"Regardons-nous de façon plus fraternelle"

Homélie du pape au sanctuaire de Bonaria

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1063 clics

« Regardons-nous de façon plus fraternelle », exhorte le pape, qui fait observer : « Il y a des personnes auxquelles instinctivement nous accordons moins d’importance et qui au contraire en ont le plus besoin : les plus abandonnés, les malades, ceux qui n’ont pas de quoi vivre, ceux qui ne connaissent pas Jésus, les jeunes qui sont en difficulté ».

« N’ayons pas peur de sortir et de regarder nos frères et soeurs avec le regard de la Vierge, Elle nous invite à être de vrais frères », ajoute-t-il.

Au cours de sa visite pastorale en Sardaigne, à Cagliari, le pape François a célébré la messe au sanctuaire de Notre Dame de Bonaria – qui a donné son nom à la ville de Buenos Aires – ce dimanche 22 septembre 2013.

En arrivant sur l’île, le pape a lancé un message au monde du travail, devant des ouvriers et des chefs d’entreprise, puis il s’est rendu au sanctuaire mariale de Bonaria, où il a rencontré des personnes malades et handicapées dans la basilique.

Ensuite, vers 10h45, le pape a célébré la messe, en présence de plus de 100.000 personnes, sur le parvis de la basilique, dominant le front de mer.

M. Ugo Cappellacci, président de la région et M. Massimo Zedda, maire de Cagliari, étaient présents, ainsi que Mgr Arrigo Miglio, archevêque de Cagliari.

A la fin de la messe, le pape a prié l’angélus avant de participer à un déjeuner avec tous les évêques de la Sardaigne.

Homélie du pape François

Sa paghe ‘e Nostru Segnore siat sempre chin bois.

Aujourd’hui se réalise ce désir que j’avais annoncé place Saint-Pierre, avant l’été, de pouvoir visiter le sanctuaire de Notre Dame de Bonaria.

1. Je suis venu pour partager avec vous joie et espérance, peines et engagements, idéaux et aspirations de votre île et pour vous confirmer dans la foi. Ici aussi à Cagliari, comme dans toute la Sardaigne, les difficultés, problèmes et préoccupations ne manquent pas, il y en a tant : je pense, en particulier, au manque de travail et à sa précarité, et à l’incertitude de l’avenir. La Sardaigne, votre belle région, souffre depuis longtemps de nombreuses situations de pauvreté, accentuées par sa condition insulaire. La collaboration loyale de tous est nécessaire, ainsi que l’implication des responsables des institutions – y compris l’Eglise – pour assurer aux personnes et aux familles les droits fondamentaux et faire grandir une société plus fraternelle et solidaire. Assurer le droit au travail, le droit de ramener son pain à la maison, le pain gagné par son travail ! Je vous suis proche ! Je vous suis proche, je vous évoque dans ma prière, et je vous encourage à persévérer dans le témoignage des valeurs humaines et chrétiennes si profondément enracinées dans la foi et dans l’histoire de ce territoire et de sa population. Maintenez toujours allumée la flamme de l’espérance !

2. Je suis venu parmi vous pour me mettre avec vous aux pieds de la Vierge qui nous donne son Fils. Je sais bien que Marie, notre Mère, est dans votre coeur, comme en témoigne ce sanctuaire, où de nombreuses générations de Sardes sont montées – et continueront à monter ! – pour invoquer la protection de Notre Dame de Bonaria, première sainte patronne de l’île. Ici vous apportez les joies et les souffrances de cette terre, de ses familles, et aussi des enfants qui vivent loin, souvent partis avec grande douleur et nostalgie pour chercher du travail et un avenir pour eux et pour ceux qui leur sont chers. Aujourd’hui, nous tous ici réunis, nous voulons remercier Marie car elle nous est toujours proche, nous voulons Lui renouveler notre confiance et notre amour.

La première lecture que nous avons entendue nous montre Marie en prière, au Cénacle, avec les apôtres, en attente de l’effusion de l’Esprit-Saint (cf. Ac 1,12-14). Marie prie, prie avec la communauté des disciples, et nous apprend à avoir pleine confiance en Dieu, dans sa miséricorde. C’est la puissance de la prière ! Ne nous lassons pas de frapper à la porte de Dieu. Apportons au cœur de Dieu, à travers Marie, toute notre vie, chaque jour ! Frapper à la porte du cœur de Dieu !

Dans l’Evangile nous saisissons le dernier regard de Jésus vers sa mère (cf. Jn 19,25-27). Sur la croix Jésus regarde sa mère et lui confie l’apôtre Jean, en disant : Voici ton fils. Tous sont représentés par Jean, nous aussi, et le regard d’amour de Jésus nous confie à la protection maternelle de sa Mère. Marie se sera rappelé un autre regard d’amour, lorsqu’elle était une jeune femme : le regard de Dieu Père, qui avait regardé son humilité, sa petitesse. Marie nous enseigne que Dieu ne nous abandonne pas, il peut faire de grandes choses même avec notre faiblesse. Ayons confiance en Lui! Frappons à la porte de son cœur !

3. Et la troisième pensée : aujourd’hui je suis venu parmi vous, ou plutôt nous sommes venus tous ensemble pour rencontrer le regard de Marie, parce que s’y reflète le regard du Père, qui la fit Mère de Dieu, et le regard du Fils sur la croix, qui la fit notre Mère. Marie nous regarde aujourd’hui avec ce regard. Nous avons besoin de son regard de tendresse, de son regard maternel qui nous connaît mieux que quiconque, de son regard plein de compassion et d’attention. Marie, aujourd’hui nous voulons te dire : Mère, donne-nous ton regard ! Ton regard nous amène à Dieu, ton regard est un don du bon Père, qui nous attend à chaque tournant de notre chemin, il est un don de Jésus Christ en croix, qui prend sur lui nos souffrances, nos peines, notre péché. Et pour rencontrer ce Père plein d’amour, aujourd’hui nous disons : Mère, donne-nous ton regard ! Disons-le ensemble : « Mère, donne-nous ton regard ! », « Mère, donne-nous ton regard ! ».

Sur le chemin, souvent difficile, nous ne sommes pas seuls, nous sommes tant, nous sommes un peuple et le regard de la Vierge nous aide à nous regarder les uns les autres de façon fraternelle. Regardons-nous de façon plus fraternelle ! Que Marie nous enseigne à avoir ce regard qui cherche à accueillir, à accompagner, à protéger. Apprenons à nous regarder les uns les autres sous le regard maternel de Marie ! Il y a des personnes auxquelles instinctivement nous accordons moins d’importance et qui au contraire en ont le plus besoin : les plus abandonnés, les malades, ceux qui n’ont pas de quoi vivre, ceux qui ne connaissent pas Jésus, les jeunes qui sont en difficulté, les jeunes qui ne trouvent pas de travail. N’ayons pas peur de sortir et de regarder nos frères et soeurs avec le regard de la Vierge, Elle nous invite à être de vrais frères. Ne permettons pas que quelque chose ou quelqu’un s’interpose entre nous et le regard de la Vierge. Mère, donne-nous ton regard ! Que personne ne le cache ! Que notre cœur de fils sache le défendre de tant de discours qui promettent des illusions; de ceux qui ont un regard avide de vie facile, de promesses qui ne peuvent être accomplies. Qu’ils ne nous volent pas le regard de Marie, qui est plein de tendresse, qui nous donne force, qui nous rend solidaires entre nous. Disons tous « Mère, donne-nous ton regard ! Mère, donne-nous ton regard ! Mère, donne-nous ton regard ! »

Nostra Segnora ‘e Bonaria bos acumpanzet sempre in sa vida.

Traduction de Zenit, Anne Kurian