Rwanda : priorité à la réconciliation et la guérison

Ad limina des évêques, vingt ans après le génocide

Rome, (Zenit.org) Pape François | 943 clics

Vingt ans après « l’épouvantable génocide » au Rwanda (1994), « la réconciliation et la guérison des blessures restent la priorité de l’Église au Rwanda », déclare le pape François.

Le pape a reçu les évêques de la Conférence épiscopale du pays dans le cadre de leur visite "ad Limina Apostolorum", ce matin, 3 avril 2014, au Vatican. Il les a encouragés à participer activement à ce processus de guérison : « L’Église a toute sa place dans la reconstruction d’une société rwandaise réconciliée ».

« Ne craignez pas de mettre en relief l’apport irremplaçable de l’Église au bien commun. Je sais que le travail accompli, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la santé, est considérable », leur a-t-il également dit.

« L’éducation de la jeunesse est la clé de l’avenir dans un pays où la population se renouvelle rapidement », a poursuivi le pape, exhortant l’Église à « former les enfants et les jeunes aux valeurs évangéliques qu’ils trouveront en particulier dans la familiarité avec la Parole de Dieu, qui sera alors pour eux comme une boussole leur indiquant la route à suivre ».

Discours du pape François

Chers Frères Evêques,

Je vous souhaite la bienvenue à Rome, à l’occasion de votre visite ad limina Apostolorum. Je souhaite de tout cœur qu’à l’intercession de saint Pierre et de saint Paul et à la lumière de leur témoignage, vous puissiez renouveler en vos cœurs la foi et le courage nécessaires à votre exigeante mission pastorale. Je remercie Mgr Smaragde Mbonyintege, Président de votre Conférence épiscopale, pour le cordial message qu’il vient de m’adresser. À travers vous j’exprime ma profonde affection aux prêtres, aux religieux et religieuses, aux fidèles laïcs de vos diocèses ainsi qu’à tous les habitants de votre pays.

Le Rwanda va commémorer dans quelques jours le vingtième anniversaire du début de l’épouvantable génocide qui a provoqué tant de souffrances et de blessures qui sont encore loin d’être refermées. Je m’associe de tout cœur au deuil national, et je vous assure de ma prière pour vous-mêmes, pour vos communautés souvent déchirées, pour toutes les victimes et leurs familles, pour tout le peuple rwandais, sans distinction de religion, d’ethnie ou d’option politique.

Vingt ans après ces tragiques évènements, la réconciliation et la guérison des blessures restent certainement la priorité de l’Église au Rwanda. Et je vous encourage à persévérer dans cet engagement, que vous assumez déjà par de nombreuses initiatives. Le pardon des offenses et la réconciliation authentique, qui pourraient sembler impossibles à vue humaine après tant de souffrances, sont cependant un don qu’il est possible de recevoir du Christ, par la vie de foi et la prière, même si le chemin est long et demande patience, respect réciproque et dialogue. L’Église a donc toute sa place dans la reconstruction d’une société rwandaise réconciliée ; avec tout le dynamisme de votre foi et de l’espérance chrétienne, allez donc résolument de l’avant, en rendant sans cesse témoignage à la vérité.

Mais nous devons nous rappeler que c’est seulement en étant unis dans l’amour que nous pouvons faire en sorte que l’Évangile touche et convertisse les cœurs en profondeur: « Qu’ils deviennent parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,23) nous dit Jésus. Il est donc important que, dépassant les préjugés et les divisions ethniques, l’Église parle d’une seule voix, manifeste son unité et raffermisse sa communion avec l’Église universelle et avec le successeur de Pierre.

Dans cette perspective de réconciliation nationale, il est aussi nécessaire de renforcer des relations de confiance entre l’Église et l’État. La célébration, le six juin prochain, du cinquantième anniversaire de l’instauration des relations diplomatiques entre le Rwanda et le Saint Siège, peut être l’occasion de rappeler les fruits bénéfiques que tous peuvent attendre de telles relations, pour le bien du peuple rwandais. Un dialogue constructif et authentique avec les Autorités ne pourra que favoriser l’œuvre commune de réconciliation et de reconstruction de la société autour des valeurs de dignité humaine, de justice et de paix. Soyez une Église « en sortie » qui sache prendre l’initiative (cf. Evangelii gaudium n.24) et établir la confiance.

Ne craignez pas de mettre en relief l’apport irremplaçable de l’Église au bien commun. Je sais que le travail accompli, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la santé, est considérable. Et je salue, à ce propos, l’œuvre persévérante des Instituts religieux, qui, avec tant de personnes de bonne volonté, se dévouent auprès de tous ceux que la guerre a blessés, dans leur âme ou dans le corps, en particulier les veuves et les orphelins, mais aussi auprès des personnes âgées, des malades, des enfants. La vie religieuse, par l’offrande de son adoration et de sa prière, rend crédible le témoignage que l’Église rend au Christ ressuscité et à son amour pour tous les hommes, en particulier les plus pauvres.

L’éducation de la jeunesse est la clé de l’avenir dans un pays où la population se renouvelle rapidement. « Cette jeunesse est un don et un trésor de Dieu dont toute l’Église est reconnaissante au Maître de la vie. Il faut aimer cette jeunesse, l’estimer et la respecter » (Africae munus, n. 60). Aussi est-il du devoir de l’Église de former les enfants et les jeunes aux valeurs évangéliques qu’ils trouveront en particulier dans la familiarité avec la Parole de Dieu, qui sera alors pour eux comme une boussole leur indiquant la route à suivre. Qu’ils apprennent à être des membres actifs et généreux de la société, car c’est sur eux que repose son avenir. Pour cela il convient de renforcer la pastorale à l’Université et dans les écoles, catholiques et publiques, en cherchant toujours à relier la mission éducative et l’annonce explicite de l’Evangile, qui ne doivent pas être séparées (cf. Evangelii gaudium, nn. 132,134).

Dans la tâche d’évangélisation et de reconstruction à accomplir, les laïcs ont un rôle primordial. Et je voudrais ici d’abord remercier chaleureusement tous les catéchistes pour leur engagement généreux et persévérant. Les laïcs sont fortement impliqués dans la vie des Communautés Ecclésiales de Base, dans les mouvements, les écoles, les œuvres caritatives, ainsi que dans divers domaines de la vie sociale. Une attention particulière doit donc être portée à leur formation et à leur soutien, tant dans leur vie spirituelle que dans leur formation humaine et intellectuelle qui doit être de grande qualité. En effet, leur engagement dans la société sera crédible dans la mesure où ils seront compétents et honnêtes.

Une vigilance toute particulière doit être portée aux familles, qui sont les cellules vitales de la société et de l’Église, alors qu’elles se trouvent aujourd’hui très menacées par le processus de sécularisation et que, dans votre pays, tant de familles ont été déchirées et recomposées. Elles ont besoin de votre sollicitude, de votre proximité et de vos encouragements. C’est d’abord au sein même des familles que les jeunes peuvent expérimenter les valeurs authentiquement chrétiennes d’intégrité, de fidélité, d’honnêteté, de don de soi qui permettent de connaître le vrai bonheur selon le cœur de Dieu.

Je tiens enfin à exprimer ma gratitude aux prêtres qui se donnent généreusement dans le ministère. Leur tâche est d’autant plus lourde qu’ils ne sont pas encore assez nombreux. Je vous engage à perfectionner sans cesse la formation humaine, intellectuelle et spirituelle des séminaristes. Qu’ils aient toujours comme formateurs des modèles joyeux d’accomplissement sacerdotal. Soyez très attentifs à vous faire proches de vos prêtres, à les écouter, à être disponibles. Leur tâche est difficile et ils ont absolument besoin de votre soutien et de vos encouragements personnels. Ne négligez pas leur formation permanente et je vous engage à multiplier les occasions de rencontre et de contacts fraternels.

Chers Frères, je vous renouvelle l’assurance de mon attachement pour vous-mêmes, pour vos communautés diocésaines, pour le Rwanda tout entier, et je vous confie tous à la protection maternelle de la Vierge Marie. La Mère de Jésus a voulu se manifester dans votre pays à des enfants, leur rappelant l’efficacité du jeûne et de la prière, en particulier la prière du Rosaire. Je forme le vœu ardent que vous puissiez faire en sorte que le Sanctuaire de Kibeho rayonne davantage encore l’amour de Marie pour tous ses enfants, en particulier pour les plus pauvres et les plus blessés, et qu’il soit pour l’Église du Rwanda, et au-delà, un appel à se tourner avec confiance vers « Notre Dame des Douleurs », pour qu’elle accompagne chacun dans sa marche et lui obtienne le don de la réconciliation et de la paix. Je vous donne de tout cœur la Bénédiction apostolique.