Sainte Bakhita, un signe et un motif de fierté pour le Soudan

Interview d’une religieuse canossienne, Severina Motta

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 ROME, Dimanche 8 mai 2011 (ZENIT.org) - Sœur Severina Motta est une religieuse canossienne qui a passé plus de 40 ans en Afrique. Elle a vécu une douzaine de ces années au Soudan, où elle en est venue à connaître « sa sainte », sainte Bakhita.

Bakhita est la première sainte du Soudan, et elle a acquis une renommée internationale, surtout depuis que Benoît XVI l'a évoquée dans son encyclique « Spe Salvi ».



Elle est également à l'origine de la conversion d'un condamné à mort, dans l'Etat d'Oregon, qui a lancé un projet d'aide aux religieuses canossiennes.

Dans cette interview accordée à l'émission de télévision « Là où Dieu pleure », Sœur Severina évoque sa propre vocation missionnaire et la sainte qui a enseigné aux Soudanais comment triompher des ennemis.

Q : Avez-vous toujours eu le désir d'être une religieuse missionnaire ?

Sœur Severina : J'ai toujours voulu être religieuse, mais pas du tout missionnaire.

Vous vouliez être religieuse ici ?

Je voulais être religieuse en Italie. Au terme d'un très grand combat intérieur, j'ai fini par me rendre, quand j'ai réalisé que c'était vraiment Jésus qui me demandait d'aller parmi les jeunes qui n'ont personne pour prendre soin d'eux.

A quel moment avez-vous dit « Oui, Seigneur, j'irai » ?

A un moment très particulier de la prière dans le noviciat. Dans la chapelle, il y avait un grand crucifix tourné vers des brebis et, sous le tableau, étaient inscrits ces mots : Euntes in Universum Mundum - Allez dans le monde entier. Le doigt semblait pointé sur moi, comme pour me dire que c'était à mon tour d'aller rejoindre les missionnaires. Alors j'ai cessé de résister. Cela a été une expérience très dure mais, je dois dire, très gratifiante.

Et avec du recul, auriez-vous changé quelque chose de votre vie ?

Non, je referais la même chose.

Pourquoi avez-vous choisi l'Afrique ?

En fait, je n'ai pas choisi l'Afrique. Nous allons là où nous sommes envoyées ; mais après avoir dit oui au Seigneur, mon plus grand souhait a été d'être parmi les plus pauvres, de partager leur travail et leur vie pour trouver les moyens de l'améliorer. Je dois dire que j'ai été vraiment exaucée, car dans tous les endroits où je suis allée, il manquait tous les éléments essentiels de la vie. Pas de moyens de communication, pas de routes convenables, pas d'eau potable, pas d'électricité, seulement la richesse des personnes.

J'aimerais parler un peu de Sœur Bakhita, sainte Bakhita maintenant, la "Petite Mère noire" (Madre Moretta), comme on l'appelait dans la communauté.

Bakhita était une fille du Soudan qui a été enlevée toute jeune, à l'âge de 7 ans, et vendue comme esclave. Mais elle ne se résignait pas à sa situation. Avec une autre fillette, elle s'est échappée, mais a été reprise et revendue, et cette situation s'est répétée cinq fois. Elle passait d'un mauvais maître à un pire encore, avant de tomber entre les mains d'un officier turc d'une grande cruauté. Cet homme lui a fait subir 114 scarifications dans son corps, frotté ensuite avec du sel, qui la laissèrent agonisante pendant des semaines. Après quoi elle a été acquise par le consul d'Italie à Khartoum, qui l'a emmenée avec lui dans son pays. Il l'a donnée à la femme d'un ami, qui lui a confié la garde de sa petite fille.

En Italie, Bakhita n'a pas trouvé seulement la liberté, elle a trouvé le respect et l'amour, mais surtout elle a découvert Dieu. Elle fut baptisée et demanda d'entrer dans notre congrégation. Dans cette congrégation, où elle s'est éteinte en 1947 dans la ville de Schio, elle a mené une vie très simple, mais une vie de bonté, d'humilité, de gentillesse et de profonde spiritualité. Le pape Jean-Paul II l'a canonisée le 1er octobre 2000.

Sainte Bakhita a touché la vie de nombreuses personnes dans le monde entier. J'ai entendu parler d'un prisonnier américain condamné à mort qui s'est converti grâce à sainte Bakhita. Pouvez-vous nous raconter cette histoire ?

Oui, il s'agit d'un prisonnier condamné à mort dans l'Etat d'Oregon. Cet homme était désespéré. Un jour, il trouva sous la porte de sa cellule une lettre d'une dame suisse qui cherche sur Internet les noms des personnes condamnées à mort et leur écrit pour leur donner un peu de courage. Ce prisonnier, Jeffrey, vit la lettre et, pendant un moment, n'y prêta pas attention, puis la ramassa pour la jeter dans la corbeille à papier. Mais elle tomba à côté. Il la prit alors, l'ouvrit et lut ce que disait cette dame, qu'elle l'aimait, et que Sr. Bakhita l'aimait aussi. Il se demanda qui pouvait être cette Bakhita ? A nouveau, il décida de l'ignorer, mais il ne trouvait pas la paix, si bien qu'il écrivit à cette dame pour lui demander qui était Bakhita. Elle lui envoya une brochure avec l'histoire de Bakhita. Il fut tellement impressionné par ce que cette jeune fille avait traversé, qu'elle ait été capable de pardonner et qu'elle ait pu réaliser tant de choses dans sa vie que, petit à petit, quelque chose changea en lui. Il demanda à être baptisé, et maintenant il veut faire quelque chose pour le Soudan. Et de sa petite cellule, il écrit des lettres. Il a démarré un projet au Soudan pour encourager les aides en faveur des enfants soudanais.

Je crois qu'il a écrit quelque chose comme 600 lettres ?

Oui, il a écrit plus de 600 lettres. C'est également un artiste et il vend ses créations pour ce projet. Il contribue également, avec beaucoup de succès, à la conversion des autres détenus. Je crois que ceci est l'un des plus grands miracles dus à sœur Bakhita.

Quelle est l'importance de sainte Bakhita pour le peuple soudanais ?

Sainte Bakhita est, tout d'abord, un signe et un motif d'orgueil pour le Soudan et les Soudanais. Bakhita est la première sainte soudanaise. Elle était esclave. C'était une femme. Sa renommée s'est répandue dans le monde entier ; elle a révélé au monde le meilleur de son peuple et attiré l'attention du monde sur les problèmes et sur la situation au Soudan.

Quand vous parlez aux Soudanais de sœur Bakhita et de sa capacité à pardonner à ses ennemis, est-ce quelque chose qu'ils sont disposés à accueillir, compte tenu de toutes les difficultés qu'ils ont vécues au Soudan ?

Je crois que oui, parce que Bakhita est vraiment une Soudanaise, à cent pour cent. Elle est très aimée au Soudan, car elle a révélé le meilleur de son peuple. Je suis arrivée au Soudan à un moment de terribles luttes et souffrances. J'ai moi-même eu du mal à tenir bon et quand je demandais aux gens : « Comment faites-vous pour vous sortir d'une telle situation » ? Ils me répondaient : « Ma Soeur, ne pensez pas que ce sont nous qui sommes les vaincus. Nous sommes les vainqueurs, parce que nous pouvons tout subir sans chercher à nous venger. Cette force intérieure dont nous faisons preuve est ce qui nous permet de vaincre nos ennemis ». C'est la force que nous trouvons en Bakhita et, maintenant, chez les gens de son pays.


Propos recueillis par Mark Riedermann pour l'émission télévisée « La où Dieu pleure », conduite par la Catholic Radio and Television Network (CRTN), en collaboration avec l'association Aide à l'Eglise en Détresse (AED).

Sur le Net :

- Aide à l'Eglise en détresse France
www.aed-france.org

- Aide à l'Eglise en détresse Belgique

www.kerkinnood.be

- Aide à l'Eglise en détresse Canada
www.acn-aed-ca.org

- Aide à l'Eglise en détresse Suisse
www.aide-eglise-en-detresse.ch