Saint Jean-Baptiste, l'anti-idéologue

Homélie du matin, 24 juin 2013

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 726 clics

Pour le pape François, saint Jean-Baptiste est le modèle d'une Eglise "non-idéologisée" : il est une « voix » mais il ne s’approprie pas la « Parole », une lumière mais « pas la lumière », il n’existe que pour « en indiquer un autre ».

Des membres du Conseil pontifical de la culture, de la Commission pontificale d’archéologie sacrée et du Bureau philatélique et numismatique du Vatican étaient présents à la messe du matin que le pape a célébrée en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, hier, lundi 24 juin 2013, en la solennité de la naissance de saint Jean-Baptiste.

Radio Vatican rapporte des extraits de son homélie. 

Une voix sans Parole

La figure de Jean-Baptiste n’est pas toujours facile à comprendre, a fait observer le pape : « c’est un prophète, un homme qui a été grand et a fini comme un pauvre diable ».

S’il est, comme il l’explique lui-même, « une voix, une voix dans le désert », il est cependant « une voix sans Parole, parce que la Parole ce n’est pas lui, c’est un Autre ». Jean « ne s’empare jamais de la Parole », il est « celui qui indique, celui qui donne un signe ».

La fête de Jean a lieu lors des jours les plus longs de l’année, là où il y a « plus de lumière » : Jean « était l’homme de la lumière, il portait la lumière, [mais] il n’était pas la lumière, il était une lumière réfléchissante ». Jean est « comme une lune » et quand Jésus a commencé à prêcher, la lumière de Jean « a commencé à diminuer ».

« Voix mais non pas Parole, lumière mais pas la lumière » : en résumé, « le sens de la vie de Jean est d’en indiquer un autre ».

Non à une Eglise idéologisée

Pour le pape, la figure de Jean renvoie à celle de l’Eglise : « L’Eglise existe pour proclamer, pour être la voix d’une Parole, de son époux, qui est la Parole. Et l’Eglise existe pour proclamer cette Parole jusqu’au martyre. Martyre dans les mains des superbes, des plus superbes de la Terre. »

Jean aurait pu « se faire important », ou « parler de lui », mais il s’est contenté « d’indiquer », de « faire entendre une voix, non pas une Parole ».

« Pourquoi est-il saint ? Parce qu’il ne s’est jamais approprié la vérité. Il n’a pas voulu se faire idéologue. [Il est] l’homme qui s’est nié lui-même, pour que la Parole grandisse ».

De même, l’Eglise « sans idéologie » écoute la Parole et se fait voix : « elle est le mysterium lunae, qui a la lumière de son époux et doit diminuer, pour que Lui grandisse », a poursuivi le pape en invitant à « demander aujourd’hui la grâce de ne pas devenir une Eglise idéologisée ».

L’homme qui s’anéantit

« Jean semble n’être rien. C’est la vocation de Jean : s’anéantir ». Sa vie est « un grand mystère » : « cet homme, si grand, si puissant – tous croyaient que c’était lui le Messie – et qui s’anéantit jusqu’à l’obscurité d’une prison ».

Peu de choses sont connues sur les derniers jours de Jean : les Ecritures rapportent seulement qu’il a été « tué, sa tête sur un plateau, comme grand cadeau d’une danseuse à une adultère ». Pour le pape, « on ne peut pas diminuer, s’anéantir plus que cela. Cela a été la fin de Jean ».

Dans la prison, Jean a eu des doutes, il a demandé à ses disciples de questionner Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ». Il est « dans l’obscurité, la douleur de la vie… Rien ne fut épargné à Jean ».

Pour conclure, le pape a souhaité à l’Eglise d’être sur le modèle de Jean : « une Eglise qui soit toujours au service de la Parole. Une Eglise qui ne prenne jamais rien pour elle-même. [Une Eglise] sans idée propre, qui ne prenne pas l’Evangile comme sa propriété. Seulement une ‘Eglise voix’ qui montre la Parole, et jusqu’au martyre. Qu’il en soit ainsi ! ».