Saint-Valentin : « Dieu ne m’a pas oublié, perspectives pour les célibataires »

Par Dominique de Monléon

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CITE DU VATICAN, lundi 14 février 2005 (ZENIT.org) – La Saint-Valentin peut-être difficile à vivre, en particulier avec l’opération commerciale et médiatique qui l’accompagne désormais, pour qui n’a pas encore rencontré l’amour. Zenit a pensé à qui se sent particulièrement « seul » aujourd’hui et a rencontré Dominique de Monléon, « auteure » d’un petit livre très tonic : « Dieu ne m’a pas oublié, perspectives pour les célibataires ». Avec son aimable autorisation, nous publions (Cf. Documents), deux chapitres réconfortants de ce livre.



Zenit - Dominique de Monléon, vous êtes l’auteur de Dieu ne m’a pas oublié, perspectives pour les célibataires (éditions Saint-Paul) ; je résumerais votre livre ainsi : « du bon usage de l’attente » pour qui voit passer les années sans rencontrer l’amour sur lequel fonder un foyer. Avez-vous écrit ce livre une fois mariée ?

Dominique de Monléon : Oui et non. Je l’ai rédigé une fois mariée, mais il est le fruit de ma longue vie de célibataire : échanges en profondeur avec d’autres célibataires et conférences sur le sujet, alors qu’il n’y avait pas la moindre trace de mari dans le plus lointain horizon…

Zenit : Aujourd’hui, c’est la Saint Valentin, une idée délicieuse que cette fête des amoureux, mais parfois difficile à vivre pour qui « attend ». Auriez-vous une suggestion qui aiderait « ceux qui attendent » à vivre positivement, « dans le Christ », cette fête ?

Dominique de Monléon : Avant de vous répondre, je voudrais dire que ce petit livre ne s’adresse pas seulement à ceux qui « attendent », il s’adresse aussi à tous ceux qui n’attendent plus grand chose et pensent que Dieu les aurait oubliés… Et puis je veux vous remercier de votre attention aujourd’hui pour les personnes célibataires : vous nous tournez vers eux et cela nous fait penser aussi à tous ceux qui connaissent la solitude pour d’autres raisons.
Comment les personnes célibataires peuvent-elles vivre chrétiennement la fête de la saint Valentin quand elles voient tous ces couples heureux ? C’est vrai que cette situation est une vraie épreuve, pas seulement le jour de la saint Valentin… car c’est au jour le jour qu’il faut affronter la solitude, la pauvreté affective, l’impression de n’exister pour personne et de ne pas avoir été choisi, qu’il faut affronter l’inconnu de l’avenir, avec son lot de peurs et d’horizons fermés.
La première suggestion que je ferais, c’est de dire, de crier sa détresse au Seigneur, encore et encore, en vérité et sans se la cacher : Lui, il peut comprendre l’angoisse de notre solitude ; Il la connaît de l’intérieur : Il l’a vécue à l’agonie et Il a recherché instamment et sans succès la présence de ses disciples.
Jésus a vécu une solitude radicale et pourtant, au Jardin des Oliviers, tous les anges étaient là, près de Lui. Quand on a la foi, on sait qu’en vérité, on n’est jamais seul : La Trinité Sainte, Marie, tous ceux du Ciel que nous aimons, les saints anges, ne nous abandonnent jamais ; ils sont là à nos côtés ; ils veulent nous faire du bien, nous soutenir ; que de monde dans la petite cuisine, où l’on mange son quart de baguette, se croyant seul, dans le silence, sans rien sentir, ni ressentir !
D’autre part toute pauvreté est appelée à être transformée en grâce : « Bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux. » Cette béatitude est au présent : elle se réalise aujourd’hui. La solitude est un vraie pauvreté (affective, sociale…) ; par l’offrande de cette pauvreté, la personne célibataire dispose maintenant, tout de suite, du Royaume des Cieux. Ainsi la prière d’intercession de la personne célibataire peut être très puissante et le célibat non choisi est loin d’être stérile ; offert, il est même d’une immense fécondité. Mais il ne faut pas hésiter à demander au Seigneur de donner de temps en temps un signe de cette fécondité, pour ne pas perdre courage.
Enfin, il vaut mieux ne pas faire du mariage un absolu : même s’il donne énormément de bonheur, il ne faut pas le confondre avec le Ciel et il n’est pas une fin en soi ; il est seulement un merveilleux chemin vers le Ciel. Autrement dit, c’est d’abord le baptême qui donne à l’homme de vivre sa vocation d’enfant de Dieu. Et une des grâces des célibataires chrétiens qui n’ont pas choisi cet état et qui le vivent dans la chasteté, c’est de mettre en lumière la vocation fondamentale de l’homme : l’appel à la sainteté. Il n’est pas nécessaire d’être carmélite ou mère de famille ou évêque ou ermite pour être saint : la sainteté dépend du don de soi et non de l’état de vie.

Zenit : Mais un(e) célibataire, le jour de la Saint Valentin, peut-il (elle) avoir accès au bonheur ?

Dominique de Monléon : Le jour de la Saint Valentin ou le jour de Noël, souvent bien plus difficile à vivre… J’imagine que dans certains pays, on ne fête guère la Saint Valentin.
J’ai rencontré des célibataires le jour de la Saint Valentin ou le jour de Noël qui respirent le bonheur et l’équilibre. Pourquoi ? Peut-être savent-ils dans le fond de leur cœur que l’aujourd’hui de leur vie est « réussi », malgré la souffrance de ne pas avoir trouvé leur chemin. Par le don qu’ils font d’eux-mêmes à Dieu, aux autres, de toutes sortes de manières différentes, selon les invitations de la Providence, leur vie est féconde et ils en reçoivent la joie, de manière mystérieuse, ce qui n’élimine pas pour autant la souffrance. Et je pense à cette amie célibataire de la communauté de l’Emmanuel, qui se plaît à dire : « Je ne suis pas heureuse d’être célibataire, mais je suis une célibataire heureuse ! ».

Zenit - Quels sont les obstacles pour la réalisation d’un mariage chrétien ?

Dominique de Monléon : Je préfère parler non des obstacles mais du chemin : la chasteté, la disponibilité aux autres, la recherche de la joie, l’amitié, la prière : tout cela libère, unifie, assouplit et prépare au mariage. Mais cela ne conduit pas automatiquement au mariage ; je connais bien des célibataires qui vivent magnifiquement tout cela depuis longtemps et qui, pourtant, au jour d’aujourd’hui, n’ont pas trouvé leur époux (épouse). Les voies de la Providence restent mystérieuses pour eux.

Zenit - Certains parents s’inquiètent de ne pas voir leurs enfants se marier assez « tôt » ; c’est important de les aider eux aussi : comment ?

Dominique de Monléon : Qu’ils gardent l’Espérance et la confiance en la Providence. Voici ce que mon père m’a dit peu de temps avant sa mort, alors que j’étais toujours célibataire, à un âge déjà avancé : « Le Saint Esprit sait ce qu’il fait ! » Cette confiance dans les chemins de la Providence m’a toujours suivie, cela m’a permis aussi de réfléchir paisiblement sur cette situation avec d’autres célibataires. De fait, cette confiance en la Providence fait peser moins de « pression » sur leur enfant « toujours célibataire » : elle garde des portes ouvertes pour l’avenir, quel que soit l’âge ; elle aide aussi à considérer un enfant célibataire comme un adulte à part entière, qui mérite autant d’égards que les enfants mariés.

Zenit - Et comment les parents peuvent-ils aider plus concrètement leurs enfants à se marier ?

Dominique de Monléon : Ce n’est pas à eux de leur trouver « la perle rare ». Mais c’est à eux de ne pas les retenir excessivement au service de leur famille et de prier pour leur bonheur.

Zenit - Que souhaitez-vous dire en conclusion ?

Dominique de Monléon : J’ai envie de citer le psaume 36 (37) qui nous montre comment se confier à la Providence

Fais confiance au Seigneur, agis bien,
habite la terre et reste fidèle ;
mets ta joie dans le Seigneur :
il comblera les désirs de ton cœur.

Dirige ton chemin vers le Seigneur,
fais-lui confiance, et lui, il agira.
Il fera lever comme le jour ta justice,
et ton droit comme le plein midi.