Récupérer l’identité des enfants contraints de se battre et de tuer

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CITE DU VATICAN, Mardi 30 mars 2004 (ZENIT.org) – "Le principal défi est de récupérer l’identité des enfants contraints de se battre et de tuer", confie à Fides un missionnaire engagé dans l’aide aux enfants soldats du Sierra Leone.



"Le principal défi que nous devons affronter est celui de récupérer l’identité des enfants et des adolescents", dit à l’Agence Fides P. Giuseppe Berton, un missionnaire savérien qui opère en Sierra Leone et qui a acquis une longue expérience dans la réhabilitation des enfants enrôlés de force pour combattre dans la guerre civile en Sierra Leone, un conflit qui a éclaté en 1991 et qui a duré, avec des hauts et des bas, jusqu’en janvier 2002, faisant 200 000 victimes.

Ce conflit a été caractérisé par des atrocités commises à grande échelle contre la population civile ; enlèvements, amputations, viols, enrôlements de force d’enfants soldats.

Le groupe de guérilla du Front Révolutionnaire Uni (RUF) a été accusé de la plupart de ces crimes, qui sont maintenant soumis à l’examen d’un tribunal spécial institué par les Nations Unies. Selon les données des Nations Unies, au Sierra Leone, de mai 2001 à janvier 2002, ont été démobilisés 6 845 enfants soldats qui ont combattu soit dans les rangs des rebelles, soit dans ceux des forces gouvernementales.

"Maintenant que le processus de désarmement des enfants soldats est achevé, commence l’étape difficile de leur réinsertion dans la vie civile" dit le P. Berton. "Ce sont encore des enfants, parce qu’ils ont sauté certaines étapes de leur maturation psychologique, mais ils ont aussi vécu déjà des expériences terribles pendant la guerre civile. Par le fait qu’ils ont participé aux violences qui ont secoué le pays, la population civile n’arrive pas toujours à les accepter et à les aider à retrouver une vie normale".

Selon le P. Berton, "ces jeunes doivent ensuite s’adapter à la vie civile, une tâche qui n’est pas facile parce que beaucoup d’entre eux ont été arrachés à leur famille en bas âge et n’ont connu que la guerre. Certains de ces jeunes n’ont plus une famille et un foyer où vivre". "Cela entraîne une profonde désadaptation psychologique", poursuit le P. Berton. "En ville, une personne se définit par une série de données : adresse, profession, etc. Ces jeunes n’ont rien de tout cela. L’une de nos tâches est donc de leur donner un foyer, une famille, de façon à leur faire retrouver une identité sociale, un milieu dans lequel ils puissent se reconnaître et s’identifier".

"Ces problèmes concernent les plus grands, dont certains sont au seuil de l’âge adulte sans avoir ni instruction, ni métier. Nous avons donc mis en place des programmes d’alphabétisation et des écoles professionnelles pour donner une instruction professionnelle à ces jeunes".

"Les plus petits vont à l’école, et pour eux il est sans doute plus facile de s’adapter à la vie civile, parce qu’ils reprennent un parcours interrompu de force", dit le P. Berton, qui ajoute : "Malheureusement il n’est pas toujours possible de les aider tous, et certains de ces jeunes tombent dans le piège infernal de la drogue, qui représente un problème, même s’il est moins dramatique que le manque de travail".

La guerre a donc laissé des blessures profondes dans ce pays, mais les jeunes qui se sont affrontés au combat ne portent pas de haine dans leur cœur. Le missionnaire raconte : "Quand ils se rencontrent et qu’ils se souviennent des jours dramatiques de la guerre, bien souvent ils blaguent. L’un dit : ce jour-là, j’attaquais ce village, et toi, où étais-tu ? L’autre répond : moi, j’étais de l’autre côté et je cherchais à te fuir, et tout finit dans un éclat de rire général".

En Afrique, les enfants soldats sont encore présents dans les factions en lutte au Burundi, en République Démocratique du Congo, en Côte d’Ivoire, au Liberia, en Somalie, au Soudan et en Ouganda.