Robert Schuman, pour la paix du monde

La conversion des armes de guerre en instrument de paix

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 660 clics

Construire patiemment la paix mondiale, après avoir imposé au monde la guerre: on pourrait résumer ainsi la vision de Robert Schuman en cette anniversaire de la Déclaration du 9 mai 1950, fondatrice d'une Europe unie.

Construire la paix avec ce qui a servi à faire la guerre, une guerre européenne (1870) et deux guerres mondiales (1914 et 1939), à savoir le charbon et l'acier: avec cette proposition réaliste du ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, les Européens se lançaient sur un chemin de réconciliation, de paix et de prospérité, qu'il voudront faire partager au monde entier, après avoir entraîné le monde dans leurs conflits, dont les cicatrices les plus visibles sont ces immenses cimetières sur leur territoire, et les moins visibles, une forme de culture de la mort. 

L'anniversaire de cette déclaration prend d'autant plus de relief cette année, à l'occasion de l'Année Robert Schuman (2012-2013), marquant le 50e anniversaire de sa mort, le 4 septembre 1963.

Et c'est lors du Conseil européen de Milan en 1985, que les chefs d'État et de gouvernement européens ont décidé d'instaurer le 9 mai comme « Journée de l'Europe », célébrée chaque année depuis 1986.

La paix sociale et économique

Aujourd'hui, au processus de renoncement à la violence entre Nations entrevu par Schuman doit correspondre aussi le renoncement à la violence sous toutes ses formes aussi à l'intérieur des sociétés. En cela, la Déclaration de Robert Schuman n'a pas fini d'inspirer les artisans de paix: elle garde toute son actualité.

Cette déclaration du 9 mai 1950 annonçait en effet la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Il entrevoyait un processus historique inédit: «La mise en commun des productions de charbon et d'acier (...) changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes».

Une vision quasi biblique. Isaïe avait décrit ce processus de "conversion" des armes de guerre en instruments de paix: "De leurs épées ils forgeront des socs de charrue,et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre" (Isaïe 2, 4).

Il déclare: «La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.» Il s'agissait de rendre la guerre non seulement "impensable" mais aussi "matériellement impossible". Dans les années 90, la guerre en Bosnie sera d'autant plus ressentie comme une honte et un échec pour ce bloc de nations en construction, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, non par la conquête guerrière mais par la paix laborieuse, une volonté de paix incarnée dans la recherche du bien commun.

Car il s'agissait aussi de stimuler l'économie et la solidarité, la prospérité de cette nouvelle zone de paix, comme le dit l'article 2 du Traité de Paris du 18 avril 1951: « contribuer à l'expansion de l'économie, le développement de l'emploi et l'amélioration du niveau de vie moyen » des citoyens.

Le traité allait entrer en vigueur, le 23 juillet 1951, avec la création, pour 50 ans, de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, avec pour membres fondateurs la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. C'était la première des institutions qui donneront naissance à «l'Union européenne». La CECA n'existe plus depuis le 22 juillet 2002. Mais la vision de Robert Schuman, elle, n'a rien perdu de sa force inspiratrice.

Une construction patiente

Il prévoyait la patience: «L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait». Des paroles toujours aptes à inspirer une Europe - un monde - en crise, pas d'abord économique mais éthique.

Lorrain, né à Luxembourg, Allemand du fait de l'annexion de la Lorraine par l'Allemagne, prisonnier pendant sept mois sous l'Occupation nazie, il fut, après la guerre député de Lorraine, ministre des finances en 1946, président du Conseil en 1947-1948, puis Affaires étrangères entre juillet 1948 et décembre 1952, et Garde des Sceaux (de février à décembre 1955) et président du mouvement Européen (1955 à 1961). Enfin, de 1958 à 1960, il fut président du Parlement européen. Au terme de son mandat, le Parlement européen lui décernera, ainsi qu'à Jean Monnet, Commissaire au plan en 1950, le titre extraordinaire de « Père de l'Europe ».

Il voyait que pour construire l'Europe il faut que les nations se lient par des obligations, en vue du bien commun, et se dotent d'institutions, à commencer par la "Haute Autorité commune" de la CECA.

La paix du monde

Mais pas seulement. L'horizon de son action, c'est la construction, patiente - la déclaration le dit d'emblée -, de la "paix mondiale". La CECA c'est un premier pas, décisif. La déclaration liminaire le dit clairement: "Il n'est plus question de vaines paroles, mais d'un acte, d'un acte hardi, d'un acte constructif".  Il en faudra beaucoup d'autres pour atteindre le but, avec les défis nouveau qui surgissent à chaque génération. L'objectif demeure.

Schuman tirait son énergie et sa vision de sa foi. Le procès diocésain pour la béatification de Robert Schuman a été clôturé le 29 mai 2004: la cause a été introduite à Rome.

Enfin, le 50e anniversaire du 'dies natalis' de Robert Schuman, offre à l'Institut Saint-Benoît l'opportunité d'organiser, avec le soutien de l'évêque de Metz, au cours de l'Année Robert Schuman, trois journées, du vendredi 6 au dimanche 8 septembre 2013.

Déclaration du 9 mai 1950:

http://www.robert-schuman.com/fr/pg-europe/9mai50.htm

On pourra lire: "Robert Schuman, un Père pour l'Europe", par Réné Lejeune, avec une préface du cardinal Jean-Louis Tauran (Editions de l'Emmanuel)