Rome, ville idéale pour l'oecuménisme (I)

Par le pasteur Jens-Martin Kruse

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Propos recueillis par Britta Dörre

Rome, vendredi 23 mars 2012 (ZENIT.org) – « Travailler comme pasteur de la communauté évangélique à Rome me remplit de joie et de gratitude » déclare Jens-Martin Kruse, pasteur de l’Eglise évangélique luthérienne de la Ville éternelle.

Deux ans après la visite de Benoît XVI à la communauté luthérienne de Rome, ZENIT a rencontré le pasteur de la Christuskirche, qui avait accueilli le pape dans son église, à l’occasion du culte dominical, célébré en allemand (cf. Zenit du 14 mars 2010).

Fondée en 1819 par le pasteur protestant, Heinrich Eduard Schmieder, la communauté évangélique luthérienne de la Christuskirche de Rome a presque 200 ans. C’est l’une des 17 communautés évangéliques luthériennes en Italie.

Zenit - Vous êtes pasteur de la Christuskirche depuis 2008. Lors d’un remplacement précédent d’une année, vous aviez déjà eu l’occasion de connaître la communauté et de vous faire une idée de la situation. Quels étaient vos idéaux et votre vision lorsque vous avez commencé votre ministère ici il y a quatre ans ?

Jens-Martin Kruse - Pouvoir travailler comme pasteur de la communauté évangélique à Rome me remplit de joie et de gratitude. Deux citations de la Bible ont pour moi, et pour mon travail, une signification toute particulière. La première est dans Luc 5, 4 « Duc in altum » : le pape Jean-Paul II a commencé sa Lettre apostolique Novo millenio ineunte, à l’occasion du Jubilé 2000, par cette citation. Le verset de la Bible raconte comment Jésus invite Pierre à avancer au large pour pêcher, et même si les eaux sont profondes et dangereuses, celui-ci fait confiance à Jésus et obtient une pêche abondante. Appliqué à mon travail, « Duc in altum » veut dire accueillir les défis quotidiens.

La seconde citation importante et dans la lettre de saint Paul aux Romains (1, 16) : « Car je ne rougis pas de l'Evangile ». Pour notre communauté à Rome, mais aussi pour la diaspora protestante en Italie, il est important que nous restions fidèles à l’Eglise évangélique et que nous soyons conscients de qui nous sommes.

Quand je suis venu à Rome, mon intérêt particulier était de fortifier la communauté de l’intérieur, d’augmenter le niveau du travail en commun, d’ouvrir la communauté au public italien et de mettre en pratique l’idée de l’œcuménisme. Je voudrais que notre Eglise soit vivante et ouverte.

Que signifie pour vous être un pasteur évangélique à Rome ?

Il n’y a pas de meilleur lieu, ni de lieu plus important que Rome. Notre communauté, bien que très petite, se distingue par sa très grande cohésion. A Rome, de nombreuses communautés religieuses sont présentes, et c’est pour cela que l’œcuménisme est un devoir important.

Les religions catholique et protestante ont beaucoup en commun. Nous avons une histoire de l’Eglise commune. Nos deux religions s’enracinent dans la tradition de Pierre et Paul. Un élément du lien qui nous unit est la vénération des tombes de Pierre et Paul.

Qu’est-ce qui caractérise la communauté de Rome ?

Une caractéristique particulière est la grande cohésion des membres de la communauté. A Rome, et en Italie, les luthériens sont une minorité par rapport aux 94% environ de catholiques. Ceci explique pourquoi les membres de la communauté de Rome vivent leur foi évangélique avec autant de sérieux.

Comment la communauté est-elle composée ?

Notre communauté compte environ 500 membres, dont à peu près 60% résident à Rome. Quelques familles vivent ici depuis deux ou trois générations. Et 30% sont à Rome pour raisons professionnelles, pour une période de trois à cinq ans. Ce sont surtout de jeunes familles avec des petits enfants. Le renouvellement fait du bien à la communauté, cela apporte un vent frais. Les 10% restants sont des membres de langue italienne.

Quelle  signification a eu la visite du pape Benoît XVI, en mars 2010, pour votre communauté ?

Nous avons éprouvé une grande joie et beaucoup de gratitude pour la visite que le pape a rendue à notre communauté. Nous avons célébré le service liturgique ensemble. J’avais préparé à l’avance la liturgie, sur laquelle nous nous étions mis d’accord avec le Vatican. La visite du pape, avec la célébration conjointe de la liturgie [de la Parole, ndlr], a été la rencontre de deux Eglises, et cela montre que nous nous prenons mutuellement au sérieux.

Ce qui était particulièrement impressionnant, c’est la proximité, qui était rendue possible dans notre église, entre le Pape et notre communauté. Il y avait environ 400 personnes présentes au service. Nous avons célébré ensemble et nous sommes entrés dans un dialogue réciproque. L’atmosphère était très cordiale et très rapidement le Pape a laissé son discours de côté et a parlé à cœur ouvert.

(à suivre)