Saint-Valentin : Le mariage, pas un modèle de « has been », par Mgr Vingt-Trois

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ROME, Mercredi 14 février 2007 (ZENIT.org) – « Le mariage d’un homme et d’une femme pour toujours pour accueillir et élever des enfants », ce n’est pas un « modèle de ‘has been’ ou de ringards », rappelle l’archevêque de Paris.



A l’occasion de la saint Valentin, de nombreux couples du diocèse de Paris se sont rassemblés durant le week-end dernier, en paroisse le samedi, et pour un pèlerinage fluvial le dimanche (cf. http://www.fetesaintvalentin.org).

Une cinquantaine de paroisses ont organisé une soirée festive et missionnaire le samedi 10 février.

Le dimanche 11 février, un pèlerinage croisière en bateau-mouche était proposé.

« Le mariage d’un homme et d’une femme pour toujours pour accueillir et élever des enfants, ce n’est pas un modèle périmé, ce n’est pas un modèle, - je n’ose pas dire réformé car notre langage religieux ce mot a une connotation particulière, entendez « réformé » au sens militaire -, ce n’est pas le modèle dont on ne se sert plus ; c’est le modèle qui sert ; ce n’est pas le modèle des « has been » ou des ringards, c’est le modèle de jeunes hommes ou de jeunes femmes qui sont aujourd’hui parmi nous ; ce n’est pas le modèle des bonnets de nuit, c’est le modèle de gens heureux de vivre, heureux d’accueillir leurs enfants, heureux de les aimer, heureux de les élever ; ce n’est pas le modèle de gens contraints à qui on imposerait un cadre dont ils ne veulent pas, c’est le modèle qu’ils ont choisi et qu’ils essaient de mettre en œuvre jour après jour », a déclaré Mgr Vingt-Trois à cette occasion.

Lors de la célébration de la Saint-Valentin à Notre-Dame de Paris, dimanche, l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois a prononcé l’homélie suivante (http://catholique-paris.cef.fr).

Tout d’abord, je voudrais dire un mot pour celles et ceux qui vivent ce qui n’est pas « bon ». La Bible nous dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Et pourtant, il y a des hommes et des femmes qui vivent seuls. Ils vivent seuls parce qu’ils ont perdu l’être qu’ils aimaient ; ils vivent seuls parce qu’ils ont été séparés de celui ou de celle qu’ils aimaient ; ils vivent seuls parce qu’ils sont appelés à une forme de service dans la société qui ne permet pas de consacrer du temps à sa famille ; ils vivent seuls tout simplement parce que peut-être ils n’ont pas rencontré quelqu’un avec qui unir leur vie. Je voudrais que ceux-ci et celles-là qui vivent cette solitude sachent qu’ils ne sont pas méconnus, rejetés, mal-aimés de Dieu. Ce n’est pas parce qu’on est obligé de supporter une situation qui n’est pas bonne que Dieu ne nous aime pas.

Maintenant, je voudrais m’adresser à vous, hommes et femmes qui vous êtes engagés dans l’amour conjugal pour ne faire plus qu’un. Vous savez bien, par votre expérience, que ne faire plus qu’un ne veut pas dire ne plus faire deux. Cela ne veut pas dire que chacun ou chacune absorbe l’autre, le digère et le fait disparaître. Si nous voulons comprendre ce que veut dire ne plus faire qu’un dans l’amour, il faut regarder les hommes et les femmes qui s’aiment, qui s’aiment pour toujours de manière indéfectible, qui s’engagent ensemble à surmonter les difficultés inévitables de la vie, qui apprennent à vivre le pardon, la réconciliation, à renouveler leur engagement l’un envers l’autre. Nous comprenons un petit peu, un petit peu mieux, ce que signifie l’alliance que Dieu fait avec l’humanité. Nous comprenons un peu, un petit peu mieux, ce que signifie le mystère de la Trinité, où les Trois Personnes ne font qu’un et pourtant restent chacune des Personnes distinctes. L’amour vécu sur le mode du don, du don de l’un à l’autre, du don total, sans reprise, cet amour ne fait pas disparaître la personnalité, les qualités, l’attrait de l’autre. Au contraire, il les fait grandir, il permet à chacun de devenir davantage ce qu’il est et d’être davantage capable de se donner et d’aimer.

Dans le monde qui est le nôtre, nous avons besoin de témoins qui donnent une illustration au discours. Je pourrais parler, si vous aviez la patience et si le temps était prévu pour cela, je pourrais parler longtemps sur l’amour définitif et exclusif que représente le mariage... Même si j’étais doué de tous les talents pédagogiques, je ne crois pas que cette parole toucherait tous les cœurs des hommes et des femmes qui peuplent notre pays aujourd’hui. Ce qui va toucher les cœurs, c’est de savoir si les paroles que nous disons, nos exhortations, nos réflexions, les textes qui sont publiés, les appels qui sont lancés,… tout cela représente-t-il quelque chose de vrai ? Pas seulement : est-ce la vérité que Dieu veut, mais cela représente-t-il la réalité vécue vraiment par des hommes, des femmes, comme nous, que nous pouvons rencontrer et avec qui nous pouvons parler ? Ou bien cet engagement unique et définitif devient-il un choix héroïque pour quelques phénomènes rares qui sont appelés évidemment à devenir des saints mais dont nous prions de ne pas être associés à la troupe ? Car nous aimons beaucoup les saints si ce sont les autres.

Voulons-nous donner ce signe aujourd’hui ? En vous invitant en ce week-end à faire une démarche originale, nous avons voulu premièrement que, dans chacune des communautés chrétiennes qui ont bien voulu s’associer à cette démarche, des hommes et des femmes de tous âges puissent découvrir et reconnaître que l’amour total et définitif n’est pas simplement une théorie mais est une réalité vécue. Elle est vécue par des hommes et des femmes que vous connaissez, dans votre quartier, dans votre paroisse, et la rencontre à laquelle vous avez été invités hier soir vous a permis de rencontrer ces gens dont peut-être vous n’imaginiez pas qu’ils étaient mariés depuis vingt ans, quarante ans, ou deux ans. Ils existent et il est bon dans une communauté que l’on sache que c’est possible. Il est bon que les enfants qui sont ici devant nous et les plus grands qui sont un peu plus loin puissent comprendre que cet amour total de l’homme et de la femme n’est pas seulement une exception qui les rend heureux parce qu’ils ont la chance d’avoir un papa et une maman qui les aiment et qui les entourent et qui créent un climat d’amour autour d’eux, alors que dans leur classe à l’école ils entendent parler beaucoup du changement de papa ou du changement de maman. Il faut qu’ils sachent que cela existe et que c’est possible. Mais il ne faut pas seulement qu’ils le sachent, eux ; il ne faut pas seulement que vous le sachiez, vous ; il ne faut pas seulement que le sache votre communauté chrétienne ; il faut encore que le sachent les hommes et les femmes qui nous entourent.

Le mariage d’un homme et d’une femme pour toujours pour accueillir et élever des enfants, ce n’est pas un modèle périmé, ce n’est pas un modèle, - je n’ose pas dire réformé car notre langage religieux ce mot a une connotation particulière, entendez « réformé » au sens militaire -, ce n’est pas le modèle dont on ne se sert plus ; c’est le modèle qui sert ; ce n’est pas le modèle des « has been » ou des ringards, c’est le modèle de jeunes hommes ou de jeunes femmes qui sont aujourd’hui parmi nous ; ce n’est pas le modèle des bonnets de nuit, c’est le modèle de gens heureux de vivre, heureux d’accueillir leurs enfants, heureux de les aimer, heureux de les élever ; ce n’est pas le modèle de gens contraints à qui on imposerait un cadre dont ils ne veulent pas, c’est le modèle qu’ils ont choisi et qu’ils essaient de mettre en œuvre jour après jour.

Et notre rencontre depuis les bateaux-mouches – bon, ce n’est pas Venise, mais ce n’était pas non plus le voyage de noce, c’était juste un souvenir du voyage de noce -, jusqu’à la cathédrale où nous sommes réunis aujourd’hui, c’est un signe que vous avez donné. Je n’ose pas poser la question, mais je la pose quand même puisque nous sommes entre nous : aujourd’hui, à Paris, où y a-t-il 5000 personnes réunies ? Vous connaissez la réponse ! Eh bien, par une sorte de contribution à la démocratie participative, nous sommes ici réunis pour dire simplement que l’engagement de l’homme et de la femme pour toujours est un bon moyen de vivre. On n’est jamais heureux à 100% mais heureux quand même ; on n’est jamais heureux sans accident, mais heureux quand même, heureux et joyeux autour de leurs enfants. Gardez s’il vous plaît, cette image, non seulement de votre bonheur, de votre joie, du chemin parcouru ensemble, mais gardez cette image de la force que nous représentons aujourd’hui, force pour l’Église, force pour le monde.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris