Sara Muzzi, traduction italienne d’Anna Baggiani (Lectures chrétiennes du second millénaire), Ediz. Paoline, Milan 2012.

Raymond Lulle, est un philosophe, poète, théologien, missionnaire, apologiste et romancier de Majorque (1232-1315).

Voici une anticipation de la grande Introduction de Sara Muzzi :

Après neuf années d’études, Raymond Lulle avait acquis une bonne connaissance de la langue arabe, des principes de l’islam et de la culture arabe. Lors d’une retraite sur le Mont Randa, dans le territoire de Llucmajor à Majorque, où il souhaitait se consacrer à la contemplation, il eut une révélation inspiratrice « sur la forme et la manière » d’écrire le meilleur livre qui soit sur la conversion des « infidèles ».

Après avoir rédigé son texte, Lulle est appelé à Montpellier par le prince Jacques II de Majorque et ses œuvres sont examinées par un théologien franciscain, qui reconnaît sa dévotion. Sur les conseils de celui qui avait été son précepteur, Jacques II de Majorque, fondera et financera personnellement, en 1276, la construction de l’Ecole de spécialisation de Miramar, un endroit tombant à pic sur la côte nord de Majorque.

La recherche d’une approbation officielle à ses projets fera dépenser beaucoup d’énergie au Docteur « éclairé » qui, durant les années suivantes, effectuera beaucoup de voyages. Rien qu’en Italie on en dénombre 15 : à Rome, à Gênes, à Pise, à Messine, à Rieti, à Anagni, à Naples et probablement à  Bologne. En France aussi, les deux villes de Montpellier et Paris sont très fréquentées par Lulle qui s’est aussi rendu à Barcelone, en Espagne et il réalisa plusieurs voyages missionnaires jusqu’en Tunisie, à Bugia (l’actuelle Bèjaia, au nord de l’Algérie) et à Chypre.

Sa vie légendaire le conduira jusqu’à la lapidation subie, comme le suggère la tradition, à Bugia, par les Sarazins, et à la mort, dans la baie de Majorque, comme martyr du Christ. Nous sommes entre le mois de décembre 1315 et le mois de  mars 316. Lulle est mort vers l’âge de 84 ans et il est enterré en la basilique Saint-François à Palma de Majorque.

Les restes de la dépouille mortelle du « Fils ainé de Majorque » – comme le vénèrent les habitants de Majorque – se trouvent dans la Chapelle dédiée à Notre-Dame de la consolation, dans un caveau gothique, éclairé par des lampes votives de la dévotion populaire. Sa cause de canonisation, très complexe, pour les problèmes d’orthodoxie doctrinale que posent ses écrits, suit lentement son cours.

Après sa mort, les excès de certains groupes partisans de Lulle à Valence, influencés par les idées des Spirituels, conduiront en effet l’inquisiteur dominicain de la Couronne d’Aragon, Nicolas Eimeric, à battre campagne contre les doctrines de Lulle. En 1376, sort une liste de cent articles (Directorium Inquisitorum), dans laquelle l’inquisiteur condamne surtout  son prétendu rationalisme, faisant ainsi planer sur toute son œuvre le doute d’une hérésie.

L’autorité reconnue aux inquisiteurs a également eu une influence sur la reconnaissance officielle des qualités chrétiennes exemplaires de Lulle. Les travaux conduits par les maîtres de l’ordre des frères prêcheurs qui constituèrent la Commission Ermengol en 1386, par Amédée Pagès en 1938, et en 1997 par Josep Perarnau à la Bibliothèque apostolique du Vatican, montrent que nous sommes en présence de réélaborations personnelles de l’inquisiteur qui ouvrent une double question : une sur la fidélité textuelle des articles du Directorium Inquisitorumin par rapport aux textes originaux et l’autre sur la fidélité de la pensée de l’auteur.

On attribue par ailleurs à Lulle une série d’écrits alchimiques qui, au fil du temps, prennent de plus en plus d’ampleur: toutefois les arguments selon lesquels ces textes ne seraient pas de Lulle sont très solides, même si les tentatives de donner un nom aux auteurs n’ont conduit à aucun résultat définitif.