Rencontre avec les évêques du Bénin, allocution du pape

« Merci pour l'accueil africain, que vous m'avez réservé »

| 1511 clics

ROME, dimanche 20 novembre 2011 (ZENIT.org) – « Je voudrais vous remercier, et à travers vous tout le peuple béninois, pour l’accueil chaleureux, je dirais tout simplement pour ‘l’accueil africain’, que vous m’avez réservé », déclare Benoît XVI aux évêques du Bénin.

De retour à la nonciature apostolique de Cotonou, après sa visite à la paroisse Sainte-Rita, Benoît XVI a rencontré les évêques du Bénin. Après la salutation du président de la conférence épiscopale, Mgr Antoine Ganyé, archevêque de Cotonou, le pape a tenu le discours suivant, en la chapelle de la nonciature :


Messieurs les Cardinaux,
Cher Monseigneur Ganyé, Président de la Conférence des Évêques du Bénin,
Chers frères dans l’épiscopat,

C’est pour moi une grande joie de vous rencontrer ensemble ce soir, vous qui êtes les pasteurs de l’Église catholique au Bénin. Je remercie le Président de votre Conférence épiscopale, Monseigneur Antoine Ganyé, Archevêque de Cotonou, pour les paroles fraternelles qu’il vient de prononcer en votre nom. Avec vous, je suis heureux de pouvoir rendre grâce au Seigneur, au moment où vous célébrez le cent cinquantième anniversaire des débuts de l’évangélisation de votre pays. En effet, c’est le 18 avril 1861 que les premiers missionnaires de la Société des Missions Africaines débarquèrent à Ouidah, commençant ainsi une page nouvelle de l’annonce de l’Évangile en Afrique de l’Ouest. À tous les missionnaires, évêques, prêtres, religieux et religieuses, laïcs, venant d’autres terres ou originaires de ce pays, qui se sont succédés depuis ce temps jusqu’à aujourd’hui, l’Église est particulièrement reconnaissante. Ils ont généreusement donné de leur vie, parfois de façon héroïque, pour que l’amour de Dieu soit annoncé à tous.

La célébration de ce Jubilé doit être pour vos communautés et pour chacun de leurs membres, l’occasion d’un profond renouveau spirituel. Et il vous revient, en tant que Pasteurs du peuple de Dieu, d’en discerner les contours à la lumière de la Parole de Dieu. L’Année de la foi, que j’ai voulu promulguer à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, sera certainement une occasion propice pour permettre aux fidèles de redécouvrir et d’approfondir leur foi dans la personne du Sauveur des hommes. En effet, c’est parce qu’ils ont accepté de mettre le Christ au centre de leur vie que, depuis 150 ans, des hommes et des femmes ont eu le courage de tout donner pour le service de l’Évangile. Aujourd’hui, cette même démarche doit être au cœur de la vie de l’Église tout entière. C’est le visage crucifié et glorieux du Christ qui doit tous nous guider, afin de témoigner de son amour pour le monde. Cette attitude demande une conversion constante pour donner une force nouvelle à la dimension prophétique de notre annonce. À ceux qui ont reçu la mission de guider le peuple de Dieu, il incombe de la susciter et d’aider à discerner les signes de la présence de Dieu au cœur des personnes et des événements. Que tous les fidèles fassent la rencontre personnelle et communautaire avec le Christ, pour s’en faire les messagers ! Cette rencontre avec le Christ doit être solidement enracinée dans l’accueil et la méditation de la Parole de Dieu. En effet, l’Écriture doit occuper une place centrale dans la vie de l’Église et de chaque chrétien. Je vous encourage donc à faire de sa redécouverte une source de renouvellement constant, afin qu’elle unifie la vie quotidienne des fidèles et qu’elle soit toujours plus au cœur de toute activité ecclésiale.

Cette Parole de Dieu, l’Église ne peut la garder pour elle-même, elle a pour vocation de l’annoncer au monde. Cette année jubilaire doit être pour l’Église au Bénin une occasion privilégiée de redonner vigueur à sa conscience missionnaire. Le zèle apostolique qui doit animer tous les fidèles découle directement de leur baptême, et ils ne peuvent donc pas se soustraire à la responsabilité de confesser leur foi dans le Christ et son Évangile partout où ils se trouvent, et dans leur vie quotidienne. Les évêques et les prêtres, quant à eux, sont appelés à réveiller cette conscience dans les familles, les paroisses, les communautés et les divers mouvements ecclésiaux. Une fois encore, je voudrais d’ailleurs relever avec admiration le rôle essentiel joué par les catéchistes dans l’activité missionnaire de vos diocèses. D’autre part, comme je l’ai souligné dans l’exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, « en aucune façon l’Église ne peut se limiter à une pastorale de ‘l’entretien’ en faveur de ceux qui connaissent déjà l’Évangile du Christ. L’élan missionnaire est un signe clair de la maturité d’une communauté ecclésiale » (n. 95). L’Église doit donc aller vers tous. Et je vous encourage à poursuivre vos efforts en vue d’un partage du personnel missionnaire avec les diocèses les plus démunis, que ce soit dans votre propre pays, dans d’autres pays d’Afrique ou sur des continents plus lointains. N’ayez pas peur de susciter des vocations missionnaires de prêtres, de religieux et de religieuses ou de laïcs !

Pour que le monde croie en cette Parole que l’Église annonce, il est indispensable que les disciples du Christ soient unis entre eux (cf. Jn 17, 21). Guides et pasteurs de votre peuple, vous êtes appelés à avoir une vive conscience de la fraternité sacramentelle qui vous unit et de l’unique mission qui vous est confiée, afin d’être effectivement des signes et des promoteurs d’unité, dans vos diocèses. Avec vos prêtres, une attitude d’écoute, d’attention personnelle et paternelle doit prévaloir pour que ceux-ci, conscients du bien que vous leur voulez, vivent avec sérénité et sincérité leur vocation sacerdotale, la rayonnent avec joie autour d’eux et en exercent fidèlement les tâches. Je vous invite donc à aider les prêtres et les fidèles à redécouvrir eux aussi la beauté du sacerdoce et du ministère sacerdotal. Les difficultés rencontrées, qui parfois peuvent être sérieuses, ne doivent jamais être des raisons de désespérer, mais au contraire devenir des incitations à susciter chez les prêtres et les évêques une profonde vie spirituelle qui remplisse leur cœur d’un amour toujours plus grand pour le Christ et d’un zèle débordant pour la sanctification du Peuple de Dieu. Un renforcement des liens de fraternité et d’amitié entre tous sera aussi un soutien important, permettant de progresser dans la recherche d’un épanouissement spirituel et humain.

Chers frères dans l’épiscopat, la formation des futurs prêtres de vos diocèses est une réalité qui vous préoccupe particulièrement. Je vous encourage vivement à en faire une de vos priorités pastorales. Il est indispensable qu’une solide formation humaine, intellectuelle et spirituelle permette aux jeunes d’atteindre un équilibre personnel, psychologique et affectif, qui les prépare à assumer les réalités de la vie sacerdotale, notamment dans le domaine relationnel. Par ailleurs, comme je l’ai dit dans la lettre que j’ai adressée récemment à tous les séminaristes, « le plus important dans le chemin vers le sacerdoce et durant toute la vie sacerdotale, c’est la relation personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Le prêtre […] est le messager de Dieu parmi les hommes. Il veut conduire à Dieu et ainsi faire croître aussi la communion véritable des hommes entre eux ». C’est donc dans cette perspective que les séminaristes doivent apprendre à vivre en contact constant avec Dieu. Dès lors, le choix des formateurs est une responsabilité importante qui incombe aux évêques. Je vous invite à l’exercer avec prudence et discernement. Les formateurs, tout en ayant les qualités humaines et intellectuelles nécessaires, doivent être soucieux de leur propre avancée sur le chemin de la sainteté, comme de celle des jeunes qu’ils ont pour mission d’aider dans leur recherche de la volonté de Dieu sur leur vie.

Le ministère épiscopal auquel le Seigneur vous a appelés connaît ses joies et ses peines. En vous rencontrant ce soir, je voudrais laisser à chacun de vous un message d’espérance. Au cours de ces 150 dernières années, le Seigneur a fait de grandes choses parmi le peuple béninois. Soyez sûr qu’il continue de vous accompagner au jour le jour dans votre engagement au service de l’évangélisation. Soyez toujours des Pasteurs selon le cœur de Dieu, d’authentiques serviteurs de l’Évangile. C’est cela que les hommes et les femmes de notre temps attendent de vous.

Chers frères dans l’épiscopat, au terme de notre rencontre, je voudrais vous dire combien ma joie est grande de revenir en terre d’Afrique et particulièrement au Bénin en cette double circonstance de la célébration du cent cinquantième anniversaire de l’évangélisation de votre pays et de la remise de l’Exhortation apostolique post-synodale Africae munus. Je voudrais vous remercier, et à travers vous tout le peuple béninois, pour l’accueil chaleureux, je dirais tout simplement pour ‘l’accueil africain’, que vous m’avez réservé. Je confie à la Vierge Marie, Notre-Dame d’Afrique, chacun de vos diocèses, ainsi que vos personnes et votre ministère épiscopal. Qu’elle veille sur l’ensemble du peuple béninois ! Et de grand cœur, je vous donne une affectueuse Bénédiction apostolique, ainsi qu’aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, aux catéchistes et à tous les fidèles de vos diocèses !

© Libreria Editrice Vaticana