Repères pour suivre le conclave

L'élection du Pape, action de toute l'Eglise

Rome, (Zenit.org) Natalia Bottineau | 1918 clics

« Le conclave est une assemblée liturgique qui suit son rituel — édité en l’an 2000 — et qui jouit de l’assistance des cérémoniaires pontificaux, notamment du maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Guido Marini », écrit France Catholique (Natalia Bottineau) qui offre ces repères pour vivre le conclave avec les principaux acteurs. Nous le reprenons avec l’aimable autorisation de l’éditeur (numéro de vendredi prochain, 15 mars 2013).

Après la messe de mardi matin pour l‘élection du Pontife romain, les 115 électeurs glisseront leur bulletin dans «  l’urne  », en appelant le Christ à témoin de la droiture de leur conscience devant Dieu. Et ceci à un rythme soutenu : 4 scrutins par jour.

Si les cardinaux ont fixé la date d’entrée en conclave, c’est que l’assemblée a estimé qu’elle avait suffisamment réfléchi et mûri. Mais aussi parce que les préparatifs matériels étaient achevés  : la préparation de la résidence, la maison Sainte-Marthe, les préparatifs de la Sixtine, les soutanes papales — prévues de trois mesures par la maison Gammarelli de Rome —, et, au moins en route aussi, l’Anneau du pêcheur, qui sera du m0ême modèle que celui de Benoît XVI  : seul changera le nom du pape qui y sera incisé.

C’est un anneau de 35 g d’or, dont la forme rappelle l’ellipse de la colonnade du Bernin, place Saint-Pierre, et qui représente la scène de la pêche miraculeuse. L’anneau a été réalisé par le joailler romain Claudio Franchi. Benoît XVI a souligné ce que signifie la pêche miraculeuse pour l’Église  : «  Aujourd’hui encore, l’Église et les successeurs des Apôtres sont invités à avancer en eau profonde sur l’océan de l’histoire et à jeter les filets, pour conquérir les hommes au Christ – à Dieu, au Christ, à la vraie vie.  »

Dans la Chapelle Sixtine, différents travaux ont eu lieu  : on a fait revenir du dépôt de Santa Maria di Galeria, au Nord de Rome, les deux poêles de fonte  : l’un où le secrétaire du synode — Mgr Lorenzo Baldisseri — brûlera les bulletins de vote et les notes des cardinaux après les scrutins du matin et du soir (poêle de forme ronde, qui porte la date des conclaves précédents  : 2005 pour le dernier), et l’autre, rectangulaire, où il fera brûler des fumigènes pour qu’il n’y ait pas de doute sur la couleur de la fumée qui sortira de la fameuse cheminée au petit chapeau visible sur le toit de la Sixtine.

Les deux poêles sont reliés entre eux et à la cheminée par un tuyau de cuivre qu’il a fallu aussi soutenir d’un échafaudage. Sur le toit, la cheminée a été installée samedi, 9 mars, à 11 heures.

À l’intérieur, l’aménagement principal consiste à placer un plancher surélevé pour avoir une grande surface de même niveau, qui annule les marches de l’autel. Il faut d’abord protéger le pavement avec du contre-plaqué, et poser la structure de tubes métalliques, puis le plancher, puis la moquette dorée. Pour accéder à ce plancher surélevé, on installe aussi entre la porte et la partie aménagée de la chapelle une passerelle en pente douce et protégée de deux balustrades.

Les cardinaux sont installés derrière des tables à gauche et à droite de la nef, sous les fresques de la vie de Moïse et de la vie du Christ. Quand on rentre, sur la droite, les yeux se posent immédiatement sur la fresque du Pérugin représentant le Christ confiant à Pierre le pouvoir des clefs. Ces fresques porteront les cardinaux à la méditation en attendant la longue procession des 4 scrutins quotidiens et du dépouillement.

Dès mardi, ils partiront en procession — au rythme de la litanie des saints — de la chapelle Pauline où l’on peut contempler une représentation de la crucifixion de Pierre : aucune illusion sur ce qui attend son successeur, sous des formes que l’histoire passée ne permet jamais d’imaginer.

Surtout, la voûte reprend l’histoire du Salut depuis la Genèse, puis les prophètes de l’Ancien Testament et les belles Sibylles rappellent les annonces du Christ en Israël et dans le monde païen.

Enfin, la fresque magistrale est celle du Jugement dernier qui a suscité un commentaire poétique et théologique de Jean-Paul II dans son Triptyque romain. Dans l’épilogue, il imaginait le conclave qui suivrait sa mort, en disant, de façon saisissante : «  Et ici précisément, au pied de cette merveilleuse symphonie des couleurs de la Sixtine, se réunissent les cardinaux — commu­nauté responsable de l’héritage des clefs du Royaume. Elle vient précisément ici. Et de nouveau Michel-Ange les inonde de sa vision. “En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être”… »

Il évoquait l’élection : «  C’est alors que la symphonie des couleurs de la Sixtine fera résonner le Verbe du Seigneur  : "Tu es Petrus — avait entendu Simon, fils de Jonas — je te donnerai les clefs du Royaume.” Les hommes qui se virent confier la charge de l’héritage des clefs se réunissent ici, ils se laissent inonder par la symphonie des couleurs de la Sixtine, par la vision que nous a donnée Michel-Ange. Il en fut ainsi en août, et plus tard, en octobre, de la mémorable année des deux conclaves, et il en sera ainsi de nouveau, lorsque ce sera nécessaire, après ma mort.  »

Voilà la dernière «  consigne  » : «  Il est indispensable que la vision de Michel-Ange leur parle. “Con-clave” : souci commun de l’héritage des clefs, des clefs du Royaume. Ici, ils se voient entre le Commencement et la Fin, entre le Jour de la Création et le Jour du Jugement… À l’homme, il n’est donné de mourir qu’une fois, puis vient le Jugement !  »

On comprend que Jean-Paul II ait inscrit dans sa Constitution pour la vacance du Siège apostolique que l’élection doit avoir lieu dans la Sixtine : la tradition s’est faite loi (Universi Dominici Gregis de 1996, Introduction.) Après l’Extra omnes prononcé par Mgr Marini, et la clôture de la lourde porte de bois, bien gardée (des sceaux auront été posés sur les autres accès), le cardinal Prosper Grech donnera une exhortation spirituelle puis se retirera à son tour.

Le P. Lombardi a expliqué comment le vote se concentre peu à peu sur un seul candidat : «  Rapidement, chacun comprend quels sont les candidats les plus en mesure de recevoir un consensus  : on converge vers les candidats les plus capables de rassembler les voix, et ceci, assez rapidement, au fur et à mesure des scrutins  », ce qui donne des «  conclaves assez brefs, entre 2 et 4 jours  ».

De l’autre côté, non des électeurs mais de l’élu — qui doit recueillir au moins les deux tiers des voix, soit 77 suffrages — le rituel indique ce beau dialogue entre le président du conclave et l’élu dont on ne connaît forcément que les questions : «  Acceptes-tu ton élection canonique comme Souverain Pontife  ?  » De même que le secret — et donc l’écran électronique sophistiqué qui empêche les communications de l’extérieur et de l’intérieur — a pour but de préserver la liberté des électeurs, de même, ce dialogue met en avant la liberté de l’élu. C’est peut-être le moment le plus marial du conclave.

Deuxième question suivant l’acceptation : «  Par quel nom souhaites-tu être appelé  ? — Je m’appellerai  : ...  »

Un contrat d’alliance est ainsi stipulé à l’intérieur de la liturgie : le notaire, avec deux cérémoniaires pour témoins, rédige le procès-verbal de l’acceptation et du nom choisi.

Dès lors, si l’élu est évêque, il devient immédiatement évêque de Rome, s’il ne l’est pas (on aura dû aller le chercher), on procède à son ordination épiscopale.

Et après cette acceptation, on brûle les bulletins et toutes les notes. L’élu se rend à la sacristie pour revêtir la soutane blanche et revient dans la Sixtine s’asseoir sur la cathèdre. Le président du conclave lui adresse quelques mots l’assurant de leurs prières et le confiant à la Vierge Marie et à saint Pierre. Pour la première fois il lui est donné le titre de «  Bienheureux Père  » — «  Beatissime Pater  ».

Puis on proclame l’Évangile de la Confession de foi de Pierre et du don du pouvoir des clefs par Jésus (Mt 16, 13-19).

Puis les cardinaux s’avancent pour rendre hommage au nouveau Pontife romain. Puis on chante le Te Deum.

C’est pour cette raison qu’il peut s’écouler 45 minutes entre la fumée blanche — confirmée par le son joyeux de la cloche de Saint-Pierre — et l’Habemus Papam proclamé par le cardinal protodiacre (Jean-Louis Tauran) de la loggia des bénédictions.

Mais Jean-Paul II avertit : que l’on ne croie pas que ce soient les cardinaux qui élisent le Pape. Cette élection constitue en quelque sorte «  l’action de toute l’Église  ».

Le n° 84 de la Constitution de 1996, Universi Dominici Gregis, dit en effet  : «  L’élection du nouveau Pontife ne sera pas un fait étranger au Peuple de Dieu et réservé au seul Collège des électeurs, mais, dans un sens, elle sera une action de toute l’Église.  »