République centrafricaine : Marlène, 13 ans, 540 jours aux mains de la LRA

L’esclavage aux mains des guérilleros

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ROME, Mardi 16 mars 2010 (ZENIT.org) - L'odyssée d'une jeune fille de 13 ans, Marlène, esclave pendant 540 jours, aux mains des guérilléros de l'« Armée de résistance du Seigneur » (LRA) a retenu l'attention de l'agence vaticane Fides dans cette dépêche. 

On parle souvent d'enfants soldats, enlevés et faits esclaves par les guérilléros ougandais de la LRA, une formation qui fait des ravages entre le Nord-est de la République démocratique du Congo, le sud Soudan, et l'extrême sud-est de la République centrafricaine. Cependant les témoignages de ceux qui ont réussi à échapper aux griffes des guérilléros sont peu nombreux.  

Mgr Juan José Aguirre Muños, évêque de Bangassou, qui a récemment été interviewé par l'Agence Fides sur la situation dans son diocèse (cf. Fides 4/3/2010) a envoyé à Fides le témoignage suivant sur Marlène, une jeune fille de 13 ans qui a passé 540 jours entre les mains de la LRA. 

« En mars 2008, raconte-t-il à Fides, des centaines de soldats sont entrés à Obo, dans l'Est de la République centrafricaine, qui a été ma première mission, où j'ai travaillé pendant 7 ans. Pendant cette nuit horrible, les rebelles ont saccagé les greniers, violenté les femmes dans leurs lits, par trois ou quatre soldats à la fois, et semé le désespoir, laissant des dizaines de famille dans le deuil. Cette nuit-là ils ont pris Marlène. Ils l'ont attachée avec une corde, ainsi que d'autres jeunes d'Obo, ils lui ont mis un sac de 25 kilos de manioc sur la tête, et son calvaire avec la LRA a commencé ». 

« Elle a été contrainte à 15 jours de marche forcée, assistant à la mort de plusieurs personnes enlevées, qui n'ont pas réussi à tenir le rythme des autres et ont été achevées à coups de machette. Un an et demi d'horreur, 18 mois à travers la forêt, rêvant de la nourriture de sa mère. Marlène a été contrainte, avec les autres otages, de former un mur humain quand les hélicoptères ougandais ont tiré des missiles contre le camp Kony, dans la forêt congolaise de Garamba. Pendant tout ce temps, elle a dormi étendue sur le terrain, liée à un arbre, feignant de dormir tandis que quelqu'un abusait d'une autre jeune fille liée au même tronc ». 

« Marlène a été employée comme bonne, contrainte de servir les soldats, lavant leur linge dans le fleuve, tandis qu'elle assistait à l'endoctrinement de ses camarades d'école, enlevés comme elle, qui, épaulant un AK-47, étaient formés à la guerre ». 

« Après une troisième tentative de fugue, en juillet dernier, Marlène a réussi à revenir à Obo après avoir marché à travers la jungle pendant 10 jours. Elle est arrivée les pieds détruits, en état de choc, avec une blessure ouverte à la joue. Sa mère s'est mise en quatre pour la nourrir, l'embrassant la nuit quand elle criait, et la réconfortant pendant ses longs silences ». 

« Un mois après, la LRA a de nouveau razzié Obo : saccages, violences, vols et brutalités. Il y a quelques jours, ils ont brûlé une voiture d'une ONG italienne, tuant le chauffeur et son assistant africain. C'est ainsi que le nom d'Obo est apparu sur Internet, car il y avait un lien avec l'Italie. Mais à Obo et aux alentours vivent 15.000 personnes, écrasés par la faim et par la peur. J'ai été contraint de retirer les sœurs de cet enfer, mais les prêtres centrafricains sont restés pour donner du courage et de la force au peuple ; ils n'ont pas fui en mars 2008 et sont encore là, comme les colonnes de bronze. Marlène est désormais à Bangassou, dans un centre pour étudiantes, près de la cathédrale. Après un mois, Marlène a recommencé à sourire, à raconter timidement ses aventures, et à être une personne comme toutes les autres ».