Rôle d’une représentation diplomatique près le Saint-Siège, par l’ambassadeur du Liban (2)

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ROME, Jeudi 24 mai 2007 (ZENIT.org) – L’Eglise n’est pas un organisme « international » comme les autres : comment un diplomate peut-il dans ce cadre accomplir sa mission de « représenter » son pays, et « d’informer » à la fois son pays et le Saint-Siège ? Plus encore, comment se négocie un « accord fondamental » ? L’ambassadeur du Liban près le Saint-Siège a répondu à ces questions.



L’une des particularités du Saint-Siège, « c’est qu’il n’a pas d’intérêts matériels à défendre, et que son action est désintéressée », rappelle l’ambassadeur du Liban près le Saint-Siège, M. Naji Abi Assi (cf. Zenit du 22 mai).

Le diplomate est en effet intervenu, le 15 mai, sur le thème : « Le Rôle et les Fonctions d’une Représentation Diplomatique auprès du Saint-Siège », dans le cadre du cours intitulé « L’Eglise catholique et la politique internationale du Saint-Siège », et de la session sur « Le Corps diplomatique : les Nonciatures et les Représentations Diplomatiques auprès du Saint-Siège », qui s’est tenue à l’Université Pontificale grégorienne, à Rome.

Le cours s’adressait à des diplomates du monde arabe pour faire connaître l’Eglise catholique et était promu par la Fondation « La Gregoriana » et l’Institut International « Jacques Maritain ». La séance était présidée par le cardinal Jean-Louis Tauran.

« Le Saint-Siège, précisait M. Abi Assi, ne cesse de rappeler la nature profonde et réelle de l’Eglise : l’Eglise a une structure sacramentale, et non une structure politique. Ecoutez ces paroles édifiantes du Pape Benoît XVI en date du 22 février dernier : « Il est important que les gens puissent voir que l’Eglise n’est pas un organisme supranational, un corps administratif et de pouvoir. Elle n’est pas non plus une agence sociale, bien qu’elle fasse un travail social et supranational, mais un corps spirituel. L’Eglise n’est pas une grande structure, une organisation internationale. L’Eglise est corps du Christ et donc une réalité spirituelle ». »

Il précisait ensuite que « l’une des premières fonctions des représentants diplomatiques près le Saint-Siège est de représenter. La présence même des missions diplomatiques au Saint-Siège, qui est une entité juridique et spirituelle et une autorité morale, exprime de la part des Etats une volonté d’entretenir avec le Siège de Pierre, et donc avec l’Eglise, des relations d’amitié, de considération et de coopération ».

« Cette représentation suppose naturellement, une participation de la part des diplomates aux diverses expressions de l’activité publique du Saint-Siège, et notamment aux célébrations et cérémonies sacrées, accomplies par le Souverain Pontife ou en son nom, en suivant un protocole, un ordre de préséances, et un cérémonial bien établis, exigeant le port de l’uniforme et le plus souvent des décorations, rehaussant le degré de solennité dû en l’occasion ». Des célébrations souvent en mondovision.

Et de préciser : « au delà de la simple participation protocolaire, ou de l’honneur de se sentir associé à ces événements, souvent historiques, d’aucuns pourraient espérer, et je pense que c’est largement le cas, que l’ensemble du corps diplomatique, participe, chacun à sa manière, à la prière commune élevée en ce haut-lieu de la spiritualité qu’est le Saint-Siège, pour la promotion de la paix, de la justice et de la charité ».

« Vous conviendrez avec moi, ajoutait l’ambassadeur libanais, que ‘Représenter’ veut dire ‘Refléter l’image du pays qui nous a envoyés’, et qu’au Saint-Siège, plus qu’ailleurs, les diplomates devraient se conformer à des règles de conduite irréprochable, tant au niveau de la conduite publique que de la vie privée, méritant, comme il se doit, respect, confiance et considération ».

« Une des principales fonctions des missions diplomatiques près le Saint-Siège est en second lieu, celle d’informer », ajoutait M. Abi Assi qui précisait ensuite : « Qui informer ? Comment le faire ? Dans quel but ? »

Surtout, il abordait la question de la conclusion d’accords fondamentaux avec le Saint-Siège. On se souvient que, lors de la montée du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne, le Saint-Siège a été amené à négocier des concordats de façon à se constituer un « bouclier juridique ». Les circonstances de la conclusion de tels accords ne sont pas toujours aussi dramatiques aujourd’hui.

Et l’ambassadeur précisait : « Le but de la conclusion d’un « accord fondamental » ou d’un « Concordat » est de réglementer la situation juridique de l’Eglise catholique et de ses institutions, en assurant sa liberté, notamment en matière de culte, de gouvernement pastoral, de droit de réunion, d’association, d’expression, d’action caritative, d’activité sociale, et d’enseignement religieux … »

« Ces accords bilatéraux, qui sont considérés comme des accords de droit international et qui ont donc un caractère de stabilité, garantissent aux institutions ecclésiastiques un élément important de sécurité. Ils sont au nombre de 160 actuellement en vigueur », précisait le diplomate.

(à suivre)