Révélation du contenu des agendas du futur Jean XXIII alors nonce à Paris

Entretien avec Andrea Tornielli

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ROME, Vendredi 28 janvier 2005 (ZENIT.org) – Dans un article publié le 23 janvier dernier dans le quotidien italien « Il Giornale », le journaliste Andrea Tornielli révèle le contenu des agendas de Angelo Roncalli, le futur pape Jean XXIII, entre 1949 et 1953, alors que celui-ci était nonce à Paris.



Ceux-ci seront publiés en France par l’historien Etienne Fouilloux pour la « Fondazione per le scienze religiose Giovanni XXIII » de Bologne en fin d’année (cf. www.fscire.it).

Si l’on se base sur les agendas du futur pape Jean XXIII, alors nonce à Paris, et contrairement à ce qu’affirmait le « Corriere della Sera », le 28 décembre 2004, on note qu’aucune polémique ne fut soulevée concernant la question des enfants juifs baptisés en France.

Dans les agendas du nonce ne figure pas non plus la soi-disant opposition du Saint-Siège, du Saint Office, du pape Pie XII à la restitution des enfants juifs à leurs familles.

Andrea Tornielli a accepté de répondre aux questions de Zenit.

Zenit : Vous avez vu les agendas de Roncalli relatifs aux années 1949-1953, alors que le futur Jean XXIII était nonce à Paris. Y a-t-il des références à la question des enfants juifs baptisés ?

A. Tornielli : La seule allusion sont les notes du 20 février 1953. Roncalli, déjà cardinal, va prendre congé du président français Vincent Auriol, qui évoque le cas Finaly, deux frères juifs baptisés, au centre d’une controverse entre les tantes qui les réclament et la famille catholique qui les a accueillis.

Voici le texte : « Après-midi, visite d’adieu au président Auriol qui fut comme toujours très aimable. Il m’a parlé de l’affaire Finaly à laquelle j’ai montré ne pas accorder d’importance… ». Comme on peut le constater, il s’agit d’un épisode marginal. Dans le reste des agendas, le nonce Angelo Roncalli, qui pourtant note tout et parle de tout, ne fait jamais allusion aux cas des enfants juifs baptisés ou aux instructions du Saint Office concernant les demandes des organisations juives.

Zenit : Savez-vous combien d’enfants juifs ont été baptisés et combien ont été restitués à leurs familles ?

A. Tornielli : Il n’existe pas de statistiques précises. La France est le pays européen où ont été réalisés le plus de baptêmes clandestins – d’ailleurs administrés en enfreignant les dispositions du Droit canonique et de la Conférence des évêques de France – mais le seul cas contesté célèbre est celui des frères Finaly.

Zenit : Quelles ont été les réactions à cette affaire, dans le monde juif ?

A. Tornielli : Il y a eu diverses réactions, comme c’est toujours le cas. Il y a eu ceux qui ont instrumentalisé l’affaire en allant jusqu’à qualifier Pie XII de « ravisseur » d’enfants, ceux qui, comme par exemple le rabbin américain Jack Bemporad, invitent à considérer le fait que de nombreux juifs ont eu la vie sauve grâce à la charité du pape.

Zenit : Quels étaient les rapports entre le pape Pie XII et le Angelo Roncalli ? Est-il exact qu’ils avaient des visions du monde très différentes ?

A. Tornielli : Le pontificat de Jean XXIII a certes été très différent de celui du pape Pacelli. Les deux papes étaient différents de part leur caractère et leur formation. Ils ont vécu à deux époques qui se suivaient mais leurs pontificats respectifs se sont déroulés à des époques extrêmement différentes. Le bienheureux Jean XXIII est celui qui a amorcé un tournant historique dans l’histoire de l’Eglise catholique en convoquant le Concile Vatican II (Pie XII y avait également pensé mais dans l’après-guerre les évêques ne pouvaient pas s’éloigner de leurs diocèses pendant trop longtemps).

Ceci dit cependant, les documents montrent que Mgr Roncalli fut un fidèle exécuteur et interprète des directives de Pie XII et les notes de l’agenda concernant les audiences du de Paris avec le Saint Père témoignent d’une totale syntonie.

Zenit : Certains historiens du Concile Vatican II décrivent Jean XXIII comme le « pape socialiste », alors que ceux qui l’ont connu au Vatican le voient plutôt comme un pape conservateur. Qu’en pensez-vous ?

A. Tornielli : Je crois qu’il faut se méfier des clichés, peu importe leur provenance. Le mythe d’un pape Jean « progressiste », voire même révolutionnaire, est sans fondement et ne correspond pas à la vérité historique. Il suffirait de citer l’insistance avec laquelle il recommandait aux séminaristes d’apprendre le latin, l’urticaire que lui provoquaient les innovations liturgiques non autorisées, les piques fortes et claires qui se trouvent dans ses agendas contre l’idéologie communiste, le fait que sous son pontificat les apparences de la cour pontificale n’ont pas changé d’une seule virgule par rapport à l’époque de son prédécesseur.

Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse, et présenter ce pape comme un conservateur acharné. C’était un homme de la tradition, capable du courage des grands choix, de gestes prophétiques qui sont restés dans le cœur de millions de personnes.

Zenit : Quelle est alors la vérité historique concernant les enfants juifs baptisés ?

A. Tornielli : L’Eglise, pour laquelle le baptême est le sacrement le plus important, évoluait dans le cadre doctrinal du droit canonique. Mais elle se comporta avec une grande humanité et du bon sens, également dans les cas d’enfants juifs sauvés et baptisés, réclamés ensuite par les familles. Pie XII lui-même intervint dans un cas à Rome, en ordonnant de rendre immédiatement des enfants, qui avaient été baptisés, à leur mère.