Réfugiés et migrants : Le Droit international doit préserver la famille

Présentation du message de Benoît XVI

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ROME, Mardi 14 novembre 2006 (ZENIT.org) – Pour soulager le sort des migrants et des réfugiés, le cardinal Martino demande que le droit international préserve l’institution familiale.



Le message de Benoît XVI pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié a été présenté ce matin au Vatican par le président du conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des personnes en déplacement, le cardinal Renato Raffaele Martino et par le secrétaire de ce dicastère, Mgr Agostino Marchetto.

« La société civile et les communautés chrétiennes sont interpellées par les complexes problèmes et difficultés mais aussi par les valeurs et par les ressources de cette nouvelle réalité sociale, disait le cardinal Martino. Cela comporte le développement de relations qui se traduisent d’une part par des aides à l’insertion dans la société et de l’autre par des occasions de croissance personnelle, sociale et ecclésiale, pour les chrétiens, fondée sur l’observance des lois, la rencontre des cultures, des religions, et sur le respect réciproque des valeurs, sur la base des droits humains. De ce point de vue, le Droit international doit viser à préserver l’unité familiale et à combattre le phénomène aujourd’hui toujours plus répandu des « rapprochements de fait » (réunions de familles dans l’irrégularité) dus surtout aux difficultés rencontrées pour arriver aux critères pour la réunification légale et pour le long chemin bureaucratique lié à sa concession ».

Le cardinal Martino a présenté le message du pape sous six aspects : la famille et le « projet migratoire », la Sainte Famille et l’émigration, Maux et dangers, Mécanismes de défense, Défis et perspectives, Les étudiants étrangers.

Dans une introduction remarquée par la presse, le cardinal Martino a en particulier dénoncé la situation « d’esclavage moderne » auquel sont réduites plus de personnes aujourd’hui que pendant les trois siècles de l’esclavage des populations africaines déportées par les négriers.

Le cardinal Martino, pendant 16 ans représentant du Saint-Siège à l’ONU à New York, a dénoncé « l’intensification du trafic des êtres humains » et de l’esclavage qui font dépendre des êtres humains en toute chose de « criminels qui prennent possession » de leur personne.

Le président du conseil pontifical a dit apprécier l’initiative du quotidien italien Il Messaggero qui, depuis le mois de septembre mène l’enquête sur ce sujet et dénonce ce trafic et les « nouveaux esclavages » : les enfants mineurs forcés au travail, les enfants soldats, les esclaves de la prostitution, etc.

Pour le cardinal Martino un tel « esclavagisme » se révèle d’autant plus scandaleux dans « le monde soi disant libre » qui « proclame les droits humains » alors qu’ils ne sont pas « observés » mais au contraire « foulés aux pieds ».

Pour sa part, Mgr Marchetto s’est attaché à la situation des réfugiés à l’étranger ou dans leurs propres pays.

Il rappelait les chiffres : le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (UNHCR) a en charge vingt millions d’êtres humains, dont neuf de réfugiés au sens propre ; un autre organisme de l’ONU (l’UNRWA) s’occupe spécialement de quatre millions de Palestiniens.

Il souhaitait des mesures spécifiques « urgentes » pour aider les chrétiens en Irak et « les autres minorités religieuses du pays ».

En outre, Mgr Marchetto signalait que 24 millions de personnes sont des réfugiés dans leur propre pays, et que pour cette catégorie de réfugiés, il n’existe pas de loi internationale. Leur sort fait pourtant appel à la notion de « droit d’ingérence humanitaire ».

Dans les pays du Sud du monde, ajoutait Mgr Marchetto, on estime que 6 millions de réfugiés vivent depuis plus de 5 ans dans des camps, ce qui nuit grandement à la structure familiale.

Pour ce qui est des histoires réussies d’intégration et d’aide à l’intégration, Mgr Marchetto a suggéré qu’elles soient recueillies et racontées.

Dans l’échange que le cardinal Martino et Mgr Marchetto ont ensuite eu avec la presse, ont été abordées des questions comme celle des « murs » (entre le Mexique et les Etats-Unis), ou du voile musulman.

Le mur a été jugé « inhumain », et le cardinal Martino a souligné le courage de la position des évêques des Etats-Unis sur un projet de loi. Mgr Marchetto, naguère représentant du Saint-Siège à la FAO, a évoqué l’expression de Jean-Paul II devant les Nations unies en 1995 : la « famille des nations » en évoquant la « famille latino-américaine » et même la « famille américaine », allusion à la position de l’Eglise qui a réuni en un même synode continental les évêques du Nord et du Sud du continent américain.

Pour ce qui est du voile, le cardinal Martino a souligné l’importance de la réciprocité et que les populations arrivant dans un autre pays respectent les symboles, la culture, la religion du pays où ils arrivent ».

Mgr Marchetto faisait observer qu’il y a trois types différents de voile musulman, et que la loi, en particulier en Italie par exemple demande que les personnes soient à visage découvert. Il rappelait que l’assemblée plénière du dicastère a demandé en mai 2006 de favoriser le dialogue avec les immigrés de façon à leur faire percevoir le bien fondé pour eux des exigences du pays d’accueil.

Evoquant par ailleurs la situation des « nouveaux Boat People », le cardinal Martino soulignait l’importance de l’investissement des pays riches en faveur des pays d’origine de ces migrants qui risquent leur vie à chaque traversée : « S’ils avaient un avenir chez eux, ils ne bougeraient pas ».

Pour ce qui est des réfugiés des camps de l’Ouganda, le cardinal Martino a déclaré avoir constaté une « misère à la puissance N », une « réalité tragique », dénonçant la non intervention de la communauté internationale, en Ouganda où « l’Armée de libération du Seigneur » agit à partir du Soudan. Un des buts du message du pape est, disait-il, de rappeler ces situations « à l’attention du monde ».