Rome : A l’Angelicum, un Master en « Religions et spiritualités non conventionnelles »

Entretien avec le Doyen de la faculté de Théologie de cette Université

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ROME, Dimanche 22 octobre 2006 (ZENIT.org) – La chaire instituée par la faculté de Théologie de l’Université pontificale Saint Thomas d’Aquin (UPSTA) et le Groupe de Recherche et d’Information socio-religieuse (GRIS) propose un Master en « Religions et spiritualités non conventionnelles » pour l’année académique 2006-2007.



Pour comprendre la nature et les objectifs de cette proposition de formation, Zenit a interviewé le père Marco Salvati, doyen de la faculté de Théologie de l’UPSTA.

Zenit : Quel est le but et l’objet d’un Master aussi original ?

P. Marco Salvati : Le Master est une proposition de formation offerte par la « Chaire des Religions et spiritualités non conventionnelles » (RSNC). Cette dernière a été instituée par la faculté de Théologie de l’Université pontificale Saint-Thomas de Rome (connue sous le nom d’Angelicum ), en collaboration avec le Groupe de Recherche et d’Information socio-religieuse (GRIS). Le Master est un programme de connaissance et d’étude, une approche de haut niveau culturel, qui concerne les nombreuses formes de religiosité ou spiritualité appelées « alternatives ». Le Master prévoit des cours, des séminaires, des conférences et autres activités d’étude. Les professeurs sont des chercheurs spécialistes de la matière ; ils guideront les étudiants dans la connaissance des problèmes généraux et particuliers, des thématiques, des groupes et des mouvements qui sont l’expression concrète de ce que l’on appelle les « religions et spiritualités non conventionnelles ».

Zenit : Qu’est-ce que l’on entend par spiritualités non conventionnelles et quelles différences présentent-elles avec les religions ?

P. Marco Salvati : A travers le terme de spiritualités non conventionnelles, associé à celui de religions, nous voulons faire référence à cette forme d’ouverture au transcendant, de recherche de l’« autre » ou du « divin » qui se différencie de manière évidente et parfois voulue, des religions « traditionnelles » ou « historiques ». Nous faisons référence aussi à ces expériences, anciennes ou récentes, qui ont rapport avec les convictions religieuses ou spirituelles des personnes. Comme le rappelait le cardinal Poupard à l’occasion de l’inauguration de la chaire RSCN (18 mai 2006), les religions et spiritualités non conventionnelles constituent une « réalité complexe, difficile à définir, aux nombreuses facettes changeantes, avec de nombreuses et diverses manifestations qui imprègnent les cultures et font office, dans le même temps, de marchés et de véhicules de convictions, d’idées, d’attitudes et de comportements ».

A cette même occasion, le card. Poupard les définissait aussi comme des « phénomènes de la culture mondiale émergente, dont les perspectives de claires matrices relativistes et, parfois, occultes, sont conformes aux courants de la pensée post-moderne qui influencent une grande partie de la culture contemporaine avec des tendances fortement individualistes ». Les différences entre ces formes de religiosité et de spiritualité et les formes « traditionnelles » sont multiples ; parmi les plus importantes, on peut rappeler la tendance au syncrétisme, une forte propension au sensationnalisme ; une pointe de relativisme ; une disponibilité excessive à des formes pseudo-scientifiques d’approche des problèmes anthropologiques et théologiques.

Zenit : A qui s’adresse le Master ? Quels sont les critères d’admission et qu’entendez-vous transmette aux étudiants ?

P. Marco Salvati : Le Master est proposé aussi bien aux personnes qui ont un intérêt culturel de haut niveau pour les thématiques propres à la matière, que – d’une manière particulière – aux agents pastoraux (prêtres, religieux, laïcs) qui souhaitent recevoir une formation en vue d’une approche plus « professionnelle » au défi théologique et pastoral qui provient, sous de multiples aspects, de la présence et de la diffusion de ces formes de religiosités et de spiritualités différentes des formes traditionnelles. L’exigence d’informer et de former les croyants par rapport aux RSNC a été récemment rappelé, non seulement par divers enseignements du magistère ecclésial, mais également par les chapitres généraux de l’Ordre des frères prêcheurs (Dominicains).

Les conditions d’admission au Master sont au nombre de deux : a) le diplôme d’étude qui permet l’accès à l’Université ; b)une lettre de présentation du supérieur ecclésiastique (pour les séminaristes, les prêtres ou les religieux) ou d’une autorité ecclésiastique catholique (pour les laïcs). Le Master est destiné a réaliser des recherches et des études sur les RSCN ; à décrire, évaluer, discerner les diverses expériences religieuses, para-religieuses, pseudo-religieuses, spirituelles ; à réaliser des études comparées sur les regroupements de personnes et les phénomènes qui sont des expressions de ce contexte religieux « non conventionnel ».

Zenit : Quel est le lien d’un tel Master avec la faculté de Théologie ?

P. Marco Salvati : Avant toute chose la faculté de Théologie est un lieu naturel d’étude et d’approfondissement de l’expérience religieuse humaine et chrétienne, dans toute sa richesse et sa complexité. Elle est une école qui met en situation, ceux qui le désirent, de sonder le trésor intarissable de la Parole de Dieu, d’en comprendre les contenus authentiques et d’en distinguer ceux qui sont inacceptables. La faculté de Théologie est pour les croyants dans le Christ et pour ceux qui appartiennent à la communauté ecclésiale une espèce de « gymnase » du témoignage, ou l’on s’entraîne à proposer le patrimoine de foi de manière compréhensible aux hommes de partout et de tous les temps. Les facultés de Théologie sont aussi le « lieu » ou l’on apprend à connaître les questions profondes de l’homme et à discerner les réponses authentiques et celles qui ne sont satisfaisantes qu’en apparence.

La faculté de Théologie est, en outre, une école de dialogue, de rencontre, d’ouverture et de compréhension de l’autre (aussi bien de l’homme en tant que tel, que du croyant ou de celui qui pratique d’autres expériences religieuses, tout comme de l’homme à la recherche de la vérité et du bien). Dans ce sens, le Master se présente comme une occasion pour préparer à la rencontre, au dialogue, dans le respect absolu de la vérité et dans l’amour incontesté du Christ unique sauveur.

Enfin, la proposition d’un Master par notre faculté de Théologie (en collaboration avec le GRIS) s’inscrit parfaitement, d’une part, dans les habitudes des dominicains de marcher sur les « zones de frontière » de l’expérience religieuse ; de l’autre, elle s’inscrit bien dans l’histoire récente de la faculté elle-même, qui depuis de nombreuses années propose à ses étudiants une formation dans le domaine du dialogue œcuménique ; un dialogue qui a certainement des caractéristiques, des contenus et des finalités différentes de ce que la Chaire RSCN propose, mais qui a en commun avec elle, un service à l’homme et à la vérité, réalisé avec les instruments privilégiés de la foi et de la raison.