Rôle des religions : "garder vivante la soif d'absolu"

Audience du pape aux représentants religieux

Rome, (Zenit.org) Pape François | 1658 clics

Le pape François appelle les religions à « garder vivante la soif de l’absolu » dans le monde, invitant à s’opposer à « l’un des plus dangereux pièges de notre temps », à savoir une vision de la personne humaine où « l’homme se réduit à ce qu’il produit et ce qu’il consomme », ce 20 mars 2013.

Le pape a en effet reçu en audience, au Vatican, les délégués fraternels d’Eglise chrétiennes, les représentants du peuple juif et de religions non chrétiennes, qui étaient présents à la messe d’inauguration de son pontificat, hier, 19 mars.

Après un discours du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomaios, le pape François s’est adressé aux divers groupes religieux en soulignant la volonté de l’Eglise de promouvoir « l’amitié et le respect entre les hommes et les femmes de différentes traditions religieuses ».

L’unité entre les chrétiens est « un service d’espérance pour un monde encore marqué par les divisions, les oppositions et les rivalités », a-t-il déclaré aux représentants d’autres confessions chrétiennes.

« Nous sommes liés d’un lien spirituel très spécial », a-t-il ajouté à l’attention des représentants du peuple juif. Il a également exprimé son estime pour les musulmans « qui adorent un Dieu unique, vivant et miséricordieux, et l’invoquent dans la prière ».

Discours du pape François

Chers frères et sœurs,

Avant tout, je remercie de tout cœur pour ce que mon Frère André nous a dit. Un grand merci ! Un grand merci.

Ma rencontre aujourd’hui avec vous, délégués des Eglises orthodoxes, des Eglises orthodoxes orientales et des communautés ecclésiales de l’Occident, est motif de joie particulière. Je vous remercie d’avoir voulu prendre part à la célébration qui a marqué le début de mon ministère d’Evêque de Rome et Successeur de Pierre.

Hier matin, durant la Sainte Messe, j’ai senti, à travers vos personnes, la présence spirituelle des communautés que vous représentez. En cette manifestation de foi, j’ai eu l’impression de vivre de façon encore plus pressante la prière pour l’unité entre les croyants au Christ et, ensemble, de voir d’une certaine façon, la préfiguration de cette pleine réalisation, qui dépend du plan de Dieu et de notre loyale collaboration.

Je commence mon ministère apostolique en cette année que mon vénéré prédécesseur, Benoît XVI, avec une intuition vraiment inspirée, a proclamée Année de la foi pour l’Eglise catholique. Avec cette initiative, que je désire poursuivre et dont j’espère qu’elle sera une inspiration pour le chemin de foi de tous, il a voulu marquer le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, en proposant une sorte de pèlerinage vers ce qui représente l’essentiel pour tout chrétien : la relation personnelle et transformante avec Jésus-Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour notre salut. C’est justement dans le désir d’annoncer ce trésor de la foi, éternellement valide, aux hommes de notre temps, que réside le cœur du message conciliaire.

Avec vous, je ne peux pas oublier tout ce que ce Concile a signifié pour le chemin œcuménique. J’aime rappeler les paroles que le bienheureux Jean XXIII, dont nous commémorerons sous peu le 50e anniversaire de la disparition, a prononcées dans son mémorable discours d’inauguration : «L’Eglise catholique estime qu’il est de son devoir de faire tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de cette unité que Jésus-Christ, dans une prière ardente, a demandée au Père Céleste à l’approche de son sacrifice; elle éprouve une paix très douce en se sachant intimement unie au Christ en ces prières » (AAS 54 [1962], 793). C’est ce qu’a dit le pape Jean.

Oui, frères et sœurs en Christ, soyons tous intimement unis à la prière de notre Sauveur lors de la Dernière Cène, à son invocation : ut unum sint. Demandons au Père miséricordieux de vivre en plénitude cette foi que nous avons reçue en cadeau au jour de notre Baptême, et de pouvoir en donner un témoignage libre, joyeux et courageux. Ce sera notre meilleur service à la cause de l’unité entre les chrétiens, un service d’espérance pour un monde encore marqué par les divisions, les oppositions et les rivalités. Plus nous serons fidèles à sa volonté, dans nos pensées, nos paroles et nos actions, plus nous marcherons réellement et substantiellement vers l’unité.

Pour ma part, je désire assurer, dans le sillage de mes Prédécesseurs, de ma ferme volonté de poursuivre sur le chemin du dialogue œcuménique et je remercie le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, pour le soutien qu’il continuera à prodiguer à cette cause très noble. Je vous demande, chers frères et sœurs, de porter mon salut cordial et l’assurance de mon souvenir dans le Seigneur Jésus, aux Eglises et communautés chrétiennes que vous représentez ici, et je vous demande d’avoir la charité d’une prière spéciale pour ma personne, afin que je puisse être un Pasteur selon le cœur du Christ.

À présent je me tourne vers vous, distingués représentants du peuple juif, auquel nous sommes liés d’un lien spirituel très spécial, à partir du moment où, comme l’affirme le Conseil Vatican II, «l’Église du Christ reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes.» (Decl. Nostra aetate, 4). Je vous remercie de votre présence et je suis confiant que, avec l’aide du Très-Haut, nous pourrons poursuivre avantageusement ce dialogue fraternel que le Concile souhaitait (cf. ibid.) et qui s’est effectivement réalisé, en portant beaucoup de fruits, spécialement au cours de ces dernières décennies.

Je salue et remercie cordialement vous tous, chers amis appartenant à d’autres traditions religieuses; tout d’abord les musulmans, qui adorent un Dieu unique, vivant et miséricordieux, et l’invoquent dans la prière, et puis vous tous. J’apprécie beaucoup votre présence : en elle je vois un signe tangible de la volonté de grandir dans l’estime réciproque et dans la coopération pour le bien commun de l’humanité.

L’Eglise catholique a conscience de l’importance de la promotion de l’amitié et du respect entre les hommes et les femmes de différentes traditions religieuses – et je souhaite le redire : la promotion de l’amitié et du respect entre les hommes et les femmes de différentes traditions religieuses. Cela est attesté aussi par le précieux travail du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. L’Eglise est également consciente de la responsabilité que nous portons tous envers le monde, envers la création entière, que nous devons aimer et protéger. Et nous pouvons faire beaucoup pour le bien de celui qui est pauvre, de celui qui est faible, de celui qui souffre, pour favoriser la justice, pour promouvoir la réconciliation, pour construire la paix. Mais par-dessus tout, nous devons garder vivante dans notre monde la soif de l’absolu, en ne laissant pas dominer une vision de la personne humaine fondée sur une seule dimension, selon laquelle l’homme se réduit à ce qu’il produit et ce qu’il consomme : c’est l’un des plus dangereux pièges de notre temps.

Nous savons combien de violences ont été provoquées dans l’histoire récente par la tentative d’éliminer Dieu et le divin de l’horizon de l’humanité, et nous percevons, dans nos sociétés, la valeur du témoignage de l’ouverture originelle à la transcendance, qui est inhérente au cœur de l’homme. En ceci, nous nous sentons aussi proches de ces hommes et ces femmes qui, même s’ils n’appartiennent à aucune tradition religieuse, sont cependant en recherche de la vérité, de la bonté et de la beauté, cette vérité, bonté et beauté de Dieu, qui sont nos précieuses alliées dans l’engagement à défendre la dignité de l’homme, dans la construction d’une coexistence pacifique entre les peuples et dans la protection attentive de la création.

Chers amis, merci pour votre présence. A tous, j’offre mes salutations cordiales et fraternelles.

Traduction de Zenit, Anne Kurian