Réfugiés : l'assistance humanitaire est un dû

Par le card. Veglio

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 690 clics

L’assistance humanitaire envers les réfugiés est « un acte dû de justice », et non pas « une aumône », souligne le cardinal Veglio.

Le document « Accueillir Jésus-Christ dans les réfugiés et les personnes déracinées de force. Orientations pastorales », rédigé par le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement et par le Conseil pontifical Cor Unum, a été présenté hier, 6 juin 2013, au Vatican.

Le cardinal Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, le cardinal Robert Sarah, président de Cor Unum, M. Johan Ketelers, secrétaire général de la Commission internationale catholique pour les migrations (CICM) et Mme Katrine Camilleri, vice-directrice du Jesuit Refugee Service à Malte, sont intervenus.

Le cardinal Veglio a expliqué que le document mettait l’accent sur « l’urgence » de garantir « les droits énumérés par la Convention sur les réfugiés de 1951 », alors que quelque 100 millions de personnes dans le monde sont des réfugiés : 16 millions de réfugiés transnationaux et 28,8 millions de déplacés internes à cause de conflits; 15 millions de réfugiés victimes de catastrophes naturelles ; 15 millions qui ont dû quitter leur habitat à cause de projets de développement ; enfin, 12 millions de personnes apolitiques, sans document d’identité, qui ont « une possibilité limitée de construire leur vie ».

L’assistance n’est pas une aumône

Dans ce cadre, a-t-il dénoncé, le trafic d’êtres humains, présent sous formes diverses dans un grand nombre de pays, « est une plaie honteuse, qui doit être condamnée avec fermeté et éradiquée ».

Le nouveau document est « un guide pastoral » dont le fil rouge se résume ainsi : « toute politique, initiative ou intervention dans le domaine [des réfugiés] doit s’inspirer du principe de la centralité et de la dignité de toute personne humaine ».

A la lumière de ce principe, l’assistance est considérée pour ce qu’elle est, c’est-à-dire « un acte dû de justice, d’une part, et un authentique témoignage de miséricorde, de l’autre », et non pas « une "aumône" ». C’est le pivot de la doctrine sociale de l’Eglise, a rappelé le cardinal : « les êtres humains sont le fondement, la cause et la fin de toute institution sociale » (Jean XXIII Mater et Magistra, n. 219).

Se laisser interpeler

Pour le Saint-Siège « protéger la dignité des réfugiés et la priorité absolue ». C’est pourquoi il appelle l’Eglise à « la synergie des efforts », et à « un engagement supplémentaire », afin d’offrir « toute aide possible aux réfugiés et aux personnes déplacées de force ».

Ceci, a estimé le cardinal Veglio, aura « des conséquences immédiates pour les Eglises d’origine, de transit et de destination des flux migratoires ».

« Ceux qui vivent en condition de mobilité humaine ne sont pas seulement destinataires, mais peuvent être témoins de l’Evangile pour le monde moderne », a-t-il poursuivi : « Dans le ministère pastoral local, les réfugiés et les déplacés peuvent devenir protagonistes » et leur présence « peut susciter un nouvel élan ».

Plus largement, les communautés de chrétiens sont invitées à « se laisser interpeler par la présence des réfugiés, demandeurs d’asile et autres personnes déracinées de force », et « sortir du petit monde qui [leur] est familier, vers l’inconnu, en mission, dans le témoignage courageux de l’évangélisation ».

L’Eglise n’a « pas peur d’assumer la défense » des personnes réfugiées, a insisté le cardinal.

Détails du document

Le document, a expliqué le cardinal, « met en rapport la dignité humaine avec les divers aspects de la vie des réfugiés et des personnes déplacées de force », énumérant les raisons qui les obligent à migrer (26), leur retour chez eux (67), l’engagement à long terme de la communauté internationale pour la reconstruction en situation de post-conflit (80-81), la protection de la population des violations des droits de l’homme (33, 51 et 69) et la protection des victimes du trafic d’êtres humains (53), le droit à la liberté religieuse et le droit d’expression (62), la coopération dans la pastorale, le bien-être et le développement (103), la réponse à ceux qui souffrent (123) et l’encouragement à la sensibilisation (32).

Le document analyse aussi les situations où les droits de l’homme ne sont pas respectés, telles la détention restrictive des immigrés (63 et 113), les séjours prolongés dans les camps de réfugiés (44-45), l’interdiction de mouvement sur le territoire et les difficultés d’accéder à la procédure d’asile (63), la limitation de la liberté de se marier ou de travailler (44 et 61).

Pour améliorer les conditions de travail dans le monde, le cardinal a proposé d’organiser des campagnes auprès des consommateurs, « afin qu’ils aient conscience des conditions de production et de confection des produits », et de développer « des codes de conduite dans le marché du commerce ».