Retour aux médias dispensateurs de vraies relations

Scénarios numériques et nouvelles formes de présence de l’Eglise

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ROME, Vendredi 23 avril 2010 (ZENIT.org) - En tant qu'« hommes et chrétiens » nous sommes appelés non seulement à utiliser « intelligemment » les médias offerts sur réseau mais aussi, d'une certaine façon, à les « refonder », de manière à ce qu'ils redeviennent des outils pour bâtir de vraies relations, estime Francesco Casetti, directeur du département Sciences des communications de l'université catholique de Milan, intervenu jeudi au congrès : « Témoins numériques » en cours à Rome. 

« Les réseaux sociaux nés avec le web 2.0, a-t-il expliqué, tendent souvent à n'offrir qu'un pur et simple contact ». Ce qui compte, c'est le « côté accessible, autrement dit ‘atteindre' et ‘être atteints' ». Il suffit de penser à Face book, ou à Twitter. « Mais tout le sens d'une relation ne se bâtit pas sur un simple contact, a souligné Francesco Casetti : la relation repose à la fois sur le don de soi et l'écoute réciproque ». 

Qu'est ce qui rend vraie cette relation que le web semble offrir?  

Il faut, selon Francesco Casetti, « un supplément d'écoute, une coresponsabilité et la charité ». En cela les chrétiens sont appelés à « mieux articuler ce rapport entre la vérité et la charité car cette communication dont la relation constitue le point de départ demande que l'on soit charitable ». 

« Le sujet qui se connecte au réseau, a-t-il ajouté, n'est pas faible, comme nous sommes habitués à le penser, mais plus 'dramatiquement' engagé dans un cadre relationnel ». Comment l'aider à prendre ses responsabilités? 

« Trois éléments, affirme-t-il, nous sont demandés : une dimension de gratuité ; une écoute qui s'ouvre à l'autre dans une relation d'intimité, qui ne soit pas superficielle ; et un sens de la fidélité, de la persévérance contre la labilité d'être en permanence sur réseau » 

 « Dans le web 2.0, a souligné Michele Sorice, professeur en sociologie de la communication et media research de la Luiss, les rapports qui naissent sont des reformulations de rapports déjà existants ; ils sont replacés dans une dimension de réseau ». Les concepts clefs qui les caractérisent sont au nombre de deux : « Logique de la coparticipation du savoir dans une relation paritaire, horizontale », et « proximité, partielle et épisodique mais tout aussi significative ».

Des « formes d'implication sociale » se forment, devenant plus importantes que le fait même d'y être ». On parle parfois de « désintermédiation ; ce qui voudrait dire qu'il n'y a plus cette médiation qu'opèrent les médias ou les agences traditionnelles comme les partis mais qu'en réalité cette désintermédiation serait remplacée par une logique de re-intermédiation, intermédiation sur réseau ».

Ceci peut conduire à une nouvelle forme de citoyenneté, déterminée par l'accès au réseau, dans ses diverses modalités jusqu'à l'introduction de contenus par l'utilisateur même. Toutefois, a mis en garde Michele Sorice, « l'accès n'est pas encore la citoyenneté, c'est un élément ». L'autre élément est « l'interaction et l'implication émotive que le réseau réussit à produire » liée au risque « de la connexion comme illusion d'interaction : si bien que chacun est seul avec d'autres ‘seuls' comme lui en interconnexion ». Il reste toutefois l'aspect ‘opportunité' : « Le réseau en tant que stimulateur de relations interpersonnelles anime les communautés où la participation devient un chiffre distinctif ». 

Pour réussir à parler de citoyenneté, selon Michele Sorice : « Il faut que la participation soit comprise comme une possibilité d'intervention non seulement dans les contenus, mais également dans le contrôle des processus de distribution de la communication ». 

Tour ceci doit être, pour la communauté ecclésiale, objet d'approfondissement : « Le web que nous ne voulons pas envahir, a-t-il déclaré, mais habiter comme espace de notre temps, nous impose le caractère central des nouvelles formes de communication ». 

Pour ne pas courir le risque « de perdre une occasion historique », il faut « aider avec courage le nouveau paysage des médias en devenant, grâce au dialogue et à une coparticipation, des sujets hybrides de  la logique de communication, et en nous engageant dans une voie à laquelle nous ne pouvons renoncer si nous ne voulons pas perdre notre influence sur les nouvelles générations ». 

Chiara Santomiero